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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Bruce Dickinson
(chant)

-Roy Z
(guitare)

-Adrian Smith
(guitare)

-Eddie Casillas
(basse)

-Dave Ingraham
(batterie)

TRACKLIST

1)King In Crimson
2)Chemical Wedding
3)The Tower
4)Killing Floor
5)Book Of Thel
6)Gates Of Urizen
7)Jerusalem
8)Trompets Of Jericho
9)Machine Men
10)The Alchemist

DISCOGRAPHIE


Dickinson, Bruce - The Chemical Wedding
(1998) - heavy metal - Label : Air Raid



Parfois il ne faut pas chercher à comprendre. Comment Tribe Of Gypsies, groupe de salsa-rock latino, a-t-il pu devenir un des meilleurs backing-bands de l’histoire du heavy-metal? Je ne le sais, mais toujours est-il que lorsque Bruce Dickinson a fait la connaissance de Roy Z et de son groupe en 1994 pour Balls To Picasso il avait déniché la poule aux œufs d’or. Ajoutant son compère Adrian Smith Le Classieux au line-up pour le transformer en Bruce Dickinson Band, l’homme avait mis sur pieds une des formations « non-officielles » les plus solides jamais rassemblées autour d’un chanteur d’exception. Et après un Accident Of Birth tonitruant, il remettait le couvert…

Accident Of Birth l’avait annoncé: le Dickinson nouveau faisait du heavy puissant, tout aussi mélodique que Maiden mais bien plus lourd et ne se refusant pas à aller lorgner vers le power thrashisant de temps à autres. Le maître à bord est Roy Z, toujours crédité à la production et qui coécrit avec Bruce la quasi-totalité de ses titres solo depuis Balls To Picasso. L’homme est passé depuis au premier plan grâce à ses productions prestigieuses (Helloween, Rob Halford…) mais à l’époque le monde découvrait son talent. Plus encore que celui d’Accident Of Birth, le son de Chemical Wedding est lourd et brut, à la fois cru et diablement moderne. Il se trouve pile à la limite entre heavy mélodique et power-thrash, combinant la clarté du premier genre à la puissance du second. Guitares et basse ronflent, la batterie claque, et le chant de Bruce est à l’avant juste ce qu’il faut. C’est tout simplement parfait.

Le livret de The Chemical Wedding attribue les soli joués à chaque guitariste. Et c’est la claque: tout le monde s’était focalisé sur le retour d’Adrian Smith mais c’est bien le niveau indécent de Roy Z qui impressionne à l’écoute. Ce dernier est un authentique shredder capable d’accélérations foudroyantes et de plans techniquement bien supérieurs aux standards maideniens (déjà assez élevés), et sa complémentarité est exemplaire avec un Smith dont le toucher bluesy et la capacité à balancer note qui tue sur note qui tue sont plus que jamais présents. Tant qu’on parle technique, citons en Casillas et Ingraham une des sections rythmiques les plus bétons du genre: la basse est peu démonstrative mais mine de rien très technique et inspirée, et le batteur enterre littéralement Nicko MacBrain (dont il est grand fan) grâce à un jeu à la fois fin et puissant mais surtout très groovy. La totalité de sa prestation sur le légendaire "Book Of Thel" est à elle seule une leçon de feeling.

Parlons-en justement de "Book Of Thel": ce titre est une rareté, un accomplissement artistique, un de exemples de ce qu’un moment de grâce peut être. C’est un de mes titres heavy-metal préférés de tous les temps! De l’intro au couplet diaboliquement catchy, du bridge jouissif au refrain tubesque, c’est un régal sans fin. La partie centrale de fou furieux voit la totalité des musiciens balancer tout ce qu’ils ont dans le ventre: soli croisés, breaks de batterie, tout y est. Et quand Bruce se double (triple, quadruple…) pour un chœur gigantesque, c’est la contemplation. Cette chanson vaut à elle seule l’achat du CD (je ne rigole pas), mais le plus drôle c’est que The Chemical Wedding n’est pas l’album d’un titre! Profitant éhontément du talent de leurs musiciens et de la largeur du spectre de leur musique, le couple créatif Roy Z / Bruce Dickinson prennent un malin plaisir à balancer une ribambelle de pépites, toutes typées et variées au possible.

The Chemical Wedding sait enchaîner les ambiances: "King In Crimson" est un titre de power-heavy up-tempo dans lequel Dickinson explore toutes les facettes de son incroyable voix, alors que le title-track part dans des contrées étranges et hypnotiques dans le couplet, avant de délivrer un refrain surpuissant à déchaîner les stades (preuve disponible sur le live Scream For Me Brazil). "The Tower" est le titre qui rappelle le plus les années Maiden car il est fondé sur une excellente harmonie de guitares. Mais là encore la finesse de la batterie d’Ingraham comme la sobriété efficace de Casillas donnent à la compo un groove totalement étranger à Iron Maiden. C’était ce qui faisait la force d’"Accident Of Birth" que l’on retrouve ici: Lord Henry a beau déplorer l’absence de Steve Harris dans sa chronique, c’est pour moi cette absence qui rend le Dickinson Band si intéressant. Exit les tics de composition d’Harris, on a donc droit à un heavy-metal bien plus varié que celui de la Vierge de Fer, tout en étant fondamentalement lié. On ose plus, on expérimente plus chez Dickinson que chez Maiden…


Pas besoin de vous faire un dessin: cet album est pour moi un des tous meilleurs du genre. Prenez une des plus grandes voix du heavy, ajoutez une paire de guitaristes en état de grâce et une section rythmique de fous, faites-leur jouer une floppée de compos énormes et vous obtenez en toute logique un album d’exception. Ajoutez à la sauce un concept solide basé sur l’alchimie et l’univers de William Blake; peintre et poète (entre autres) anglais de renom et cet album devient carrément référentiel. Plus profond et fouillé qu’Accident Of Birth, The Chemical Wedding est particulièrement recommandé aux fans d’Iron Maiden frustrés par la tendance de leur groupe préféré à tourner en rond avec le temps. Ils découvriront une œuvre ambitieuse et estimable à plus d’un tire… A posséder pour tout fan de heavy qui se respecte.


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