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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 15 novembre 2010
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Benjamin Dupré
(chant+claviers)

-Benoît Serraillier
(guitare)

-Grégoire Jouanneaux
(basse)

-Nicolas Jouanneaux
(batterie)

TRACKLIST

1)Earthquake
2)I Don't Care
3)My Crying Heart
4)The Butcher's Killing Machine
5)Rest in Peace

DISCOGRAPHIE

Shinray (EP) (2010)
Stage 01 (2013)

Shinray - Shinray (EP)



Le progrès de la technologie a considérablement changé la donne pour les jeunes groupes qui souhaitent se lancer. Avec un peu d'investissement personnel pour maîtriser un minimum les logiciels adéquats, fini les démos enregistrées dans les toilettes, il est désormais tout à fait possible de proposer quelque chose qui tient largement la route en terme de son. Et avec un peu d'investissement financier cette fois, n'importe quel groupe amateur peut sortir un EP digne de ce nom, comme le font aujourd'hui les Grenoblois de Shinray.


L'intro toute en puissance de "Earthquake" est trompeuse, car très rapidement Shinray abat ses cartes : du heavy mélodique plutôt soft, assez véloce et aérien dans la démarche. Une sorte de heavy light, si vous m'autorisez cet oxymore. Pour être plus clair, disons que dans l'idée, on est beaucoup plus proche des titres les plus accessibles de Maiden type "The Evil That Men Do" que du heavy bodybuildé à la "Painkiller". Logiquement, le chant est à l'avenant : très appliqué, notamment sur l'harmonie du refrain, celui-ci dégage une impression de tranquillité assez étonnante pour du heavy metal, mais pourtant en parfaite adéquation avec le style du groupe. Ceci constitue presque un pied de nez au dogme du heavy qui veut que le chanteur soit forcément agressif ou flamboyant, avec l'obligation d'aller taquiner les aigus. Ce titre déjà fort sympathique prend une autre dimension grâce à un final instrumental de toute beauté, qui débute par un passage calme d'une grande douceur avant de se poursuivre par un enchaînement de solos de guitare et de claviers particulièrement débridé.

Cette grande complicité entre Benoît Serraillier et Benjamin Dupré est sans doute le meilleur atout dans le jeu de Shinray : grâce à un sens de la mélodie qui fait mouche, les deux compères savent mettre la maîtrise de leur instrument au service des morceaux, plutôt que de se lancer dans des démonstrations techniques stériles. Leurs passes d'armes constituent toujours d'excellents moments, et leur permet même de sauver la longue ballade "My Crying Heart". Un peu trop propre sur elle, celle-ci est sublimée par un final déchaîné, même si l'influence Maiden est si évidente qu'on a du mal à ne pas penser à un titre comme "Children of the Damned". D'ailleurs ce n'est sûrement pas un hasard si le titre le plus dispensable est le seul à ne pas contenir ce genre de parties : "The Butcher's Killing Machine" est un titre de heavy mastoc dépourvu de claviers qui, à l'image de ce screaming final complètement improbable, semble ne pas se prendre au sérieux. Une illustration musicale parfaite du second degré affiché par le groupe, notamment à travers cette phrase au dos du CD : « Shinray is endorsed by nobody yet ».

Mine de rien, ce premier EP contient déjà deux véritables pépites. La première est "I Don't Care" : après une magnifique intro au piano, le couplet s'appuie sur des accords traînants à la "I Want Out". Le deux morceaux ont d'ailleurs un thème assez similaire, mais si le titre d'Helloween est un cri de rage, "I Don't Care" résonne davantage comme un cri de désespoir, à l'image du chant empreint d'une certaine fragilité. Le refrain imparable laisse exploser une certaine frustration, malgré un mix un peu hasardeux qui voit la guitare quasiment disparaître sur la première phrase avant de revenir ensuite. "Rest in Peace" n'a rien à lui à envier : après une intro sombre et lourde qui lorgne sur le doom avant de s'achever sur un solo de claviers à la Symphony X, ce titre se fixe sur du speed mélodique de grande qualité. Benjamin Dupré en profite pour nous montrer qu'il sait aussi sonner de façon plus agressive, mais c'est encore une fois le remarquable duel claviers/guitare qui met tout le monde d'accord avec une montée en puissance tout simplement parfaite. A l'heure où ce style semble à bout de souffle, cela fait du bien d'entendre une compo de ce niveau.


Tout n'est peut-être pas parfait sur ce premier effort, à commencer par cette batterie programmée pour des raisons de commodité (encore qu'un son de batterie synthétique correct comme ici reste préférable à un son naturel moisi, surtout qu'Angelo Sasso a beaucoup progressé depuis la fin de Running Wild). Mais en à peine 5 titres, Shinray parvient à dessiner les contours de son identité, qu'on pourrait résumer à un Iron Maiden période The Number Of The Beast qui mettrait encore davantage l'accent sur l'aspect mélodique de sa musique, notamment via l'intégration du piano dans des parties heavy, un procédé rarement utilisé ailleurs que chez Savatage. Espérons désormais que le groupe sera en mesure de confirmer dans le futur les belles promesses aperçues ici.


www.myspace.com/shinraymusic


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