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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 14 novembre 2010
Sa note : 9/20

LINE UP

-Alexander Krull
(chant)

-Yasmin
(chant+flûte)

-Thorsten Bauer
(guitare)

-Sander van der Meer
(guitare)

-Alla Fedynitch
(basse)

-Roland Navratil
(batterie)

TRACKLIST

1)A New Arrival
2)Call of Yesteryear
3)After the Storm
4)Silvan Spirit
5)Black Mountain
6)As the Sun Kissed the Sky
7)Transilvania
8)The Flight of Abbas Ibn Firnas
9)Goddess of Fortune and Sorrow
10)The Otherworld
11)Eternal Nightside

DISCOGRAPHIE

Werk 80 II (2008)
After The Storm (2010)

Atrocity - After The Storm
(2010) - heavy metal folk - Label : Napalm Records



Alexander Krull en a eu marre qu’on se foute de sa gueule. Ils avaient tous, d’une même voix vengeresse, démoli son Werk 80 II : pourquoi voulaient-ils l’empêcher de communiquer son amour immodéré pour les tubes de cette décennie ? Y pouvait-il quelque chose si ces "Fade to Grey" et autres "Forever Young" lui rappelaient ce merveilleux moment où il avait pu mettre sa langue dans la bouche de Cindy, la goth-girl du collège ? Mais qu’importe : Alex a compris la leçon. Il va montrer à ces critiques aigris, à ses fans esseulés, à quel point il sait - et peut - être un Artiste.

Son nouveau disque (que dis-je ! sa nouvelle Œuvre), Alex l’a conçu comme un voyage, un périple porté sur les musiques d’ici et d’ailleurs, une rencontre entre les terres folk et martiales de la Vieille Europe, et des rivages plus orientaux, plus exotiques. Et pour incarner ce mariage contre-nature mais ô combien audacieux, le groupe a pris tous les risques en faisant appel à une pointure, un nom tellement réputé dans le milieu qu’ils l’affichent fièrement sur la jaquette : rien de moins que la chanteuse Yasmin ! Yasmin qui ? Mais euh… enfin Yasmin voyons ! C’est comme Régine ou Sabrina, elle est si populaire qu’elle peut bien se dispenser d’un nom de famille ! Non mais… Bon, OK, c’est juste la sœur d’Alexander, qui s’est dit que faire les choses en famille serait plus facile – et reviendrait moins cher – mais bon, avouez que vous y avez cru, hein ?

Rassurez-vous, une fois les quarante minutes d’After The Storm achevées, vous n’y croirez plus du tout. Il y a des groupes qui réussissent ce mélange des genres et des cultures, parce qu’ils mettent l’accent sur l’atmosphère, la dimension spirituelle, et parce qu’ils ont à cœur de soigner les titres qui illustrent ces mélanges ; Dead Can Dance est le premier exemple qui vient en tête. Et par son ambiance tragico-solennelle, par les atermoiements mystiques de Yasmin, l’intro "A New Arrival" se la joue DCD à fond. Sauf que le son n’a pas l’ampleur nécessaire pour transporter, et que la forme ne s’accompagne ni de la substance, ni de la profondeur. Mais si la sœur d’Alex fait ce qu’elle peut pour remplacer Lisa Gerrard, lui n’a vraiment rien d’un Brendan Perry : sa grosse voix de goth teuton se fond très mal avec les paysages esthétiques que le groupe essaie de peindre, et quand les deux chants cherchent à se mélanger, ils ne se trouvent jamais : un comble pour une fratrie.

Mais le gros du problème, c’est qu’une majorité de l’album est sacrément monotone. Alex a bien révisé son français et a vu que « sérieux » et « ambitieux » rimaient avec « ennuyeux » et sûrement pas « saturé ». Résultat : 7 morceaux acoustiques sur 11, quand on souffre comme ici d’un déficit de production et de mélodies, on arrive au mieux à des choses sympathiques ("Goddess of Fortune and Sorrow", tranquille et fragile), au pire à des trucs franchement rasoirs ("As the Sun Kissed the Sky", parfait dans le registre « interlude trois fois trop long »). On espère que les choses puissent s’arranger sur les morceaux plus énervés, et c’est encore la soupe à la grimace : les guitares ne sont pas mises en valeur, perdues dans la mélasse folk, et le jeu de batterie est beaucoup trop typé « rock » pour ne pas sonner complètement à côté des intentions de départ du groupe. Un contraste qui est peut être voulu, tout comme la risible tentative de growl sur "Black Mountain", mais qui ne se suffit pas à lui-même : au final, sa tambouille orientalo-folk-metal ne ressemble plus à grand-chose.


Et on s’en souciera peu, finalement, tant la torpeur générale aura eu raison de nos oreilles si peu sollicitées. Les ambitions de notre fan des années 80 étaient trop importantes, et le travail mélodique et sonore n’a pas suivi, faisant d’After The Storm un beau projet gâché. Dommage pour Yasmin, tant pis pour Alex qui s’en ira ronger son frein chez Liv - ou chez Cindy - avant de s’atteler enfin au projet qu’il avait en tête depuis le départ : un Werk 80 III.


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