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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 27 octobre 2010
Sa note : 14/20

LINE UP

-Cristian Machado
(chant)

-Diego Verduzco
(guitare)

-Ahrue Luster
(guitare)

-Lazaro Pina
(basse)

-Dave Chavarri
(batterie)

-Daniel Couto
(percussions)

TRACKLIST

1)God Is Only for the Dead
2)The Art of War
3)Against the Wall
4)Mi Revolucion
5)Bleed Like You
6)Serve the Grave
7)If You Were Me
8)Ritual
9)Killing You, Killing Me
10)How Could I Believe
11)Bullet With Butterfly Wings
12)Scarred

DISCOGRAPHIE

Enigma (2008)
Dead New World (2010)
Epidemia (2012)

Ill Niño - Dead New World
(2010) - néo metal latino - Label : AFM Records Cement Shoes Records



« We're dead ! » hurle Cristian Machado pour lancer ce nouvel album d'Ill Niño. S'il est vrai que le groupe n'a jamais réussi à retrouver la superbe du temps de Revolution Revolucion et qu'Enigma était quand même bien mou du genou, cette sentence semble néanmoins un peu sévère. Après tout les tournées en tête d'affiche n'ont jamais cessé, et si le temps où Ill Niño était pressenti comme un futur grand potentiel est désormais révolu le combo affiche mine de rien une longévité et une stabilité assez peu communes. Et vu que Dead New World marque un retour bienvenu à la violence des débuts, on peut se permettre d'être optimiste.

La production lisse et uniforme d'Enigma et Confession n'est plus qu'un mauvais souvenir : le son de Dead New World cogne bien comme il faut, et si le chant reste mixé exagérément en avant ce n'est pas un vraiment un problème. Déjà parce que les riffs de la paire Luster / Verduzco ont une tendance réjouissante à faire plutôt mal, et également parce que le vocaliste retrouve sur cet album un degré d'agressivité de fort bon aloi. Machado représente tout ce qu'on aime chez un chanteur de néo : une voix claire juste et dotée d'un coffre appréciable, un chant râpeux très maîtrisé et surtout un growl plutôt impressionnant dont on n'avait pas pu tellement profiter dernièrement. Autre gros succès de la prod : les percussions (omniprésentes) sont mixées au quart de poil, à savoir qu'on comprend exactement ce qu'elles jouent sans qu'elles n'empiètent outre mesure sur le tout. Les habituels breaks de guitare sèche sonnent également très bien, et cette production seule donne le sourire à l'écoute de l'album.

Ça cogne donc nettement plus que sur l'album d'avant, mais au lieu de se contenter d'un bête retour à la violence le groupe a décidé de ne pas du tout laisser tomber le côté pop développé ces dernières années. L'alternance entre approche radio-friendly et gros métal qui tache est plutôt bien gérée, à l'image de "Mi Revolucion" qui juxtapose sans cesse riffs vicieux et enchaînements d'accords catchy. Machado incarne à lui tout seul une bonne partie de cette dualité dans le titre en question : il se renvoie la balle à lui-même sans cesse, enchaînant parties chantées et growlées au sein d'une même phrase pour un résultat plutôt détonnant. Par contre la synthèse entre les deux approches n'est vraiment tentée que sur un passage de l'album : l'intro de "Killing You, Killing Me" voit Machado hurler ses tripes comme un damné sur un fond de guitare flamenco pour un résultat mémorable... qui est malheureusement le seul de sa catégorie sur le disque. Pour le reste on se retrouve face à du Ill Niño très classique si ce n'est une part de cojones en hausse.

Prenez "Bleed Like You" : le riff d'intro est à la fois massif et hyper groovy, le couplet qui suit est totalement mélodique et le refrain s'inscrit une nouvelle fois dans cette tradition Linkin Park qu'on retrouve un peu partout. L'agencement de ces différentes composantes est hyper bien ficelé, mais on se rend compte sur cette chanson comme sur bien d'autres que prises isolément elles ne cassent pas non plus des briques. Il y a bien évidemment des refrains dont on ne peut pas se débarasser, ceux de "God Is Only for the Dead", "If You Were Me" et "Mi Revolucion" en tête, mais il y en a aussi d'autres qui agacent franchement à force de proposer une formule unique. Celui de "Against the Wall" est ainsi très pénible, en particulier à cause d'une pauvreté au niveau des textes qui finit par déranger ici et là. C'est un peu partout par contre : le « I don't wanna be like you cuz I just wanna be like me » de l'opener, était-ce bien raisonnable ? « I follow my heart, es mi revolucion », Cristian ? Vraiment ? On est content que tu croies en tes rêves et qui tu suives ce que ton coeur te dicte, mais bon...

L'intro electro/indus de "Scarred" représente un des rares moments d'inventivité réelle de l'album, mais le groupe la laisse tomber au bout de quelques secondes... non, il faut se contenter de voir Ill Niño faire du Ill Niño avec plus de talent qu'à l'accoutumée, à l'image d'un "If You Were Me" très pop et surtout très bien ficelé, porté autant par la ligne de chant que par la finesse des arrangements. Les passages de guitare acoustique de "Ritual" sont un autre bon moment de l'album (très jolies harmonies de voix), mais leur impact est rapidement annihilé par un refrain qui suit encore une fois la formule que les autres ont usé jusqu'à la corde. Dead New World souffle ainsi le chaud et le froid en permanence... mais la bonne nouvelle c'est que les passages plus faibles ne sont jamais mauvais, ils sont juste génériques. Autre bon point : Ill Niño ne tombe dans le piège habituel du Soulfly-like qu'à un seul moment, à savoir l'intro de "Art of War". La similitude est énorme, mais vu qu'ils ont réussi à circonscrire les dégâts on ne leur en veut pas trop.


Dead New World est un des albums de néo-métal les plus ambitieux sortis depuis ces dernières années... pour la bonne raison que plus personne ou presque n'officie dans ce style. Les connaisseurs d'Ill Niño déçus par l'orientation moins heavy des derniers albums seront probablement ravis (ils feront même abstraction de la reprise ratée des Smashing Pumpkins) et placeront probablement cet album juste après Revolution Revolucion dans le panthéon du groupe. À défaut de crier au génie, on se contentera donc d'apprécier la gnaque d'un groupe qui contrairement à ce qu'ils annoncent en début d'album, a visiblement décidé de ne pas mourir.


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