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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 03 octobre 2010
Sa note : 13/20

LINE UP

-Tomi Joutsen
(chant)

-Esa Holopainen
(guitare)

-Tomi Koivusaari
(guitare)

-Santeri Kallio
(claviers)

-Niclas Etelävuori
(basse)

-Jan Rechberger
(batterie)

TRACKLIST

1)Magic and Mayhem
2)Vulgar Necrolatry
3)Into Hiding
4)Black Winter Day
5)On Rich and Poor
6)Exile of the Sons of Uisliu
7)The Castaway
8)Song Of The Troubled One
9)The Sign From The North Side
10)Drowned Maid
11)Against Widows
12)My Kantele
13)Light My Fire

DISCOGRAPHIE


Amorphis - Magic And Mayhem - Tales From The Early Years
(2010) - mélodique death metal - Label : Nuclear Blast




Tomi Joutsen en parlait depuis son arrivée dans les rangs d'Amorphis, c'est désormais chose faite : ses acolytes lui ont enfin permis de se frotter au vieux répertoire du groupe, beaucoup plus riche en growl que les derniers albums des Finlandais. Une nouvelle sortie du côté d'Amorphis, à peine quelques mois après leur double DVD : quand je vous disais la dernière fois que les Finlandais avaient le vent en poupe depuis l'arrivée de Joutsen et la signature chez Nuclear Blast !


On ne va pas trop s'étendre sur la qualité des morceaux : s'agissant d'une sélection de 12 titres piochés sur les trois premiers albums du groupe, il est évident qu'on a affaire ici à de la came de premier choix. Tout juste pourrait-on chipoter en disant que, s'agissant d'une compilation, Amorphis aurait pu se montrer un peu plus généreux et nous offrir en prime au minimum "Better Unborn" ou "Cares", rien qu'en se limitant aux trésors d'Elegy. Après, il est tout aussi évident que la démarche va susciter la controverse chez les vieux fans, comme à chaque fois qu'un groupe décide de revisiter ses propres morceaux. Ceci dit, avant de monter bêtement dans les tours, il ne faut pas perdre de vue que cette nouvelle offrande s'adresse avant tout aux nombreuses personnes qui ont récemment découvert le groupe, et pour qui Magic And Mayhem - Tales From The Early Years constituera à coup sûr une introduction idéale à l'ancien répertoire d'Amorphis, dans un enrobage sonore proche des derniers albums. Et puis, en tant que profanes, ils auront la chance de ne pas bloquer sur cette véritable hérésie : proposer une production semblable à des titres issus de trois albums aux différences très marquées. L'évolution naturelle d'Amorphis, qui l'a conduit à passer du pur death metal (The Karelian Isthmus) à un death metal où la mélodie prenait le pas sur la brutalité (Tales From The Thousand Lakes), avant d'arriver à un metal aux accents folkloriques où le death n'avait plus qu'une part marginale (Elegy), se trouve en quelque sorte neutralisé par ce traitement commun. Voilà sans doute l'aspect le plus négatif de cette collection de versions réenregistrées.

Les titres les moins convaincants sont assurément ceux issus de The Karelian Isthmus. Evidement, le growl de Tomi Joutsen est largement supérieur à celui de Tomi Koivusaari, guitariste de son état qui officiait également au chant à l'époque : plus puissant, plus maîtrisé, c'est un régal de l'entendre sur de telles compos. En revanche, la nouvelle production ne colle vraiment pas à ce type de morceau : un titre très agressif comme "Vulgar Necrolatry", par exemple, se trouve complètement vidé de sa substance par un son beaucoup trop propre pour du death metal. Idem pour "The Sign from the North Side", dont le riff tronçonneuse perd pas mal d'impact dans cette nouvelle version. Du metal extrême avec une production aseptisée : un drôle de concept tout de même… Des reproches en partie applicables également aux titres de Tales From The Thousand Lakes. Certains morceaux passent plutôt bien le test, et comme par hasard il s'agit de ceux dont le style n'est pas très éloigné des récents efforts d'Amorphis. C'est le cas de "Into Hiding", l'une des plus belles réussites, avec un Tomi Joutsen qui magnifie le passage en chant clair un peu faiblard à l'origine. Idem pour "The Castaway", dont la nouvelle version s'avère très satisfaisante. Pour les mêmes raisons évoquées précédemment au sujet de The Karelian Isthmus, on est déjà un peu plus circonspect au sujet de "Magic and Mayhem" et "Drowned Maid", deux bons titres qui manquent cette fois un peu de mordant. Et encore, pour le second, la version réenregistrée permet de faire ressortir ses qualités mélodiques évidentes, alors qu'elles étaient initialement un peu éclipsées par les riffs de mammouth.

Vous aurez remarqué qu'au sujet de Tales From The Thousand Lakes, je n'ai pas évoqué LE gros classique "Black Winter Day" ; disons que c'est pour évoquer un peu plus largement ce qui constitue le gros raté de cette compilation. Cette nouvelle version est loin d'être mauvaise, elle est une fois de plus beaucoup mieux chantée que l'originale, mais l'ambiance particulière qui caractérisait l'originale pointe aux abonnés absents. La production millésime 1994, crue, froide, donnait un certain cachet à ce merveilleux titre, une espèce de mélancolie venue du Nord en parfaite adéquation avec les paroles ; or, on est loin de retrouver ici les mêmes sensations. On dit souvent qu'une bonne chanson reste une bonne chanson, peu importe les arrangements choisis ; c'est vrai, mais ces derniers comptent énormément quand il s'agit de faire d'une bonne chanson une grande chanson. C'était le cas sur Tales From The Thousand Lakes, mais pas cette fois. Vraiment dommage… On retrouve ce sentiment de légère régression une seule autre fois, lors de la partie musicale finale de "On Rich and Poor", qui perd pas mal en intensité. Les autres titres d'Elegy profitent en revanche pleinement d'une production un peu plus convaincante, notamment un "Song of the Troubled One" transfiguré par un meilleur son et par le growl de Joutsen. "My Kantele", déjà rôdée sur scène depuis un moment, est elle aussi superbe. Quant à "Against Widows", c'est l'occasion de profiter d'une des rares variations proposées, puisque Joutsen a choisi comme mélodie principale du refrain la deuxième ligne de chant de Koskinen, que l'on entend sur la version originale à condition de bien tendre l'oreille.


L'appréciation de ce Magic And Mayhem – Tales From The Early Years dépendra énormément de votre degré de connaissance d'Amorphis : si vous connaissez parfaitement les anciens albums, il faudra d'abord passer outre votre éventuelle réticence à la démarche, et peut-être pourrez-vous apprécier certaines versions réenregistrées, même s'il faut reconnaître que la plupart n'apportent pas grand-chose dans la marmite (d'où une note sans plus pour ma part) ; si vous venez de découvrir le groupe et que ses débuts doom/death ne vous inspirent pas vraiment, ou que les premiers contacts vous ont refroidi, voilà sans doute la solution idéale. Néanmoins, cela ne vous dispense en aucun cas de vous pencher ensuite sur Tales From The Thousand Lakes et Elegy, deux pierres angulaires de la discographie d'Amorphis.


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