4212

CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 05 septembre 2010
Sa note : 10/20

LINE UP

-Bill Robinson
(chant)

-Matt Sotelo
(guitare)

-Dan Eggers
(guitare)

-Joel Horner
(basse)

-KC Howard
(batterie)

TRACKLIST

1)(A Departure of the Sun) Ignite the Tesla Coil
2)Metatron
3)Resonance
4)Polarity
5)Solar Impulse
6)Mirroring Dimensions
7)A Brief Odyssey in Time
8)The Quickening of Time
9)Sea of Memories
10)Symbiosis
11)Darkness Embrace
12)Bonus : See Through Dreams (Death Cover)

DISCOGRAPHIE


Decrepit Birth - Polarity
(2010) - death metal technique - Label : Nuclear Blast



Robinson et Sotelo persistent. Après moult galères de line-up, coups du sort (leur ancien guitariste impliqué dans une affaire de criminalité sexuelle) et autres avanies, le troisième bébé de leur collaboration parvient tout de même à voir le jour, qui plus est sous l’œil attendri de leurs nouveaux labels, Nuclear Blast aux US et Massacre en Europe. Decrepit Birth a maintenant, en quelques sortes, le vent en poupe, après plusieurs tournées prestigieuses avec Suffocation (entre autres) et des albums plutôt bien accueillis par le public. Voyons ce qu’il en est de ce Polarity.

Une fois de plus, c’est ce bon vieux Dan Seagrave qui se charge de l’artwork, comme de coutume chez Decrepit Birth. Bon, c’est loin d’être son plus réussi, mais on sent tout de même la patte de cet illustrateur renommé. Toutefois, une signature prestigieuse sur la pochette de l’album ne laisse en rien présager de la qualité sonore de l’objet - on a déjà vu des illustrations de Seagrave sur des daubes… Après une rapide écoute de l’objet, on se rend compte tout de suite que Decrepit Birth n’a pas changé son fusil d’épaule. Et pour ceux qui en douteraient, le communiqué de presse se sent contraint de citer des noms tels que Death, Cynic ou Suffocation. Alors autant les deux premiers, c’est évident, autant le lien avec Suffocation est plus ténu, leurs seuls points communs étant la technique et le fait que Derek Boyer, bassiste chez Suffocation, a été un des membres fondateurs de Decrepit Birth. Le tout est donc assez aigu, rapide, technique et peut être mis sans honte à côté des albums de Death (dont le groupe propose d'ailleurs une reprise en bonus, "See Through Dreams"), Obscura et autres Cynic. Pour autant, ce Polarity n’arrive pas à convaincre aussi bien qu’Obscura, avec son Cosmogenesis, a su le faire en 2009.

Polarity porte finalement bien son nom, tant l’album est inégal et pourrait presque être divisé en deux parties, avec d’un côté les bons titres (quelques-uns) et de l’autre les moyens (le reste). Car en utilisant les mêmes recettes qu’Obscura, Decrepit Birth ne parvient pas à être aussi séduisant et efficace. Déjà, la production aseptisée comme le veut le genre souffre d’une batterie bien trop synthétique dont on ne perçoit quasiment pas les cuivres et dont le trigg sur la double grosse caisse la fait presque ressembler à un vague cliquetis. La basse manque de présence, encore une fois en comparaison d’un Obscura qui en a fait un élément prépondérant dans le mix. Heureusement les guitares sont parfaitement mixées, propres, claires et agressives tout à la fois. Reste le chant de Robinson, manquant de variété et d’émotion, trop monolithique et répétitif. L’ensemble, donc, malgré ses imperfections, sonne bien, respire, et est cohérent avec le genre pratiqué, un death métal très technique, où les structures sont tordues, les guitares rapides et acérées et où breaks et autres solos sont des ingrédients majeurs de la sauce.

Pourtant, la plupart du temps, les efforts des musiciens tombent un peu à plat. Il y a tout de même cinq titres sur l’album qui ne dépassent pas les trois minutes (dont un d’à peine une minute), relativement étonnant pour un genre qui se complait dans la complexité, la surenchère, bref un genre qui bien souvent prend son temps. Sur ces titres, l’auditeur semble avoir à peine le temps de prendre son pied qu’ils s’achèvent… Sur le plus court d’entre eux, les touches de synthés ajoutées sont particulièrement ratées : soit on ne les entend pas, soit on perçoit leurs sonorités complètement cheap. Même l’instrumentale "Sea of Memories" se contente de sonner comme un gros break central et ne sort donc pas du lot. Il faut donc se concentrer sur les quelques bons titres qui parsèment la galette, en particulier l’excellent opener "(A Departure of the Sun) Ignite the Tesla Coil", très mélodique, travaillé, avec des apparitions intelligentes de la guitare classique, bref quelque chose qui laissait présager un très bon album. "Polarity" et "Symbiosis" fonctionnent également bien, sans grand génie mais avec une certaine efficacité. Le final instrumental "Darkness Embrace", mid tempo mélodique, propose également un court moment sympathique à l’auditeur, histoire de ne pas finir l’écoute fâché…


Difficile de ne pas parler de gâchis, même si le mot est sans doute un peu fort. Les musiciens de Decrepit Birth sont tous des tueurs, mais la sauce ne prend que trop rarement. Un chant pas assez varié, des riffs remarquables trop rares et au final un album qui ne se hisse pas – loin s’en faut – à la hauteur de ses concurrents passés et présents. Là où Schuldiner savait insuffler de la vie dans le moindre de ses riffs, Decrepit Birth est trop mécanique et systématique pour convaincre.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4