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CHRONIQUE PAR ...

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Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Mikaël Äkerfeldt
(chant+guitare)

-Peter Lindgren
(guitare)

-Per Wiberg
(claviers)

-Martin Mendez
(basse)

-Martin Lopez
(batterie)

TRACKLIST

1)Ghost of Perdition
2)The Baying of the Hounds
3)Beneath the Mire
4)Atonement
5)Reverie/Harlequin Forest
6)Hours of Wealth
7)The Grand Conjuration
8)Isolation Years

DISCOGRAPHIE


Opeth - Ghost Reveries
(2005) - death metal folk - Label : Roadrunner Records



Mikaël Äkerfeldt disait vouloir prendre le large quelques temps pour pouvoir écrire le prochain album d'Opeth, suite aux mésaventures rencontrées par le groupe suédois à l'époque du diptyque Deliverance/Damnation (2003). Il faut dire que le groupe parlait à ce moment précis des dissentions importantes qui régnaient au sein du quatuor (devenu maintenant quintette avec l'arrivée de Per Wiberg aux claviers) et du split éventuel qui aurait pu suivre. Mais il faut croire que la recherche d'un nouveau label, finalement conclu par un contrat avec l'énorme Roadrunner, a redonné l'envie au principal compositeur de se remettre à l'ouvrage. Résultat : deux ans seulement après Damnation, Äkerfeldt reprend les rênes de l'embarcation avec ce Ghost Reveries.

Il est clair que l'on aurait pu s'attendre, à raison, au revirement total de ce nouveau disque vers le style acoustico-mélancolique de Damnation. Etant signé sur une major dorénavant, on aurait pu aussi s'attendre, à raison, que le groupe cède complètement à l'appétence du succès et signe une oeuvre plus « grand public ». Ces deux premières affirmations sont pourtant fausses : Ghost Reveries, album plein de contradictions, est loin de remporter la palme de l'album le plus accessible du groupe. Non pas à cause de sa complexité, relativement habituelle et témoin d'une mécanique bien huilée chez un groupe, qui, pour la première fois, ose répéter des gammes qu'on leur connaît bien maintenant (parlerait-on d'automatismes ?). Mais plutôt à cause d'un songwriting et d'un tracklisting assez étonnant et dilué. Ghost Reveries revient à des amours bien plus contrariées et disons-le, transitoires. Mélange de Still Life pour le développement lent des compositions, de Deliverance pour l'ambiance, et de Damnation pour la présence accentuée de parties acoustiques, Ghost Reveries a tardé à se découvrir : beaucoup moins heavy que Deliverance, cet album se cherche une identité, sans vraiment la trouver lors de sa conclusion.

Véritable dilemme que de chroniquer ce disque, par conséquent : l'oeuvre nouvelle est indiscutablement belle, voire carrément jouissive à certains moments, mais elle agace aussi assez souvent. Introduit par le très nuancé "Ghost of Perdition" (qui ose tout de même plagier un riff entier à la Tool), enchaînement de plans heavy où le growl d'Äkerfeldt fait de nouveau des miracles et de plans acoustiques élégiaques à la Blackwater Park, ce morceau témoigne de la tendance générale du disque, qui a le cul entre deux chaises. L'expérience Damnation a visiblement été traumatisante : les passages acoustiques sont au moins égaux en quantité aux passages électriques, dorénavant. En effet, le syndrome "acoustique/électrique" est développé à son paroxysme sur ce disque. "The Baying of the Hounds" - superbe de rage contenue grâce aux claviers de Per Wiberg, qui jouissent d'un feeling seventies absolument incomparable - passe le cap sans problème, ce qui n'est pas le cas de "Beneath The Mire", trop téléphoné et longuet. Les plans sur ce morceau (batterie et guitare principalement), redites des précédents albums, s'enchaînent sans véritable fil conducteur, ce qui constitue le principal problème de la moitié des morceaux de l'album.

"Atonement", joli mais tout à fait dispensable morceau arabisant dans la veine de ceux de Damnation n'atteint pas le feeling d'un "Closure". C'est une chose : il faudra désormais compter sur la présence de morceaux entièrement calmes ("Hours Of Wealth", minimalisme ambiant à la "Ending Credits" et "Isolation Years" : deux morceaux emplis d'émotion, mais qui n'ont définitivement pas leur place sur ce disque) au sein d'un océan électrique tempéré de rock progressif du plus bel effet. Mais ces morceaux n'ont pas été écrits avec l'envie que l'on peut palper sans problème sur Damnation. Plus anodins, ils génèrent un agacement important lorsqu'ils suivent deux des morceaux les plus importants de la carrière du groupe : "Reverie/Harlequin Forest" et "The Grand Conjuration". Là, Äkerfeldt s'est lâché : le premier est épique au possible. Introduit par un long passage électrique en chant clair absolument divin, où les deux guitares de Lindgren et d'Äkerfeldt s'entrecroisent pour un effet dévastateur, le morceau retrouve le souffle de l'époque Blackwater Park. Les différents plans du morceau (et il y en a!) forment une trame inspirée où les claviers de Wiberg font une nouvelle fois mouche, pour un final à la "Deliverance" magnifique. Le second, "The Grand Conjuration" est probablement le titre le plus mystique et diabolique qu'Äkerfeldt ait écrit. Sautillant, dense et très sombre (quels claviers!), cette incantation occulte (car tel est le thème de Ghost Reveries) propose ce qui se fait de mieux sur ce disque. Les guitares sont ahurissantes de technicité (le riff principal est véritablement hypnotique) et Äkerfeldt, royal une nouvelle fois que ce soit en chant clair ou en chant death, appose définitivement sa pierre à l'édifice : je n'ai rarement entendu une telle profondeur de chant, surtout au moment du passage intermédiaire, anthologique.

Venons-en à la question qui brûle sur toutes les lèvres : le départ de Steven Wilson. Une chose est certaine : son absence sur ce disque se fait cruellement sentir. Non pas que la production soit mauvaise, loin de là (Äkerfeldt et Jens Borgen ont incontestablement fait du bon boulot). Mais l'ensemble est plus terne et froid que le foisonnement sonore de Blackwater Park, c'est un fait. Sa présence aurait assurément amené Ghost Reveries au sommet, vu le potentiel affolant de ce disque aux forces malheureusement sous-exploitées, parce que légèrement plus fermé sur son propre univers. Opeth n'est meilleur que lorsqu'il rassemble ses deux visages au sein d'un même morceau, jouant avec ses extrêmes, les triturant, les mariant avec l'intelligence musicale qu'on leur connaît désormais.


En fin de compte, un mot revient souvent à l'écoute de Ghost Reveries : contradictoire. Ce nouvel album, très attendu, trop attendu même (et ne serait-ce pas là la clé?), déçoit autant qu'il ravit. Rempli jusqu'à la moëlle de passages jouissifs ("Reverie/Harlequin Forest" en tête) comme de passages plus anecdotiques ("Hours Of Wealth", "Beneath The Mire", certaines lignes de chant, parfois surprenantes et certaines transitions, trop hâchées et cruelles), cet album n'expérimente qu'en terrain connu, dirons-nous. Mais à mon avis, Ghost Reveries survient après de longs moments de questionnement. Il est donc le témoignage de ce vécu chaotique et il faut donc relativiser la déception générale que l'on pourrait certainement ressentir à l'écoute de celui-ci. Ghost Reveries était trop attendu, c'est là son principal défaut .


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