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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 11 juillet 2010
Sa note : 16/20

LINE UP

-Nils Patrik Johansson
(chant)

-Erik Ravn
(guitare)

-Martin Arendal
(guitare)

-Teddy Moller
(basse)

-Andreas Lindahl
(clavier)

-Morten Gade Sorensen
(batterie)

TRACKLIST

1)Away
2)The Desperate Poet
3)The Mad Sailor
4)The Last tribe (Mother Earth)
5)Tears
6)Weather The Storm
7)The Field
8)Water Of Life
9)Lost At Sea

DISCOGRAPHIE

The Shadow Cabinet (2006)
Salt (2010)




Ça n’est pas juste. Alors que des groupes relativement convenus comme Sonata Arctica ou Edguy crèvent les charts, que des groupes de seconde zone (mais pas mauvais pour autant) comme Manticora gagnent un succès d’estime auprès des fans, un groupe comme Wuthering Heights, pourtant qualitativement largement supérieur à ces formations, se contente d’un anonymat poli, voila qui est fortement injuste. Alors qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César : les idées, l’audace, le talent, la voix et la puissance, c’est chez Wuthering Heights que nous les retrouvons. Et le pire, c’est que ça fait un sacré paquet d’année que ça dure.

En fait, depuis leur tout premier album, Within, en 1999. On sentait déjà chez Erik Ravn ce talent d’écriture qui le caractérise encore aujourd’hui. C’est avec l’arrivée de Lars Patrick Johansonn au micro que les choses sérieuses ont commencées. Salt est le troisième album résultant de cette association (et donc le cinquième au total pour Wuthering Heights), et il prend la suite de The Shadow Cabinet et de Far From The Madding Crowd, deux bombes qui encore une fois sont loin d’avoir reçu l’estime qu’elles mériteraient. Salt se plonge dans une thématique maritime, curieux hasard quand on voit que Royal Hunt, sur le même distributeur/label Européen, Scarlet Records, sort également un album à forte teneur en gréements, voiles et proue. Gageons que Wuthering Heights va enfin, avec ce Salt d’énorme facture, recevoir les honneurs qui lui sont dus. En tous cas, la base est la même que pour The Shadow Cabinet : du heavy sur-vitaminé, du progressif et un peu de folk. L’originalité du groupe ne repose certes pas sur le style pratiqué, mais plutôt sur le brio avec lequel celui-ci est exécuté : Wuthering Heights, c’est une moyenne de 14 idées par minute, des tonnes de variations, des mélodies vocales imparables et un charisme hors-normes.

Il n’y a qu’à se farcir l’opener de l’album, le génial "The Desperate Poet", qui regroupe toutes les qualités du groupes : de l’idée, de l’audace, du talent. Riffs et mélodies sont implacables, et une fois de plus, le miracle Lars Patrick Johansson fonctionne : sa voix théâtrale, imposante, expressive, est décidément l’atout maitre du groupe. Alors quand en plus les lignes vocales sont écrites avec une excellence rare, on sait qu’on tient là un tube. Et ce n’est que le premier titre… Car la suite, parfois peut-être un peu moins géniale, est assurément du heavy métal de très haute voltige. Sans hésiter, Erik Ravn saupoudre sa recette de moments acoustiques, de violons, d’accordéons pour une ambiance plus folk, voire des chœurs tout à fait « chants de marins » (sur "The Last Tribe", par exemple, ou le refrain de "The Mad Sailor" sur lequel on cognerait bien nos chopes de bières, ou encore "Water Of Life", hymne totalement aviné), donnant une emphase un peu épique à l’ensemble. La mélancolie rôde elle aussi à chaque coin de note, sur "The Deperate Poet" et ses accents tragiques mais aussi sur "Weather The Storm" et ses lignes vocales émouvantes…la palette d’émotion est large et les contrastes bienvenus.

Salt a donc tout de l’album, non pas forcément parfait – encore que - mais en tous cas indispensable pour n’importe quel amateur de heavy, allant de Blind Guardian pour le côté épique et folk à Manticora pour la puissance et la mélodie, et sachant prendre le meilleur des deux univers pour en faire une fusion redoutable qui année après année ne se dément pas. C’est sur un imposant "Lost At Sea" de seize minutes que se concrétise le trop plein d’idée d’Erik Ravn, qui semble presque incapable de se restreindre et d’aller à l’essentiel, passant à toute allure d’un riff à l’autre, quitte à faire durer trop peu de temps un passage génial (Far From The Madding Crowd souffrait par endroit de ces petits moments de frustration). Malgré tout, cette pièce imposante rassemble une fois encore des parties vocales phénoménales, des riffs inspirés et un refrain fracassant. Certes, le tout est un poil décousu, mais ressemble finalement à un joyeux finish fourre-tout qui a sans doute été aussi agréable à écrire qu’il l’est à écouter. Certains y verront peut être là un défaut, mais devant tant de talent et d’idée, ça serait faire preuve d’une sacrée mauvaise foi.


Wuthering Heights, c’est à la fois un ouragan, un feu d’artifice et une machine à tube comme peu de groupes savent en faire. Malgré un succès d’estime indéniable de la profession et de la critique (trouvez moi une seule chronique négative de Salt), Wuthering Heights peine à se faire connaitre et aimer des fans. Vous qui lisez cette chronique, faite votre devoir et parlez des Danois à vos amis, votre facteur, votre grand-mère, bref, à tous ceux qui possèdent deux oreilles.


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