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CHRONIQUE PAR ...

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Gazus
Cette chronique a été mise en ligne le 15 mai 2010
Sa note : 13/20

LINE UP

-Yann Ligner
(chant)

-Guillaume Bernard
(guitare)

-Mika Moreau
(guitare)

-Jean Étienne Maillard
(basse)

-Matthieu Metzger
(saxophone+claviers...)

-Florent Marcadet
(batterie)

TRACKLIST

1)Rite of Passage
2)Spiral Down
3)Give Up the Rest
4)Hollow Way
5)Immaculate Desire
6)Closed Season
7)The Spell Is Cast
8)Danse Macabre
9)Rain Bird
10)Behold the Silence
11)Army of Me

DISCOGRAPHIE


Klone - Black Days
(2010) - postcore post-metal atmosphérique - Label : Season Of Mist




Après un All Seeing Eye impressionnant, dire que ce nouvel album des Poitevins de Klone était attendu tient de l'euphémisme. D'autant que les annonces s'avéraient plus qu'alléchantes avec notamment Frank Hueso au poste d'ingénieur du son. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Franck Hueso, au même titre qu'un Francis Caste, est de ceux qui font que les groupes de metal français ont de moins en moins à pâtir de la comparaison avec le reste de la scène internationale. En gros, c'est un faiseur de gros son.


Et Black Days le prouve. On est ici loin des standards de production du metal moderne usant et abusant d'une batterie triggée à foison, de murs de guitares townsendiens et d'une impression d'écouter un signal carré dépourvu de dynamique. Ici, la batterie sonne acoustique et vivante, les guitares respirent et laissent transparaître leurs nuances tandis que la basse ronde et chaude est confortablement installée. À l'instar de Lazarus d'Hacride (produit par le même responsable), ce nouvel album de Klone jouit donc d'une production aérée, à mille lieues de l'habituel mur sonore compressé à outrance, le plus souvent dans le simple but de sonner plus fort que le voisin. Qui plus est, cette finition colle parfaitement à la musique du groupe et permet de ne pas lasser sinon fatiguer l'auditeur par des sonorités éprouvantes à la longue.

Reste toutefois la musique. Et après avoir sorti un album de la trempe de All Seeing Eye, il était évident que ce Black Days soit attendu au tournant. Et l'opener "Rite of Passage" de surprendre passée l'introduction mi-ethnique, mi-atonale signée Matthieu Metzger. En effet, on a subitement l'impression d'écouter un album de Tool. Qu'il s'agisse du jeu et de la construction de la batterie, des riffs de guitare, de la présence de la basse ou même du premier break (!) on nage dans un terrain parfaitement connu pour qui est habitué à la musique du combo américain... dont l'influence trop présente est ici plus que gênante. Fort heureusement, les lignes de chant de Yann Ligner permettent de se détacher de cette impression de « repompe/hommage » dérangeante et détecter la patte réelle du groupe jusque là quasiment effacée.

Si au long de l'album la donne s'inverse, l'influence toolienne s'effaçant tandis que le groupe affirme sa personnalité, il se dégage de Black Days un sentiment d'ambiance monochrome, comme si les horizons auparavant si larges se trouvaient aujourd'hui réduits à un seul et même fil conducteur. « Klone fait du Klone » et on se retrouve à attendre d'être surpris, le plus souvent en vain. Et ce n'est pourtant pas faute d'avoir affaire à un groupe dont les qualités ne sont plus à prouver. L'inventivité est présente, les bonnes idées aussi, hélas étouffées par une uniformité décevante. Et si on se retrouve parfois plongé dans de purs moments de grâce (le superbe "Give Up the Rest"), on revient tôt ou tard dans une impression de schémas routiniers, impression soutenue par le fait que presque tous les morceaux semblent bâtis sur le même squelette harmonique.

Il n'y a au final que la reprise du "Army of Me" de Björk qui fait se redresser la tête en fin du disque. Un constat peu réjouissant car ce titre montre que Klone dispose toujours de nombreuses ressources pour balancer quelque chose de puissant à la gueule de l'auditeur. Matthieu Metzger montre sur ce titre qu'il est plus qu'indispensable à l'authenticité du groupe et c'est en partie sa quasi absence ou plutôt trop grande discrétion durant l'album qui ne permet probablement pas au groupe de décoller réellement. Comme si l'aspect autrefois barré / avant-gardiste se retrouvait tué dans l'œuf. Certes, les nappes et textures qui parsèment l'album nourrissent le son, mais le rôle n'est désormais plus que convenu. Quant à Yann Ligner, il est toujours aussi impressionnant qu'auparavant mais semble lui aussi faire preuve de moins de diversité qu'on pouvait lui connaître.


Dire que Black Days est un mauvais album serait pure mauvaise foi. On a ici affaire à des musiciens d'un niveau plus que bon, aux compositions servies par une délicieuse production qui hélas ne les aide pas à s'envoler. Certains seront satisfaits du contenu de l'album, pour ma part, que voilà une belle déception. D'autant que l'on sent que cette musique ne s'est pas faite sans efforts.


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