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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 14 mai 2010
Sa note : 15/20

LINE UP

-Fabio Lione
(chant)

-Luca Turilli
(guitare)

-Patrice Guers
(basse)

-Alex Staropoli
(claviers)

-Alex Holzwarth
(batterie)

TRACKLIST

1)Dark Frozen World
2)Sea of Fate
3)Crystal Moonlight
4)Reign of Terror
5)Danza di Fuoco E Ghiaccio
6)Raging Starfire
7)Lost in Cold Dreams
8)On The Way to Ainor
9)The Frozen Tears of Angels
10)Labyrinth of Madness (Bonus Track)
11)Sea of Fate (Orchestral Version)

DISCOGRAPHIE


Rhapsody Of Fire - The Frozen Tears Of Angels
(2010) - metal symphonique speed metal épique as hell - Label : Nuclear Blast



La rage au ventre. C’est ainsi que semblent revenir nos bons amis de Rhapsody (les anciens fans dont je fais partie ont toujours du mal à leur accoler le Of Fire de rigueur), fatigués et sans doute lassés des déboires à répétition qu’a connus le groupe ces dernières années. Nous ne reviendrons pas sur la saga des affaires judiciaires les concernant, saga qui mériterait à elle seule un ou deux albums (et l’inoxydable Christopher Lee pour en narrer les parties les plus tragiques), car ce qui nous intéresse c’est la cuvée 2010 de Rhapsody, les immortels, les éternels, les puissants Rhapsody Of Fire !

Et pourtant. Sous des dehors révolutionnaires, comme si The Frozen Tears Of Angels allait être un nouveau jalon dans l‘évolution musicale des Italiens, force est de constater que jamais Rhapsody Of Fire n’aura été à la fois aussi classique et inspiré. Classique, car dans les ingrédients qui ont été utilisés pour l’écriture de cet album, on ne trouve pas grand-chose de vraiment nouveau. Et inspiré, car avec cette même somme d’éléments, la bande à Staropoli et Turilli a réussi là où tout le monde l’attendait de pied ferme : The Frozen Tears Of Angels relève le niveau par rapport au mollasson (mais au demeurant parfaitement écoutable) Triumph Or Agony. Et c’est donc un album équilibré, inspiré et maitrisé que nous proposent les troubadours italiens. Les fans de longues date seront à la fois heureux et réconfortés de retrouver un Turilli toujours aussi volatile sur la six cordes, même s’il nous ressert son éternel jeu en arpège/sweeping sans sembler avoir jamais l’impression de se répéter, ses plans avec cordes à vide et ses suites d’accord classiques pour que Lione pose sa voix dessus comme on les entend depuis 1997. Le maitre d’œuvre du combo n’a donc pas changé sa guitare d’épaule.

L’écriture de The Frozen Tears Of Angels se veut alors définitivement traditionnelle, à l’image de la production, toujours aussi propre, claire et équilibrée, digne du magicien Sacha Paeth, encore une fois aux manettes. Les sonorités de Staropoli, là encore, ne trahissent aucunement l’idée que l’on se fait de l’épique chez Rhapsody : orgue, violons, chœurs…aucune révolution dans la façon dont les orchestrations ont été conduites, jamais de surprise dans les sonorités, sauf peut être dans certains solos de synthé (par exemple sur "Reign of Terror"), au son plus mordant que précédemment. Mais tant dans le fond que dans la forme, The Frozen Tears Of Angels se montre à la fois prévisible et… redoutable. Redoutable, car sous ses nombreuses facettes trop classiques, la paire Staropoli/Turilli n’a pas été à court d’inspiration. Les idées abondent, les mélodies vocales tombent quasiment toujours juste et les thèmes des chansons se veulent directs et efficaces, comme lors de ce que certains appelleraient l’époque bénie des Italiens – à savoir les années 1998/2000. Il y a indéniablement quelque chose de Symphony of Enchanted Lands et de Dawn of Victory dans cet album : le côté classieux et épique du premier allié à l’agressivité et à l’audace du second.

Il n’y a qu’à écouter la rage de "Reign of Terror" : du blast beat, du Lione en screaming black et des chœurs qui viennent stratégiquement supporter le chant de Fabio… c’est parfaitement efficace et l’alliance entre le côté grandiloquent de Rhapsody et le côté sulfureux (en exagérant un peu, soit) d’un Anorexia Nervosa est définitivement une heureuse idée. Plus traditionnellement, les excellentes mélodies vocales des refrains de "Crystal Moonlight" ou de "On the Way to Ainor" - titre également excessivement pêchu – nous rappellent les riches heures de Rhapsody Of Fire, et on ne demande qu’à les hurler en live, comme cela était le cas sur des titres comme "Emerald Sword" ou "When Demons Awake". Les titres les plus méchants de cet album sont donc les plus réussis : si l’on compte un "Sea of Fate" peut être un peu trop classique – disons, encore un peu plus que tout le reste – et un "Raging Starfire" assez inégal, il reste malgré tout assez d’énergie dans The Frozen Tears Of Angels pour redonner vie au guerrier immortel qui sommeille en chacun de nous. Et puis il y a le cas "Danza Di Fuoco E Ghiaccio Buitoni Ravioli", dont il est difficile de savoir quoi penser...

Comme souvent, il est regrettable que Rhapsody Of Fire concentre toutes ses idées plus traditionnellement médiévales dans un titre unique de plus de six minutes qui casse un peu le rythme de l’album ; n’aurait-il pas été plus judicieux d’en saupoudrer 3 ou 4 titres en l’incluant intelligemment dans leur canevas ? Ce passage un peu obligé chez Rhapsody sera sans doute toujours reçu avec indulgence de la part des fans, car cela fait partie de leur folklore ; malgré tout, les "Elnor’s Magic Valley", "Il Canto Del Vento" et autres "Lamento Eroico" formeront presque toujours le ventre mou d’un album de Rhapsody, pour peu que le reste – et c’est le cas ici – soit réussi. Comme souvent, Rhapsody Of Fire clôt son nouveau chapitre avec un titre aux dimensions plus imposantes (plus de onze minutes cette fois) censé finir vaillamment le combat. "The Frozen Tears of Angels" ne faillit pas à sa tâche en offrant de belles parties de guitares classiques et quelques touches de piano, et ce malgré un refrain trop longuet et des solos de guitare peu palpitants. Il faut conclure cette chronique en soulignant le travail du génial Fabio Lione, toujours aussi imposant avec son vibrato extraordinaire et son aisance, confortant sa réputation avérée d’être l’un des tous meilleurs chanteurs de l’univers métal d’aujourd’hui…


Oui, The Frozen Tears Of Angels est un bon album. Peut-être réconciliera-t-il les fans désabusés de ces dernières années avec Rhapsody Of Fire, peut-être marque-t-il l’entrée dans une nouvelle ère pour le combo Italien, une ère où sans jamais toucher à ses sacro-saintes racines, Rhapsody Of Fire continuera de développer son style et d’évoluer vers une forme toujours plus mature et assurée… au risque déjà vu de lasser les fans en se répétant trop ? Les paris sont ouverts…


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