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CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 17 avril 2010
Sa note : 13/20

LINE UP

-Frank Schwarte
(chant+guitare)

-Poldi
(guitare)

-Rainer Wiezorek
(basse)

-John Doe
(batterie)

TRACKLIST

1)Sarggeburt
2)Eisenketzer
3)Sündenbock
4)Das Schwert Des Propheten
5)Fegefeuer
6)Wechselbalg
7)Totensammler
8)Seelenverkäufer
9)Der Wurm Fes Zweifels
10)Ich Bin Fer Sieg
11)Eine Für's Feuer
12)Hans Eisenbeiss
13)Eisenmütze (Bonus)

DISCOGRAPHIE

Sarggeburt (2010)

Abrogation - Sarggeburt
(2010) - death metal mélodeath underground chanté en teuton - Label : Twilight Zone



« Ah ah, Abrogation ça m'a l'air bien underground, ça va me plaire », me suis-je dit en recevant cette promo. Faut dire aussi que la gueule de la pochette et le relatif manque d'informations sur le groupe sur le net ne laissaient pas à penser autre chose. Et non seulement c'est underground, mais en plus il s'agit d'un groupe allemand qui, contrairement à l'extrême majorité de ses collègues a décidé de chanter dans sa langue natale. On peut apprécier la démarche et l'intégrité, reste que le chant en allemand, personnellement je trouve ça un peu vilain. Et même assez dégueulasse dans le cas de ce groupe. Enfin, des goûts et des couleurs...

Quoi qu'il en soit, n'ayant aucun moyen de comprendre ce que les mecs racontent, je me suis concentré sur la musique, qui reste de toute façon le facteur principal de qualité d'un album, et de loin, du moins dans notre allmighty métal. En effet, qu'on ne vienne pas me dire que les paroles de Cannibal Corpse ou d'Impaled Nazarene intéressent fondamentalement les gens normalement constitués. Mais bref, passons, et intéressons-nous donc au contenu de ce Sarggeburt : et ça commence avec une intro assez pompeuse mais pas forcément désagréable pour autant : montée en mode power trash couplée avec un ensemble de cordes et de chœurs derrière, qui embraye sur un morceau mid-tempo très progressif et assez classique mais non dénué d'intérêt (''Sarggeburt''). On a ensuite le droit à un album ma foi assez varié, techniquement carré et plutôt inventif mais desservi par deux trucs foncièrement importants dans un groupe et qui pour le coup n'ont pas été super maitrisés : la production et le chant.

La prod' tout d'abord : on l'a dit, Abrogation c'est une bande de Hallemands undergrounds et inconnus, du coup ils ont fait ce qu'ils pouvaient pour produire ce skeud, et même si dans l'ensemble c'est à peu près correct, la batterie est un peu en carton (sauf la grosse caisse, sauvée des eaux on ne sait comment, mais alors les toms et la claire, Mein Gött) et les guitares trop compressées et saturées. Les leads et soli sont plus clairs, mais en gros ça manque sévèrement de burnes et d'ampleur. Le chant ensuite. Le fait que l'ami Frank Schwarte beugle en allemand me dérange un peu, vous l'aurez compris. Mais pas parce que je hais l'allemand en soi, non en l'occurrence c'est bien la prestation du bonhomme qui me déplait : diction trop chargée, pompeuse et frisant parfois le ridiculement evil, sur ''Totensammler'' notamment, où le chanteur bousille le morceau à lui seul avec ses tentatives de placer des lignes de chant hurlées plus aiguës ainsi que des passages en voix claire, absolument pas maitrisés (sur ''Hans Heissenbeiss'' également).

De plus, l'utilisation de l'allemand, assez guttural par nature, en rajoute à ce sentiment que le mec en fait des caisses, et à la longue cela devient presque insupportable. Et c'est bien dommage, parce que derrière il y a clairement du niveau. Abrogation, qui évolue dans un mélodeath assez sombre aux influences scandinaves évidentes, alterne avec bonheur et un certain talent les séquences thrash death jouées pied au plancher, mais dont l'impact est légèrement desservi par la production (''Eizenketzer'', ''Sundenbock''), les passages plus en groove et en riffs mid tempo (''Wechselbalg''), en y incorporant comme il se doit de multiples ponts mélodiques et épiques bien propres au genre. Au rayon des curiosités et de l'identité du groupe, on sent chez les teutons une petite touche orientalo-médiévale qui rappelle par instants un genre de Nile posé (''Das Schwertz Das Propheten'') et à d'autres moments la scène folk métal des Eluveitie et autres Korpiklaani (sur ''Fegefeuer'' notamment), les instruments traditionnels un peu ridicules mais tellement jouissifs en concert en moins.

De même, l'utilisation de guitares folk rappelle furieusement le grand In Flames de la période Jester Race/Whoracle, influence plus généralement très présente dans cet album (''Der Wurm Des Sweifels'', ''Hans Heissenbeiss''), ce qui est un compliment. Les morceaux sont donc finalement assez riches, cohérents, et développent souvent plusieurs ambiances tout en conservant une ligne directrice forte et identifiable. Malheureusement, le tout manque quelque peu d'originalité et, vous l'aurez compris, est loin de posséder le meilleur vocaliste de la cène en la personne de Frank Schwarte...Si on ajoute à ça une production en mousse, on se retrouve avec un léger sentiment de gâchis après de multiples écoutes. Il y a du potentiel, mais il faudrait voir à se faire produire correctement et à virer ce chanteur. Enfin ce n'est que mon avis, et certains apprécieront toute la gutturalité théâtrale et le côté authentique du bonhomme.


Bref, l'un dans l'autre un plutôt bon album, desservi on l'a dit par quelques aspects techniques tenant au côté underground des gars d'outre-Rhin et à leur évident manque de moyens et également par un chanteur pas super au point, mais qui reste le fondateur du groupe et possède également un talent de compositeur indubitable. Cependant, tout cela reste assez classique et redondant par rapport à ce qui a déjà été fait dans la scène mélodeath scandinave au sens large, et ça ne devrait malheureusement pas aider les petits gars d'Abrogation à développer leur notoriété. Espérons pour eux que je me plante.


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