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CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13/20

LINE UP

-Anthony Banks
(Claviers)

-Phil Collins
(Batterie+Chant)

-Michael Rutherford
(Basse+Guitare)

TRACKLIST

1)Down And Out
2)Undertow
3)Ballad Of Big
4)Snowbound
5)Burning Rope
6)Deep In The Motherlode
7)Many Too Many
8)Scenes From A Night's Dream
9)Say It's Alright Joe
10)The Lady Lies
11)Follow You, Follow Me

DISCOGRAPHIE


Genesis - And Then There Were Three... (2)



Imaginez : vous êtes le guitariste d’un groupe bien sympathique de rock progressif, ça marche, vous avez une petite fortune, les tournées se passent merveilleusement bien, à ce niveau-là, c’est cool. Bon, y a le chanteur principal qui s’est barré il y a deux ans, mais le batteur a repris l’affaire, ça marche au poil. Et pourtant... Bah, vous commencez à en avoir un peu marre. Ouais, ça fait quand même six ans que vous êtes dans ce groupe, et pas moyen d’imposer vos idées. Et puis vous sentez que le claviériste, il vous porte pas dans son cœur... on pourrait même dire qu’il peut pas vous blairer. Manque de pot : c’est maintenant lui le leader "créatif" du groupe. Enfin, pour compenser, vous avez démarré une carrière solo, peinard, où vous pouvez vous exprimer à loisir.

Mais y a un moment, faut bien que ça pète : et c’est ce qui arrive quand vous recevez une « réclamation », signée par le groupe, que l’on peut traduire en ces termes : c’est soit Genesis, soit ta carrière solo, mais hors de question de s’investir dans les deux! Alors, quel est ton choix ? Pour Hackett, ça ne fait pas un pli : Adios Genesis ! Et on comprend que la petite « réclamation » lui soit restée en travers de la gorge ! Mais il est permis de douter quant à l’implication des trois membres dans le coup ; en effet, le premier effort solo de Hackett avait bénéficié des participations de... Rutherford et Collins ! Reste Banks... ah oui, et là, ça paraît déjà plus plausible. Bon, eh bien, ok, le voilà parti. Devra-t-il le regretter - sur le plan musical, tout au moins ? On peut le penser...

Difficile, en effet, de savoir si la « magic touch » de Hackett aurait à lui seul réhaussé l’intérêt de l’album, mais ce qui est sûr, c’est qu'on a ici droit à un beau retournement de veste ! Evidemment, le contexte n’aidait pas : 1978, la vague punk est passée, ravageant les mastodontes du prog... qui, soudain pris de peur et - surtout - d’appât du gain, vont revoir leurs ambitions à la baisse. Et Genesis ne fera pas exception ; en témoigne cet album mi-figue mi-raisin, dont l’ouverture annonce la couleur : "Down And Out" ; rythme endiablé, un Collins des meilleurs jours, construction alambiquée... puis le refrain arrive et pata-trac ! On tombe dans le convenu, le forcé. Parfait résumé du contenu : d’excellentes choses, typiquement « genesiennes » mais aussi (et c’est une première, si l’on excepte "More Fool Me") d’autres carrément inutiles, niaises et se complaisant dans une certaine facilité.

Et ces aspects négatifs, on va les trouver dans deux des ballades du disque ; j’ai nommé "Undertow", qui démarre pas trop mal, mais hélàs se ramasse la tronche dès que la batterie entre en scène. Et alors, ce refrain... le genre de trucs qu’on a l’impression d’avoir déjà entendu cinquante fois, mielleux et plat. La frontière entre beau et niais est très imprécise, mais jusque là, Genesis avait su ne pas la franchir. Ce n’est plus le cas ici. Dommage...

Même constat pour "Snowbound", nous contant une belle histoire de Noël, avec bonhomme de neige en prime ! Oh, comme c’est mignon ! Surtout gnangnan, ouais ! Allez, on ne va pas cracher sur les arrangements de Banks, plutôt réussis, qui m’évoquent une pluie de dragées tombant sur la ville enneigée (allez savoir pourquoi) Vous allez me dire : ouais, mais c’est Collins qui a écrit ces deux titres, il voulait inclure ses compos dans l’album, les autres lui ont fait ce plaisir... ah ah ! Même pas. Ces « sucreries » plutôt lourdes sont respectivement dues à Banks et Rutherford. Ah bah...

Heureusement, les deux autres ballades sont nettement plus réussies : "Many Too Many" et sa discrète mélodie au piano, les élans furtifs de Rutherford à la guitare (oui oui, c’est lui qui s’en charge après la défection de Hackett), et le refrain qui s’emporte, avec un Collins très expressif et convaincant. Egalement "Say It’s Alright Joe" et sa discrète mélodie au piano, les élans furtifs de Rutherford à la... ah bah ouais, un peu la même chose que pour l’autre ! La marque de fabrique Genesis, en fait ; preuve qu’ils sont encore un peu là, finalement.

Mais rassurez-nous, les mecs, vous n’avez pas abandonné le prog en fin de compte ? Ah non, regarde, il y a "Burning Rope", une pièce de 7 minutes ! Ah... bah si c’était pour nous faire ça... alors c’est sûr, on a de multiples parties, des envolées instrumentales (enfin, UNE envolée) mais franchement, vous trouvez pas ça un peu... facile ? C’est simple, ce titre ne vaut que pour un seul instant : cette envolée, justement, où résonnent les claviers de Banks, et Rutherford qui nous sort un solo magnifique... typiquement hackettien ! Quoi ? Mais alors, à quoi ça servait de... pffff.... ah, les histoires d’ego... Mais là aussi, il y a mieux : "The Lady Lies", délicieuse historiette de 6 minutes, où la basse de Michael Rutherford retrouve sa pertinence d’antan ; et les claviers qui rugissent avant le refrain... encore une fois, on est rassuré !

Pour ce qui est du moyen-bon, on a "Ballad Of Big" qui ne ressemble à rien de ce qu’à pu faire Genesis auparavant : mélange entre ambiances de western et de film de gangsters ; à noter un thème au synthé absolument imparable. Pour le reste, c’est étonnant... mais pas forcément réussi. "Deep In The Motherlode", aux réminiscences blues-rock ; motif de synthé, là encore, mémorable, mais à part ça, rien de spécifiquement accrocheur ou réellement profond. Eh bé, pas très glorieux tout ça ! Heureusement, il reste deux titres, qui eux, sont absolument terribles : "Scenes From A Night’s Dream", qui reste mon coup de cœur ; certains pourront trouver ça horriblement kitsch, mais c’est si gai, frais, plein de vie (comme le Mentos), les harmonies vocales sont délicieusement surannées... 3 minutes 30 de réel bonheur, et ça se boit comme du petit lait !

Enfin, il y a ce que j’appellerai l’énigme, tel le "Owner Of A Lonely Heart" de Yes ; un titre que les progueux adorent détester, mais que je trouve irrésistible, et même beau à pleurer : ce titre, c’est "Follow You, Follow Me"... le premier grand tube de Genesis, une vraie merveille de douceur... mais rien de niais là-dedans : non, c’est pur, c’est touchant... une véritable chanson d’amour, qui donne envie d’y croire. Mais ce n’est pas une chanson à album, non : il faut s’y consacrer séparément du reste, lorsque vous avez un coup de blues ou que vous vous sentez une âme romantique, hop : "Follow You Follow Me", effet garanti...


Mais bon, faut bien revenir à l’album et tirer les conclusions nécessaires ! Alors, ce premier essai à trois ? Bah... c’est quand même pas trop mal, avouons, j’ai été assez sévère durant ma chronique, mais il reste encore des moments de pure beauté, qui nous convainquent que Genesis peut encore être un grand groupe... mais on reste avec l’impression peu flatteuse que le groupe a voulu assurer ses arrières, de ne pas trop se la jouer « grand canon progressif » de peur de se faire conspuer par la presse, mais sans trop jouer les risque-tout pour ne pas décevoir les fans... tout le monde est content, comme ça hein ? Mmmh... assez déçu sur ce coup-là, quand même. Avoir le cul entre deux chaises, ce n’est pas forcément la meilleure solution. Et cette leçon, ils vont la retenir pour l’album suivant...


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