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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 20 février 2010
Sa note : 16.5/20

LINE UP

- Mirco
(chant)

- Andrea
(guitare)

- Matteo
(guitare)

- Alessio
(basse)

- Enrico
(batterie)

TRACKLIST

1)Mudra: In Acceptance and Regret
2)7th Moon
3)Caofedian
4)Drifting Lights
5)Black Waves
6)Hades
7)Prometheus Bring Us the Fire

DISCOGRAPHIE

Shifting (2010)

At The Soundawn - Shifting
(2010) - post rock coreux et jazzy - Label : Lifeforce Records




Que voilà les Italiens de At The Soundawn de retour avec leur second album Shifting. Et on la joue post musique tantôt du côté hardcore de la force, tantôt gentiment rangée derrière les standards rock. Gentiment parce que At The Soundawn respecte souvent les codes habituels du genre. Mais plusieurs arguments développés par les Italiens empêchent pourtant de faire tomber cet album dans la catégorie de la simple redite. Et pour cela, Shifting mérite que l'on s'attarde un peu.


Ecouter les premiers titres de Shifting, c'est se confronter à du postcore ambiant de la plus pure tradition: son clean, saturation, batterie aérée, voix écorchées mais pas trop, atmosphère à la fois lourde et aérienne. Impossible de ne pas penser aux canons du genre et à Isis en filiation évidente. At The Soundawn maîtrise l'exercice à la perfection et le démontre, embarque l'auditeur dans un voyage certes connu mais bel et bien emmené. S'il n'est pas exempt de passages un peu torturés, notamment dans la première partie de "Mudra: In Acceptance and Regret" – rien de bien infernal cependant -, Shifting mise avant tout sur des atmosphères claires qui flirtent d'avantage du côté du post rock que du postcore. "Caofedian" revisite ainsi l'immensité océanique, aux mouvances majestueuses et en apesanteur dans la veine d'un Sigur Ros jusque dans l'évocation des mammifères marins. Plus continentales, les percussions boisées aux résonances indiennes de "Drifting Lights" se suspendent dans un espace clair et aéré, invitent à quelques instants de sérénité. At The Soundawn sait d'ailleurs se contenter strictement de l'essentiel, s'en tenir au minimum musical pour créer une bulle de groove en dehors du temps et de l'agitation sonore: basse prédominante jouant sa mesure ad libitum, discrétion et nuances de mise pour la batterie, la guitare se permettant quelques notes à peine de temps à autre – voilà de quoi habiller la partie centrale de "Black Waves".

On aura aussi droit à nos montagnes russes mélodiques et émotionnelles si caractéristiques du genre, à ces chatouillements nuancés du charley, à cette claisse claire sonnante au groove bien léché qui mène efficacement jusqu'à l'arrivée des riffs saturés. Energique, "7th Moon" séduit d'emblée par ses rythmiques ternaires entraînantes - et même dansantes en cherchant bien -, ainsi que par son ambiance mystérieuse et quelque peu dramatique. En fait "7th Moon" se présente quasiment comme un morceau narratif dont les différents mouvements mélodiques se suivent avec naturel tout en gardant une certaine dose d'imprévisibilité pour capter puis garder l'attention de son auditeur. L'enchaînement de ces deux premiers titres est d'ailleurs d'un effet diaboliquement efficace, de même que "Prometheus Bring Us the Fire" fait un contrepoint insidieusement cruel au paisible final du titre qui le précède. "Hades" est le second morceau qui se distingue de l'ensemble de Shifting par sa sensibilité et le charme de son univers. Les premières minutes sont tourmentées, explorent la violence et le désespoir, puis la tonalité change pour un mouvement jazz au chant clair plus mélancolique, aux balancements ternaires et surtout, surtout, pour ce solo final à la trompette au feeling absolument irrésistible. De la grande classe.

Car At The Soundawn joue à plusieurs reprises la carte jazz et cela lui réussit. D'une part parce que la légèreté et la précision du son et du swing sont au rendez-vous, - il n'y a qu'à écouter le duo chant/trompette sur "Mudra: In Acceptance and Regret" pour se convaincre de la maîtrise des musiciens - et d'autre part parce qu'ils se démarquent ainsi sensiblement du trop commun post rock électrique. Non qu'ils soient les premiers à s'aventurer dans ces parages. Mais At The Soundawn séduit - la sauce prend comme on dit. Les compositions ont surtout suffisamment d'épaisseur pour contourner l'écueil de l'ennui lorsque l'on prolonge et affine l'écoute de l'album. Encadré par deux morceaux de grand calibre, à l'intensité émotionnelle très marquée et d'une profondeur subtile tant les sentiments de désespoir et de résignation s'y infiltrent insidieusement, At The Soundawn traverse sans encombre les passes plus calmes en milieu d'album et réussit ses variations de clair-obscur sans perdre l'auditeur en cours de route. La seule réserve que l'on pourra émettre concerne le chant clair, au timbre assez peu commun pour le genre – sauf si l'on considère l'alternance chant hurlé/chant clair présente tout le long de l'album pour laquelle ce timbre correspond parfaitement (on y discerne même une pointe émo par moment)- et qui surprendra donc peut-être à la première écoute. Une caractéristique que l'on appréciera par la suite pour le très léger dépaysement sonore qu'elle induit.


Alors pour peu que l'on soit sensible à la prose mélodique de At The Soundawn, Shifting est sans conteste un album séduisant qui réunit les qualités nécessaires pour partir en trip. At The Soundawn marche peut-être à plusieurs reprises sur les plates bandes de ses grands frères, mais tire finalement bien son épingle du jeu en proposant un post rock tantôt jazzy tantôt coreux teinté d'une touche personnelle indéniable.


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