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CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 09 février 2010
Sa note : 15/20

LINE UP

-Ihsahn
(chant+guitare+claviers)

-Jorgen Munkeby
(saxophone)

-Lars K. Norberg
(basse)

-Asgeir Mickelson
(batterie)

TRACKLIST

1)The Barren Lands
2)A Grave Inversed
3)After
4)Frozen Lakes on Mars
5)Undercurrent
6)Austere
7)Heavens Black Sea
8)On the Shores

DISCOGRAPHIE

The Adversary (2006)
angL (2008)
After (2010)
Eremita (2012)
Das Seelenbrechen (2013)

Ihsahn - After
(2010) - heavy metal black metal metal prog Ihsahn metal, en fait - Label : Candlelight




Ihsahn trace sa route. En toute indépendance, avec pour seul guide la vision qu’il cherche à saisir, à affiner, sans regard sur le passé ou ses contemporains. Rien de plus qu’une supposition, évidemment… mais c’est bien ce qui ressort à l’écoute d’After : l’expression d’une identité musicale qui voyage sans contraintes extérieures, et tâtonne à la recherche de son idéal. En sortiront des erreurs, des audaces, et au milieu de tout cela, ces composantes immuables qui forment aussi le charme du personnage.


L’ex-Empereur en chef sera toujours connu, quelque part, pour ses riffs tordus qui n’obéissent qu’à leur propre logique, et le chant hurlé qu’il est seul à pratiquer de cette manière. Histoire de ne pas dérouter le vieux fan, on retrouve ces deux éléments sur "The Barren Lands", dont l’ouverture à un arrière-goût de Prometheus. Mais dès la moitié du titre, on comprend qu’on ne navigue pas dans les mêmes eaux : le ton est assagi, le chant clair plus présent, et l’atmosphère de folie grand-guignolesque dans laquelle baignait le dernier Emperor ne surgira plus que par fragments, notamment sur l’exceptionnel "A Grave Inversed", qui a le mérite d’introduire la nouvelle lubie du Norvégien : le saxophone ! Et sur ce titre en particulier, son utilisation frénétique fonctionne parfaitement, tant elle ajoute un effet de surprise et d’inconfort à l’ensemble. Ses interventions sur les autres morceaux sont toutefois plus directes et émotionnelles… à l’image d’un album qui aspire par endroits à la simplicité.

Car dès le 3ème titre, "After", Ihsahn ose l’exercice du morceau posé, au riff sans chausse-trappe, presqu’exclusivement en chant clair, avec l’orgue Hammond qui se plaque ici et là… et si nous n’étions plus si loin des rivages d’Akerfeldt, ceux-là même que le chanteur recommanda à Candlelight aux prémices de leur carrière ? D’autant plus qu’il nous refait le même coup trois titres plus loin avec "Austere", à l’arpège quasi-solaire et avec une basse fretless en prime. Oui oui, comme à l’époque de Morningrise ! Impossible de ne pas y songer, surtout dans sa section centrale au riff en funambule. Alors, est-ce cela qu’on attend d’un album d’Ihsahn : des hommages à Opeth ? Peut-être pas, mais dans l’ensemble de l’album, ces deux pièces ne jurent pas. La force tranquille d’"Austere" compte même parmi ses meilleurs moments.

De même, attend-on du bonhomme qu’il nous balance une bombe heavy/thrash à la rythmique béton et au refrain en or ? Non, pourtant il y parvient avec "Heavens Black Sea", coupé tout de même en son milieu par un solo de saxophone en suspension, histoire de brouiller les pistes et de rappeler que chez tonton Ihsahn, les choses se passent comme il lui sied et non comme on l’exige. Et si l’envie lui prend de balancer deux pavés de 10 minutes au parfum de metal prog, vous ne l’en empêcherez pas. Malheureusement, "Undercurrent" et "On the Shores", les deux titres en question, ne comptent pas parmi les plus aboutis d’After. La progression dramatique n’est pas si emballante, la construction reste un poil hasardeuse, et les thèmes récurrents de chaque morceau ne sont pas assez forts pour leur permettre de tenir la distance. Bref, on ne sent pas le Norvégien autant dans son élément que sur des titres plus ramassés, mais pas moins ambitieux.


After, dans ses écarts, ses surprises, ses réminiscences, s’impose comme une aventure passionnante dont les quelques menues faiblesses ne doivent pas décourager les plus curieux de l’entreprendre. Voici l’histoire d’un homme, à la plume affutée, qui a mené sa barque là où il l’entendait, à la poursuite de son Eldorado. Le voyage, on imagine, est loin d’être terminé ; mais nous éprouverons bien du plaisir sur cette étape avant de passer à la suivante.


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