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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 15 janvier 2010
Sa note : 16/20

LINE UP

-Manthos Stergiou
(guitare+chant)

-Petros Nikiforakis
(guitare)

-Kornilios Kiriakidis
(basse)

-Stavros Rigos
(batterie)

TRACKLIST

1)Triggering the Fear Factor
2)Complicity
3)Downfall
4)Dog
5)The Sea of See Through Skins
6)Brains Trust
7)Ask E Sea
8)Reverse Arms
9)Tinge of Irony


DISCOGRAPHIE


Tardive Dyskinesia - The Sea Of See Through Skins
(2009) - hardcore mathcore deathcore - Label : Coroner Records



Attention chien méchant. Il grogne, il lance des attaques sans prévenir et il a un regard hargneux. Tardive Dyskinesia lance dans l'arène un bulldog hardcore capable d'assauts violents aussi bien que de pirouettes techniques. La bête est massive, pas du genre à se laisser intimider. En ce qui nous concerne, nous garderons un rôle de spectateur en nous tenant hors de portée du monstre – histoire de ne pas se faire bouffer une main. Description d'un affrontement… animal.


Les gars de Tardive Dyskinesia ne plaisantent pas. Dans le genre on ne badine pas avec The Sea Of See Through Skins. Pour preuve le travail impeccable fourni tant au niveau de la composition, de la performance technique que de la production (il y aurait derrière un certain Jacob Jochem de chez Textures). On a là un album lourd qui crache dans les enceintes une énergie haineuse sans retenue, si ce n'est celle nécessaire pour délivrer une prestation techniquement incisive. Manthos Stergiou beugle jusqu'à la saturation avec une puissance modulée et on ne parlera pas ici de plans ou de riffs, mais de rouleaux compresseurs inébranlables: écartez-vous du chemin du mastodonte "Ask E Sea", frêles humains, sous peine de mourir écrasés au passage de ses lentes rafales de double pédale. Tardive Dyskinesia donne par certains côtés systématiques dans le martial, avec pour arguments une batterie très carrée et des lignes de chant monolithiques – car lorsque Stergiou hurle, il le fait en un seul bloc et en tenant sa note quoi qu'il arrive; ne vous attendez donc pas à de mélodieuses vocalises. Mais il y a tout de même des digressions rythmiques un peu plus barrées amenées sans souci de complexité raffinée, comprendre planquées derrière des murailles de cymbales crash et d'électricité. La démonstration mathcore est bien établie mais ne supplante pas la brutalité originelle. De quoi profiter sans prise de tête de ce stoner à la sauce hardcore sur les riffs balancés de "Downfall" ou de cette attaque de tanks mitrailleurs sur "Triggering the Fear Factor".

L'effort reste constant tout le long de l'album, on imagine presque la sueur perlant sur le poil de la bête. Sans pour autant percevoir un quelconque épuisement musculaire. Cette capacité sur-animale pourrait peut-être se poser en obstacle pour le non-initié: mais qu'on se rassure, The Sea Of See Through Skins manœuvre assez bien pour éviter d'enchaîner trop souvent les mêmes coups et sait varier les plaisirs sans s'attarder plus que nécessaire, ceci grâce à plusieurs soubresauts accrocheurs. Encore faut-il avoir suffisamment d'énergie pour tenir toute la durée du combat et ne rater aucun échange. De temps à autre, les musiciens se permettent même quelques minutes plus mélodiques pour montrer que si jamais, il y a de la réserve pour plus tard; ainsi du final majestueux de "Brains Trust" et des chœurs mi-chantés, mi-hurlés sur "Dog", rare pour ne pas dire unique intrusion du chant clair sur cet album. Mais surtout Tardive Dyskinesia s'offre le luxe de terminer l'album sur trois minutes de blues postcore, où la guitare frime dans un solo organique tout en élancements distordus parfaitement ressentis, sur un accompagnement toujours aussi puissant. C'est là le côté un peu sadique de Tardive Dyskinesia: achever l'album en nous laissant entrevoir des orientations musicales plus que désirables et la marge de manœuvre qu'ils ont à leur disposition pour métamorphoser leur musique, grâce peut-être à une touche mélodique - plus humaine.


On sait instinctivement dès les premières notes que Tardive Dyskinesia frappe fort avec cet album. Et pourtant, il faudra un peu de persévérance voire d'entraînement pour ne pas se laisser écraser sous la masse sonore de The Sea Of See Through Skins. Mais l'expérience de ce feu hardcore grec n'est pas réservée aux seuls gros bras: alors frayez-vous un passage jusqu'au premier rang, et hurlez pour exciter les combattants.


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