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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 13 décembre 2009
Sa note : 13/20

LINE UP

-Arsonist
(tout)

TRACKLIST

1)Marche d'un fou
2)Le sang de ton dieu
3)L'oppression du rien
4)Voyage en hérésie
5)Réalité
6)Au-delà de l'illusion


DISCOGRAPHIE


Ars Moriendi - L'Oppression Du Rien
(2008) - black metal dark metal ambient - Label : Griffin Music



Ars Moriendi ou l'art de mourir… Brrr. Non, en fait plus rien ne nous fait peur. On exige même que L'Oppression Du Rien soit macabre, sombre et malsain au possible. Et il n'y aura pas de mauvaise surprise avec cet album. Ars Moriendi, projet solo d'un seul musicien qui répond au doux nom d'Arsonist, officie dans un dark métal atmosphérique aux ambiances très noires pour ne pas dire black, avec un son saturé et écorché qui en ravira plus d'un. Ars Moriendi n'en est pas à son premier essai mais voilà le premier opus signé qui parvient jusqu'à nos oreilles.

Ars Moriendi n'est jamais aussi bon que lorsqu'il crache avec haine et lance des hurlements propres à glacer le sang. Ambiances d'hiver humide. Pendant que les blackeux jouent dans leur forêt enneigée, nous on se retrouve entre quatre murs de pierre suintant la pluie à écouter les délires du fou d'à côté: la "Marche d'un fou" qui suit inlassablement sa roulée de riffs répétée à l'infini et piétine ses propres pas pendant qu'il imagine une course de cauchemar. Enlevez les hurlements schizophrènes et il ne restera qu'une base saturée assez commune pour le genre. Les riffs tournent en boucle jusqu'à l'obsession. Le son est brut: pas franchement ce qu'on a entendu de mieux jusque-là mais absolument indispensable pour installer une atmosphère hérétique. Un son artisanal, aurait-on envie de dire, qui balance une batterie sèche aux cymbales claquantes sur un nuage de riffs parasités, mélodieusement relevés par la hargne du vocaliste. Et le tout, il faut bien le dire, a un certain charme.

Ars Moriendi ne joue pas toujours sur le même registre. Il intercale entre deux moments d'effroi et quelques riffs au groove coloré et inattendu des plans doux et mélodieux à l'oreille, les monologues d'une guitare pacifique voire même un peu passive. On sent la recherche du contraste et on accolera facilement le qualificatif d'atmosphérique à celui de dark métal. Mais le résultat est un peu pâle en comparaison de l'énergie absolument mauvaise qui se dégage du cœur sombre de l'album. Alors Ars Moriendi propose certes une alternative plus saine, l'ironie d'un "Voyage en hérésie" éthéré et plus serein. Ironie? C'est que le concept derrière cela rappelle quelque chose: la mise en musique de la recherche du vrai, ou en tout cas celle qui passe par le reniement de l'imposteur (devinez qui) et la révélation d'un grand vide, cette oppression du rien qui accable l'humanité… Comment, rien d'anormal pour un album de black? Hum, et si nous revenions à la musique?

Malheureusement L'Oppression Du Rien ne tient pas sur la longueur. "Voyage en hérésie" est un bien long intermède de plus de cinq minutes pendant lequel il est difficile de ne pas s'ennuyer. Ars Moriendi se répète et stagne dans les mêmes schémas qui oscillent entre acharnement saturé et claviers planants. Si "Réalité" relance les hostilités avec une rage nouvelle et un tempo plus dynamique judicieusement choisi, les élucubrations de "Au-delà de l'illusion" clôturant l'album laissent une impression floue et embrouillée. Le morceau en question est pourtant loin d'être mauvais mais à trop se répéter, ou en tout cas est-ce l'effet provoqué par cette succession de riffs taciturnes tout le long de l'album, Ars Moriendi dilue ses compositions et ne fait pas d'impression durable. Les thèmes qu'il développe n'ont manifestement pas la carrure pour soutenir un discours de plus de cinquante minutes, surtout quand ledit discours est rempli de redondances – car à répéter les mêmes riffs en boucle, on perd le fil de l'argumentation. Ou alors on devient abrutissant.


Pourtant L'Oppression Du Rien mérite d'être pris en considération, ne serait-ce que pour son ambiance typée et le souffle malsain qui anime ses titres. Et cela même si l'impression générale reste mitigée. Ars Moriendi n'a pas su insuffler suffisamment d'énergie ou de personnalité dans ses passages ambiants pour rivaliser avec les titres plus hargneux et c'est dommage. Il en résulte un opus hétérogène qui a tendance à se répéter. On demande un peu plus de concision ou alors un peu plus de variété pour consolider l'effet produit par cet album.


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