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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 24 novembre 2009
Sa note : 18/20

LINE UP

-Ulf Theodor Schwadorf
(voix+guitare+basse+mellotron+batterie)

-Thomas Helm
(voix+claviers+flûte)

TRACKLIST

1)Kein Hirtenfeuer Glimmt Mehr
2)Heimwarts
3)Nebel
4)Fortgang
5)A Capella
6)Nachhall
7)Waldpoesie
8)Die Schwane im Schilf
9)Am Wasserfall
10)Fossegrim
11)Der Nix
12)Das Blau-kristallne Kammerlein

DISCOGRAPHIE


Empyrium - Weiland
(2002) - folk néofolk - Label : Prophecy Productions




C'est avec Weiland que les Allemands Helm et Schwadorf achèvent leur parcours au sein du projet Empyrium. Pour ce dernier opus, ils s'orientent vers un jeu entièrement acoustique d'inspiration néofolk, un mélange de néoclassique et de musique folklorique aux accents idylliques. Voilà matière à servir idéalement leur évocation mystique et mystérieuse de la Nature dont le résultat, tout en élégance et simplicité, est irrésistible.


Quoi de mieux en effet qu'un ensemble formé de violon, alto, basson et guitare acoustique, appuyé par une batterie discrète mais bien présente, pour dresser un paysage sonore qui n'est pas sans évoquer une touche de romantisme allemand. Les arpèges aux guitares sont légers, très fluides pour évoquer sans effort et tour à tour les landes, la forêt et l'eau i.e les trois thèmes développés dans Weiland. On pensera dans la forme à quelques pièces classiques. Cela est perceptible à la fois dans le travail de composition et l'interprétation: la succession des accords pour l'ensemble de cordes sur "Kein Hirtenfeuer Glimmt Mehr" et "Fortgang" par exemple, le chant lyrique très présent et les chœurs sur "A cappella". Les derniers morceaux essentiellement interprétés au piano rappelleront des mouvements romantiques où la mélodie respire, respecte des moments de silence et des pauses avant les attaques qui font vibrer l'émotion.


Weiland a une dimension poétique et légendaire. Il n'y a nul besoin de comprendre les paroles chantées pour s'imaginer les scènes. Avec "Waldpoesie", la pièce majeure de cet opus, on entre tout naturellement dans l'un de ces contes folkloriques allemands narrant l'aventure d'un voyageur solitaire qui s'égare dans la forêt. Les intonations des voix, le tempo du mouvement, les tonalités, l'intervention d'une flûte ou du basson animent la progression d'une histoire que les plus rêveurs suivront sans peine: la peur de s'égarer, l'angoisse de l'obscurité qui tombe progressivement, la panique au milieu de la forêt noire qui donne vie aux cauchemars. Puis des instants de mélancolie et de rêve sur le decrescendo final des chœurs. "Waldpoesie" fait partie de ces morceaux que l'on réécoute inlassablement et dont la fraicheur est préservée, dont on redécouvre chaque nuance et variation avec le même plaisir.

Il reste qu'il y a une part de mystère dans Weiland, qui se réveille parfois de manière inattendue. Comme une ombre dans le tableau qui en rehausse l'attrait, lui donne de la profondeur. Les grognements rauques et d'une rage mesurée qui suivent la complainte lyrique et grave de "Fortgang" instillent déjà un malaise, l'incertitude quant à savoir ce qui se cache derrière ces voix prétendument humaines. Sur "Waldpoesie", des voix surgies de toutes parts se superposent, hallucinatoires, et les essoufflements effrayés du protagoniste renforcent l'effet dramatique. Mais ce n'est finalement que sur "Die Schwane im Schilf" que l'on accède au cœur obscur de Weiland, peuplé de souffles et de voix inconnues, d'illusions terrifiantes pour le cerveau malade, de créatures plus tout à fait humaines dont la rage explose sourdement mais qui semblent impuissantes.

La grâce ultime de Weiland est de savoir se taire quand il faut. De laisser résonner un accord dans le silence et de savoir chuchoter lorsque seul un murmure, seul un mot soupiré est nécessaire pour faire passer l'émotion de manière idéale. Quelques notes jouées au piano, le son de l'air et des lèvres qui soufflent les mots suffisent pour créer un frissonnement sur "Das Blau-kristallne Kammerlein", subtilement relevé pendant quelques secondes par un chant fragile. L'effet est simple, il se contente de l'essentiel et il en est ainsi de tout l'album: la technique paraît naturelle, l'émotion n'est jamais artificielle et les thèmes qui pourraient paraître des lieux communs sont renouvelés avec fraicheur et sensibilité.


L'originalité de Weiland ne réside pas dans sa forme, son concept ou sa technique. Non, ce sont des détails dans la composition, la lucidité de l'interprétation vocale et la sensibilité du jeu instrumental qui en font un album particulier. Helm et Schwadorf proposent une vision personnelle et pleine de perspectives dans laquelle l'auditeur peut s'égarer à loisir, indéfiniment. Weiland est un album d'une grande maturité magistralement réalisé.


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