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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 30 septembre 2009
Sa note : 17/20

LINE UP

-Serj Tankian
(chant+claviers)

-Daron Malakian
(guitare+choeurs)

-Shavo Odadjian
(basse)

-John Dolmayan
(batterie)

TRACKLIST

1)Prison Song
2)Needles
3)Deer Dance
4)Jet Pilot
5)X
6)Chop Suey !
7)Bounce
8)Forest
9)Atwa
10)Science
11)Shimmy
12)Toxicity
13)Psycho
14)Aerials

DISCOGRAPHIE

System Of A Down (1998)
Toxicity (2001)
Steal This Album (2002)
Hypnotize (2005)
Mezmerize (2005)

System Of A Down - Toxicity
(2001) - mélodique néo metal barré métal alternatif unique en son genre - Label : Columbia



«Jamais je n’aimerai le néo metal.» a juré votre serviteur. Comment croire au style qui a enfanté Korn, Linkin Park ou autre Limp Bizkit ? Le metal est-il un style voué à devenir commercial et tourner en boucle à la radio ? Et puis, c’est qui ces rappeurs habillés en survêtements ? Nous sommes en 2004 : «Comment ? System Of A Down ? Ouais, c’est du néo, donc c’est nul.» 2009 : Le barde d’argent se promène et tombe sur un album nommé Toxicity signé System Of A Down. «Beurk… (instant d’hésitation) oh, et puis après tout, je n’ai jamais écouté : à défaut d’être plus intelligent, je serai peut-être moins bête…»

C’est donc dans cette éthique cartésienne d’effacer tout préjugé que votre serviteur entra dans l’écoute de Toxicity. Et grand bien lui prit ! Il existe de ces jours où on ne s’attend pas à ce qu’un simple geste change tout une histoire. Et pourtant… Première impression : cet album n’a absolument rien à voir avec tout ce qui a pu se faire en terme de nu metal. Définir le style de SOAD relève de l’impossible tellement il est unique en son genre. Certes, il y a du néo (sous-accordage, chant rappé, riffs puissants) mais également du heavy/thrash, ce qui permet de pouvoir cataloguer le groupe sous l’appellation de métal alternatif. Mais ce qui différencie SOAD de tous les autres groupes, c’est bien son sens incroyable sens de la mélodie et des émotions. Ainsi, la quasi-totalité des 14 pistes (ou plutôt bombes) de l’album comporte au moins UN passage mélodique qui fait mouche à chaque fois et qui fait le fort de la galette.

C’est sûrement par ce décalage entre violence riffesque et flow déjanté d’une part, et intensité mélodique d’autre part, que SOAD trouve sa marque de fabrique. Citons entre autres "Needles" qui alterne à merveille passages de headbang absolu avec de courtes mais ingénieuses accalmies. Le principal acteur de cette diversité est incontestablement le chanteur Serj Tankian qui parvient à moduler sa voix de manière absolument inouïe ! Flow, grunt, chant tantôt posé et mélodique, tantôt agressif et caverneux ou encore rapide et délirant : il sait absolument TOUT faire, s’adapter à chaque situation et surprendre constamment l’auditeur. De plus, les paroles sont tour à tour engagées comme sur "Prison Song" («Drug money is used to rig elections and train brutal corporate sponsored dictators around the world») ou totalement débiles comme sur "Bounce" qui raconte une partouze ayant lieu sur des bâtons sauteurs !

Le guitariste et compositeur-leader du groupe Daron Malakian fait également des apparitions au chant (quoique dans une toute autre mesure que par la suite avec Mezmerize/Hypnotize). Toutefois, les duos sont sublimes comme sur "Chop Suey !" et "Aerials", les deux plus grosses réussites de l’album avec des moments d’émotions intenses. En effet, comment rester de marbre face au refrain de "Chop Suey !" avec un «Trust in my self righteous suicide ! I, cry, when angels deserve to die !» ou au final d’ "Aerials" qui donnent envie de lâcher une larme… Le paradoxe est que les meilleures chansons de l’album sont les plus « commerciales » au sens où elles ont tourné en boucle à la radio et ont parfois été n°1 au hit-parade américain comme "Aerials" ou "Toxicity". Mais faut-il pour autant traiter SOAD de vendus ? Certes, ces titres sont assez easy-listening et terriblement efficaces mais pas pour autant de mauvaise qualité.

Néanmoins, le ton général du disque est bien plus violent que ces tubes comme en témoignent le barré "Jet pilot" ou les blast-beats de "X". La section rythmique est monstrueuse avec une basse massive et une batterie survoltée. De nombreux morceaux sont également marqués par des sonorités orientales qui reflètent les origines arméniennes des musiciens : on remarque l’utilisation de guitare à 12 cordes sur "Chop Suey !" ou d’instruments traditionnels sur "Arto", titre caché à la fin d’ "Aerials". De plus, "Science" ou "Psycho" arrivent réaliser un parfait métissage entre douces ambiances orientales et passages plus brutaux. "Forest" est plus varié avec un sublime refrain alors que "Atwa" nous gratifie d’une magnifique montée en puissance. Enfin, "Shimmy" et dans une moindre mesure "X" sont les seuls titres faibles de la galette car assez communs et sans grand intérêt.


Apparaissant au premier abord comme un banal album de néo avec un format chanson de 3 minutes en moyenne et des titres très rentre-dedans, Toxicity se révèle être au final une œuvre pleine de surprises et capable de séduire un public très large, metal ou pas d’ailleurs. Mais qu’importe ? SOAD fait de la musique sincère aux influences diverses, se jouant des conventions et innovant par son audace et sa désinvolture de composition. «Mais comment ai-je pu passer à côté de ce groupe pendant si longtemps ?» Morale de l’histoire : ne jamais dire jamais.


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