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CHRONIQUE PAR ...

71
Arroway's
Cette chronique a été mise en ligne le 28 septembre 2009
Sa note : 16/20

LINE UP

-Rien Oortgiesen
(chant)

-Matthys Slutter
(guitare)

-Christiaan Hofs
(guitare)

-Frank Schiphorst
(guitare)

-Ton Oortgiesen
(claviers)

-Daniel Bakker
(basse)

-Thys Wisselink
(batterie)

TRACKLIST

1)Eclipse
2)Protocol of Systematic Belief
3)The Creation Equivalence Principle
4)Spectrum of Divine Nature
5)Transpherium
6)Operation: Genesis Reprise
7)Sin Tide Manufacturing
8)Global Storm Element
9)Absolution

DISCOGRAPHIE


Control Human Delete - Terminal World Perspective
(2007) - black metal indus - Label : Code666



Terminal World Perspective est un album qui vous vaudra peut-être quelques maux de tête avant d'en apprécier la substance – à comprendre au sens propre comme au figuré. Amateurs d'ambiances futuristes et métalliques, apprêtez-vous à pénétrer dans un monde mécanisé dont la violence tentera d'annihiler toute autre émotion qu'un rejet instinctif. Et si vous restez insensibles à la réflexion métaphysique qui sous-tend le concept de l'album, préparez-vous du moins pour 70 minutes de musique cérébrale et destructive.

"Eclipse" est une introduction étrange: les sons évoquent comme des bruits souterrains, l'activité d'énormes machines enterrées sous terre dont on entendrait l'écho à travers les conduits. Ou encore le mouvement lent et puissant de forces naturelles. Ce n'est pas d'origine humaine dans tous les cas. Mais cela se révèle être inquiétant: « I wasn't born to show people the error of the ways, I was born… to murder the World ». Alors l'Apocalypse semble débouler de nulle part. Les riffs déferlent à toute allure, il est quasiment impossible de distinguer les coups de grosse caisse du vrombissement des basses dans ce magma brûlant sortant de l'Enfer. La voix hurle par-dessus ce mur de son aux détails indistincts et ne semble signifier qu'une seule chose: destruction et chaos. Puis l'oreille s'habitue et se fraye un chemin pour se concentrer sur les variations des guitares, la seule chose qui ressemble à une mélodie dans cet amas de fureur brute. Les riffs s'enchaînent sans nous laisser le temps de souffler. Mais une surprise nous attend au bout de 1mn 20: ce riff qui groove véritablement pendant quelques mesures suivi peu après d'une accalmie dans les blast beats.

Et il ne s'agit pas d'une irrégularité puisque l'expérience se renouvelle sans cesse au cours du morceau et des suivants. Control Human Delete réussit en effet à distiller des plans isolés de quelques secondes qui prennent au piège l'auditeur. Certains passages sont d'une efficacité ravageuse, presque déplacée dans le chaos environnant. "Protocol System of Belief" est une pièce complexe quasi épique qui introduit à merveille les différentes facettes de l'album. Et pour en assimiler la structure et découvrir toutes les nuances, beaucoup d'énergie et d'attention seront nécessaires. Car si le morceau dévoile par moment un semblant d'émotion et d'humanité, c'est souvent pour se refermer aussitôt dans un bruit saturé et quasi-hermétique. Il en va de même pour l'album tout entier qui se délivre avec une parcimonie effrayante à celui qui l'écoute pour la première fois. Les idées se succèdent rapidement de manière très dense. On frôle l'excès de « son » tout simplement. Aussi après s'être enfilé les quatre premiers morceaux de l'album est-on proche de l'asphyxie auditive.

Avec "Transpherium" cependant on accède à nouvelle dimension de Terminal World Perspective. La musique se fait calme et planante mais toujours aussi froide, évoquant un espace vide et terrifiant. Le thème mélodique stagne à un état embryonnaire: il se déploie avec retenue sans jamais prendre toute l'ampleur qui pourrait lui être accordé, comme s'il suggérait un écho lointain ou la dernière résonance d'un monde jadis plus humain et plus poétique. Deux autres titres "Sin Tide Manufacturing" et le final "Absolution" développent la même atmosphère. Ce sont des instants privilégiés pour la réflexion et la nostalgie qui ont un impact significatif sur l'ensemble de l'album. On oscille sans arrêt tout le long entre ces moments en suspens et des riffs faisant l'effet d'un rouleau compresseur. Ces passages plus mesurés sont finalement des bouffées d'oxygènes entre chaque déferlante sonore, ils sont le contrepoids nécessaire à la violence qui se déchaine. Et par contraste ils accentuent les émotions. Ce jeu entre calme et destruction est brutal et sans pitié. Mais il manifeste également une finesse et une intelligence d'exécution presque sadique qui démarque l'album d'une simple démonstration sauvage.


Alors Terminal World Perspective ne deviendra probablement pas l'un de vos albums de chevet. Il est bien trop cruel pour cela. Trop cérébral, trop complexe, trop froid aussi. Et pourtant, il y a quelque chose de fascinant dans cette musique, quelque chose pour laquelle on accepte de se mettre en danger et de replonger dans le chaos. Car une fois les structures de chaque morceau assimilées, on a la possibilité de percevoir toute l'ambivalence de l'album: un monde apocalyptique et pourtant (très) légèrement teinté d'espoir car finalement pas si déshumanisé que cela.


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