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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Les Claypool
(chant+basse+flûte)

-Larry LaLonde
(guitare)

-Tim "Herb" Alexander
(batterie)

TRACKLIST

1)Sailing the Seas of Cheese
2)Here Come the Bastards
3)Sgt. Baker
4)American Life
5)Jerry Was a Race Car Driver
6)Eleven
7)Is It Luck ?
8)Grandad's Little Ditty
9)Tommy the Cat
10)Sathington Waltz
11)Those Damned Blue Collar Tweekers
12)Fish On
13)Los Batardos

DISCOGRAPHIE


Primus - Sailing The Seas Of Cheese
(1991) - rock funk metal - Label : Interscope



Primus? Primus! Après nous avoir tous ébahis avec un Frizzle Fry qui fait partie du panthéon des meilleurs premiers albums sans gêne aucune, Primus revient l’année suivante avec un nouveau voyage pour les petits chenapans que vous êtes: une traversée sur les mers de fromage! Et oui, le groupe ne se refait pas, et on ne va pas s’en plaindre. C’est parti pour la croisière la plus stupide que vous pourrez faire dans votre vie, la navigation revenant à nos trois amis sous acides. Si vous ne connaissez pas le groupe, rendez-vous sur la chronique du précédent, je vous attends patiemment. […] C’est bon, vous l’avez lue? Parfait, passons aux choses sérieuses, maintenant: l’album!

La chose remarquable si vous découvrez le groupe avec Suck On This ou Frizzle Fry et que vous finissez par mettre les mains sur celui-ci, c’est qu’on a affaire à un vrai album. Le premier cité est un live et le second était bel et bien un album, mais ressemblait dangereusement à un recueil de morceaux plus qu’à un rassemblement logique de compo’ qui s’accordent. Je ne parle pas de concept, seulement d’unité. Et sur Sailing The Seas Of Cheese, les Primus arrivent à trouver un thème fédérateur (l’orange, le fromage, l’ecsta’…) qui fait de ce skeud un « réel album ». Premier point positif, donc. Le second point est également positif, mais à prendre avec du recul. Pour les gens intelligents qui se sont procurés Frizzle Fry, la première fois que vous écouterez Sailing The Seas Of Cheese sera peut-être surprenante. LaLonde joue moins fort, préférant la finesse aux montées en puissance; Herb martèle de manière plus binaire et nettement moins subtile; et Claypool part généralement moins en live. Heureusement, l’enchaînement d’écoutes de cet opus fera vite passer la déception. Loin d’être un point noir, cet « assagissement » rend chaque morceau plus individuel, on se noie moins dans le chaos provoqué par les musiciens, et on s’y retrouve plus facilement.

Si le trio joue d’une manière différente, n’allez pas croire qu’ils ont régressé, LaLonde déchire ("American Life"), Herb déchire ("Fish On"), Claypool déchire ("Tommy The Cat"). Neuf morceaux comme autant de singles primusiens. Le premier à vous rentrer dans la tête sera sûrement un des morceaux d’introduction. "Here Come The Bastards" a en effet tout pour s’imprimer, le rythme lourd et étouffant de Claypool renforcé par celui de LaLonde sur cette boucle ne vous lâchera que pour le «Here they come!» du chorus. A moins que ça ne soit "Sgt. Baker", qui voit Claypool se lancer dans une interprétation (très réussie) d’un sergent instructeur. La basse est mortelle et les percussions assommantes réussissent leur rôle: rien qu’à écouter ça, on a envie de se lever et de travailler son pas de l’oie. Le groupe en rajoute même, en nous offrant trois « fausses fins » successives, histoire de bien vous enfoncer dans la boue. Toujours dans la violence, Primus nous livre deux morceaux résolument semblables dans l’ambiance glaucaquatique: "Eleven" et "Fish On (Fisherman Chronicles, Chapter II)". Si le premier vaut pour son coup de basse slidant et dé-slidant sans cesse, le second tire son épingle en proposant un excellent jeu de périodes, et vous ne pourrez que courber l’échine face au travail batterie/percussion d’Alexander sur ce manifeste à la rythmique.

Comme tous les albums de Primus, Sailing The Seas Of Cheese bénéficie de petits échantillons de bouts d’interludes pas finis, rôle ici rempli par l’entrée en pièce "Seas Of Cheese" (avertissement préoccupant sur le disque); "Grandad’s Little Ditty" (un bonhomme qui chante sous sa douche, génial!); et enfin "Sathington Waltz" (qui vous prouvera que même si vous n’êtes pas sur un bateau, la gerbe peut vous prendre). Le centre du skeud est jalonné de morceaux plus ou moins réussis. "American Life", portée par une excellente ride et un LaLonde en furie, révèle un Claypool meilleur chanteur que ce à quoi on s’attendait. "Is It Luck" de son côté crache toute la frustration emmagasinée d’un Claypool déporté, sur des paroles dont on cherche encore un quelconque sens… Abusant odieusement du slap sur une guitare aux aspects d’alerte incendie, le morceau crépite frénétiquement pour s’achever en queue de poisson, juste avant que n’arrive "Tommy The Cat"! Déjà présent sur Suck On This, devenu depuis un véritable hymne primusien, ce morceau doit faire partie des meilleurs créations du groupe, ce qui explique le nombre de versions dans lesquelles ils l’ont décliné (cinq pour le moment). Si on lui préfèrera la version Rhinoplasty, le morceau ne perd rien en studio: couplets percussifs, breaks de fou, le trio s’arrache tous les doigts pour terminer sur un final fulgurant. Grandiose.

Signalons également la présence de quelques guests, avec en premier lieu le grandissime Tom Waits qui vient prêter sa voix dépravée à Tommy; le guitariste Todd Huth (dont LaLonde fut le remplaçant à partir de ‘89) qui file un coup de patte compositoire à LaLonde sur la-même Tommy et sur "Sgt. Baker"; le batteur Mike Bordin qui officia précédemment chez Faith No More; et enfin une poignée de braves gars à peu près totalement inconnus qui viennent jouer les « Bastardos », prêtant leurs instruments et dispatchant leurs voix déglinguées çà et là. Cette chronique touche à sa fin… Et comme d’habitude, je vais vous dire d’aller l’acheter, comme d’habitude vous me direz que non, comme d’habitude on va se fâcher et vous allez bouder. Alors plutôt que de s’engueuler, prenons-nous par la taille et chantons gaiement dans la langue de notre maître à tous: «Say baby, do you wanna lay down with me? Say baby, do you wanna lay down by my side? Say baby… SAY BABY!»




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