3667

CHRONIQUE PAR ...

18
[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Les Claypool
(chant+basse)

-Larry LaLonde
(guitare)

-Tim Alexander
(batterie)

TRACKLIST

1)To Defy the Laws Of Tradition
2)Groundhog's Day
3)Too Many Puppies
4)Mr. Knowitall
5)Frizzle Fry
6)John the Fisherman
7)You Can't Kill Michael Malloy
8)The Toys Go Winding Down
9)Pudding Time
10)Sathington Willoughby
11)Spegetti Western
12)Harold Of The Rocks
13)To Defy

DISCOGRAPHIE


Primus - Frizzle Fry
(1990) - rock funk metal - Label : Caroline Records



Primus? Primus! Opérant depuis la fin des années 80, le groupe du bassiste Les Claypool (plus grand bassiste du monde, rien que ça) a débuté sa carrière par cet album déjanté mais d’une classe infinie. Les bases sont posées: des compositions funk-metal teintées d’acid-rock, une basse très en avant qui n’est pas sans rappeler les premiers enregistrements de Public Image Ltd. (enfin si Jah Wooble avait su jouer autre chose que trois notes), une guitare aérienne qui ne respecte aucune règle en vigueur, très proche des soli tardifs de Frank Zappa, et une batterie qui s’inventa un style: le hard ’n’ jazz. Plongez dans l’univers de notre bassiste à voix de canard enroué, vous en ressortirez avec une approche de la musique à jamais brisée mais tellement plus évoluée.

«Rhaaa!» sera sûrement le premier cri que pousseront vos amis bassistes (les autres musiciens ne méritent pas d’être vos amis) à l’écoute de ce disque. Il est rare d’entendre un groupe qui mixe autant la basse en front, et vos amis ne s’en plaindront pas car Les Claypool, que ce soit à la six-cordes ou à la fretless classique, est à la fois un véritable dieu du jeu (en funk, en jazz, en rock…) et le mentor que tout bassiste rêverait d’avoir. Enchaînant toutes les techniques possibles et imaginables, usant et abusant du slap et ne crachant pas sur quelques modifications électroniques du plus bel effet, notre homme collera à son siège le plus émérite des bassistes de la terre (ce ne sera pas très dur, vu que de toute façon l’histoire oublie toujours les bassistes…). Tout son talent se délit dans les morceaux ici-présents. "To Defy The Laws Of Tradition" annonce immédiatement la couleur, c’est la guitare qui suit la rythmique de basse. Incroyable, non? Vous en rêviez, amis bassistes, Primus l’a fait! Durant tout ce disque, Claypool pincera une, deux, ou douze cordes en même temps, comme sur "Pudding Time". N’abandonnant jamais le groove qui est la force de la basse, on s’offrira quelques remarquables passages slide, comme sur "John The Fisherman".

Mais Claypool n’est pas Primus, et ses deux compères ne déméritent pas d’un poil. LaLonde est un grand guitariste, ne se fourvoyant jamais dans la rythmique vaseuse, Larry ne brille que sur de la lead-guitar, le final de "Ground Hog’s Day" en est la preuve, tellement aiguë que vos oreilles auront du mal à supporter le déluge sonique, ou encore sur "Mr. Knowitall" dans une approche plus hard-rock. Cette manière de jouer, humble mais précise, jamais démonstrative, devrait inspirer de nombreux gratteux en herbe. En parlant d’herbe… «Herb» Alexander révèle sûrement ses plus belles prestations sur cet album. Très polyvalent, il vogue avec autant de classe sur les rythmiques jazzy que sur les fournaises metal. Ecoutez "The Toys Go Winding Down" pour vous en persuader.

Ce morceau est d’ailleurs un des plus impressionnants de ce skeud, la structure n’est pas si originale mais la manière qu’ils ont eu d’agencer les instruments, ajouté au jeu tout en étouffé de Claypool donne une potion miracle à l’arrivée. Le déroulement des morceaux, d’ailleurs, est une belle marque de fabrique Primusienne. Que ce soit dans "The Toys Go Winding Down", "Too Many Puppies" ou "Spegetti Western", une formule est récurrente chez Primus: une intro’ acoustique ou bruitiste, si possible qui n’a rien à voir avec le morceau qui va suivre, au bout de trente secondes le vacarme qui se déclenche, puis les folies faussement improvisées des bridges ou des breaks où, malgré l’apparente déstructuration des compo’, tout sonne pourtant parfaitement clair et précis. J’ai peur rien qu’en pensant au temps que ça leur a pris de développer autant d’harmonies entre trois instruments qui jouent un morceau complètement différent du début à la fin… J’ai peur mais j’en reste bouche bée.

La recette Primus est toujours sensiblement la même, et il se peut que certaines personnes se lassent vite de morceaux qu’ils pourraient trouver trop ressemblants (mais ça n’arrivera que si vous faites écouter un tel chef d’œuvre à des non-musiciens, et ce n’est pas recommandé, ça userait votre CD en pure perte car on parle de musique, là, pas de Star Ac’, bondiou). Si certains morceaux sont agréables dès la première écoute car forgés sur une base classique ("Frizzle Fry" en tête), certains autres relèvent plus des délires caliméro de notre Claypool ("Sathington Willoby", déconseillé lors des soirées bretzels, un accident est si vite arrivé). Les derniers par contre demanderont un peu de temps avant d’être correctement assimilé. C’est le cas du plus grand morceau de ce disque, "Harold Of The Rocks", démon bâtard dont on a vraiment du mal à estimer la provenance… Débutant par une distorsion LaLondienne psychédélico-hystérique, débouchant sur un chorus basse-guitare relevant moins de musique que de la crise d’épilepsie, pour finir découpé en breaks d’acid-jazz gonflé à la testostérone. Ce morceau seul prouve à quel point notre trio est constitué des musiciens du nouveau millénaire.


Ok, il n'y a pas que la technique dans la vie, mais entendre la section rythmique faire des prodiges percussifs sur "Pudding Time" est une telle claque que la composition des morceaux pourrait être pourrie, on atteindrait quand même l’orgasme! Reste toujours le problème de la compréhension… Je ne veux pas faire de sectarisme musiciens VS. auditeurs (enfin un peu quand même), mais si vous n’êtes pas un minimum calé en musique, que vous ne distinguez pas une caisse claire d’une charleston ou que vous trouvez que Lemmy Kilmister déchire tout comme bassiste, vous pouvez enlever une dizaine de points à la note de cet album. Mais ce serait dommage, quand même.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 3 polaroid milieu 3 polaroid gauche 3