3597

CHRONIQUE PAR ...

3
TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 25 août 2009
Sa note : 19/20

LINE UP

-Colin Meloy
(guitare+chant)

-John Moen
(batterie+chant)

-Chris Funk
(guitare)

-Nate Query
(basse)

-Jenny Conlee
(claviers)

TRACKLIST

1)Prelude
2)The Hazards of Love 1 (The Prettiest Whistles Won’t Wrestle the Thistles Undone)
3)A Bower Scene
4)Won’t Want for Love (Margaret in the Taiga)
5)The Hazards of Love 2 (Wager All)
6)The Queen’s Approach
7)Isn’t It a Lovely Night?
8)The Wanting Comes in Waves/Repaid
9)An Interlude
10)The Rake’s Song
11)The Abduction of Margaret
12)The Queen’s Rebuke/The Crossing
13)Annan Water
14)Margaret in Captivity
15)The Hazards of Love 3 (Revenge!)
16)The Wanting Comes in Waves (reprise)
17)The Hazards of Love 4 (The Drowned)

DISCOGRAPHIE


The Decemberists - The Hazards Of Love
(2009) - pop rock prog - Label : Rough Trade



Des fois on se fait plaisir en faisant une bonne bouffe, des fois avec une bonne bouteille de vin. D’autres fois il suffit d’humer l’air frais qui nous caresse le visage ou de simplement contempler ce magnifique paysage qui nous entoure. Souvent il suffit de regarder cet être si cher et de partager des moments précieux avec lui. D’autres fois encore, on ... vous savez. Et certaines fois, on écoute de la musique et on met ce The Hazards Of Love dans son lecteur.


Commençant comme une grande pièce par un crescendo multi instrumental, on se sent d'emblée pris dans le voyage qui s’offre à nous. C’est comme cela que débute cette merveille sonore. Il est temps de passer à la seconde piste et première véritable chanson qui égraine son médiator délicatement glissé sur les cordes sensuelles de la guitare sèche. La basse chaude et ronde rehausse l’assise rythmique d’une musique qui alors gagne en couches jamais superficielles et dont chacune a un rôle bien précis et décisif : créer un monde cohérent, chatoyant et incroyablement accueillant pour raconter une histoire. L’envie de se laisser perdre dans cette Terre inconnue est irrésistible tant l’appel est brillamment lancé. Les instruments s’unissent dans une communion fusionnelle qui réunit dans la félicité orgiaque guitares, batterie, claviers, basse et chant.

Cet album est l’histoire d’un groupe qui a tout compris à la science de la composition et qui a tout intégré ce qui s’est fait dans le rock depuis les années 60. Des vieux à la Creedence Clearwater Revival dont le sens de la mélodie est ici parfaitement cuisiné avec des saveurs exceptionnelles, au post rock des années 2000, créateur d’ambiances épaisses et nombreuses, parfois violentes et souvent éthérées, tout est assimilé, digéré et recréé. The Decemberists est ainsi tout à fait conscient que le rock progressif des années 70 a éclairé le genre et s’inspire de structures très progressives dans leur esprit, changeantes et polymorphes. Partir à contre-pied en l’espace d’une poignée de secondes ne lui fait pas peur tout comme l’acharnement à développer et multiplier les possibilités d’une mélodie ultime au travers d’une superposition d’instruments.

Cet album est très riche grâce à tout ça. Tellement riche qu’il exige de nombreuses écoutes pour s’apprécier à sa hauteur démesurée. Les premières sont intéressantes pour le côté pop qu’il dégage et donc son immédiateté la plus évidente. Mais ne vous y trompez pas, ce sont tous les courants sous-jacents qui le forment qui en font la pépite rare que le collectionneur aime à afficher sans vergogne aux yeux de tous, fier et les étoiles dans les yeux quand il en parle. Car la qualité rare de ces compositions toutes multicouches et bien plus fines que ce qu’elles daignent délivrer au premier coup, fait de cet album un album qui fait date et qui très probablement est amené à trôner très haut dans les listes des meilleurs albums de rock de l’Histoire. Oui, soyons fous, The Hazards Of Love est un don du ciel qui mérite de prendre le risque de se mouiller.

Sa production chaude et précise facilite l’immersion et donne tout loisir de découvrir tous les trésors qu’il recèle, dont notamment son concept. Sa structure en livre qui se dévore, chaque chapitre étant une plage d’un disque-histoire qui s’écoute sans pause pour ne former qu’une immense chanson, est une joie perpétuelle et plonge plus profondément encore l’auditeur dans son monde. Un livre qui raconte une histoire d’amour heureuse et déchue, joyeuse et tragique dont la musique est un écho retentissant. Chaque intervention d’un protagoniste différent est l’occasion d’une nouvelle voix puisque chacun est incarné par un chant personnalisé et adapté, toujours juste et réjouissant. Une histoire si merveilleusement contée ... Qui plus est, le groupe a intelligemment distillé un fil conducteur via une mélodie qui se répète de temps en temps le long de la musique pour rappeler son unité.


L’addition de tous ces talents, ces exploits ou explosions de génie est imparable, et sans surprise donne naissance à un disque extatique qui dévoile toute sa divine beauté sur la longueur des écoutes répétées. Véritablement le genre d’album stupéfiant dont la découverte ne laisse pas indemne, qui porte sublimement bien son nom et qui tout simplement se doit d’être choyé. Une grande victoire pour la musique.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6