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CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 17 août 2009
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Ville Laihiala
(chant)

-Mikka Tenkula
(guitare)

-Sami Lopakka
(guitare)

-Sami Kukkohovi
(basse)

-Vesa Ranta
(batterie)

TRACKLIST

1)Konevitsan Kirkonkellot
2)Cross My Heart and Hope to Die
3)Brief Is the Light
4)Neverlasting
5)Aika Multaa Muistot (Everything Is Nothing)
6)Excuse Me While I Kill Myself
7)Blood and Tears
8)You Are the One
9)Guilt and Regret
10)The Luxury of a Grave
11)No One There

DISCOGRAPHIE


Sentenced - The Cold White Light
(2002) - heavy metal gothique - Label : Century Media



Avec Crimson, Sentenced m'avait tellement déçu que je ne m'étais même pas jeté sur The Cold White Light à sa sortie (j'étais aussi versatile que le fan de l'OM moyen à l'époque). Puis un jour, au détour d'une soirée fortement alcoolisée avec ma frangine (oui je sais j'ai une vie passionnante), voilà que je me retrouve chez un de ses potes à écouter cet album que j'avais snobé. Et là, le flash en quatre couleurs : punaise, mais il tue ! Pardonnez-moi les gars, comment ai-je pu douter de vous à ce point…

Le résultat de la contre-expertise du lendemain, une fois les vapeurs d'alcool dissipées, fut formel : non, y a pas à chipoter, Sentenced a accouché d'un excellent album de metal gothique. Pourtant, dans le fond, rien n'a vraiment changé : ça parle toujours d'alcool, de solitude, de dépression, de suicide, de mort, bref le quotidien du Finlandais moyen. Mais la grosse différence, c'est que les Finlandais semblent avoir retrouvé leur paire de burnes, qu'ils avaient visiblement égarée durant les sessions de Crimson. Surtout Ville Laihiala, qui a laissé tomber ses affreuses descentes de crooner dans les graves pour revenir à ce qu'il sait faire le mieux : un chant écorché, rageur et surtout beaucoup plus concerné que sur Crimson où il s'était contenté du minimum syndical. Ici, quasiment aucune complainte mollassonne : passée cette intro funeste aux relents doom, c'est rock n' roll quasiment de bout en bout, à deux exceptions près. "Aika Multaa Muistot" d'abord, petite merveille de morceau lent, sombre et désespéré, une des grosses réussites de l'album ; et "Guilt and Regret" ensuite, un morceau trop pompeux et ampoulé, un des plus proches de Crimson, et comme par hasard le titre le plus faible de l'album.

The Cold White Light n'apporte pas pourtant grand-chose au moulin de Sentenced. Peut-être "You Are the One", chanson d'amour pop/rock un peu gauche et naïve, mais assez touchante au final, preuve qu'elle a atteint son but. Mais pour le reste, quasiment tous les titres peuvent être reliés soit à Frozen, soit à Crimson. L'objectif de Sentenced sur cet album ne semble pas de se réinventer, mais de peaufiner son style et en tirer la quintessence en gommant les défauts de ses prédécesseurs. Cette démarche peut certes paraître petit bras, mais d'un autre côté, on ne va pas non plus cracher sur un résultat sans commune mesure avec la fadeur de Crimson. De Crimson justement, puisqu'il en est question, Sentenced n'a gardé que le meilleur : des titres avec des riffs simples et directs, enrobés de mélodies agréables et d'arrangements assez doux (comme ces bribes de guitare acoustique qui font parfois un peu gadget), et aux refrains aux lignes vocales fortes et faciles à mémoriser. Vous avez aimé "Bleed in My Arms" ? Alors il n'y a aucune raison qu'il n'en soit pas de même avec l'excellente mise en bouche "Cross My Heart and Hope to Die", sa suite "Brief Is the Light" ou "Blood and Tears" avec sa pêche et son refrain imparable.

Quant à Frozen, la filiation se situe plus au niveau de l'état d'esprit. Sur la forme, les ressemblances sont assez limitées : évolution du groupe oblige, la production s'est considérablement adoucie, et le son un peu cradingue signé Waldemar Sorychta a laissé place à quelque chose de beaucoup plus aseptisé (standard Finnvox oblige). Mais mine de rien, le côté fougueux qui se caractérisait à l'époque par des brûlots heavy comme "Farewell", "For the Love I Bear" ou "The Suicider", et qui avait disparu sur Crimson, refait une petite apparition ici. Première alerte avec "Neverlasting", sa basse ronflante mise en avant sur les couplets, ses attaques de gratte agressives et son refrain rock n' roll. Cette compo signée Ville Laihiala semble annoncer la naissance de Poisonblack, le projet que le frontman mettra sur les rails dès l'année suivante. Mais le résultat est encore plus probant sur "Excuse Me While I Kill Myself", digne héritier de "The Suicider" avec son riff tranchant et son refrain surpuissant. On notera aussi la belle conclusion avec "No One There", un titre mid tempo qui dégage une certaine sérénité teintée de mélancolie via ces quelques notes de piano, et qui n'est pas sans rappeler "Drown Together" dans l'esprit.


The Cold White Light n'est clairement pas un album ambitieux, mais le résultat final est de tout premier ordre. Sentenced a tenté une synthèse entre ses deux précédents albums, en poliçant l'aspect brut (en terme de son) et fougueux de Frozen tout en redynamisant le propos devenu apathique sur Crimson. Objectif atteint avec les honneurs grâce à cet album plein de maturité qui permet aux Finlandais de tirer le meilleur parti de leur style caractéristique, habile mélange de rock et de mélancolie. Leur meilleur album, de peu devant Frozen.


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