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CHRONIQUE PAR ...

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Dupinguez
Cette chronique a été mise en ligne le 24 juin 2009
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Timo Kotipelto
(chant)

-Matias Kupiainen
(guitare)

-Lauri Porra
(basse)

-Jens Johansson
(claviers)

-Jorg Michael
(batterie)

TRACKLIST

1)Deep Unknown
2)Falling Star
3)King of Nothing
4)Blind
5)Winter Skies
6)Forever Is Today
7)Higher We Go
8)Somehow Precious
9)Emancipation Suite: I Dusk
10)Emancipation Suite: II Dawn
11)When Mountains Fall

DISCOGRAPHIE

Fourth Dimension (1995)
Episode (1995)
Visions (1997)
Visions Of Europe (1998)
Destiny (1998)
Infinite (2000)
Infinite (2000)
Polaris (2009)
Elysium (2011)
Nemesis (2013)

Stratovarius - Polaris
(2009) - heavy metal mélodique speed metal - Label : Edel



L’affront ne vous sera pas fait de commencer cette chronique par rappeler, une fois de plus, les tumultes que les Finlandais ont traversé ces dernières années. Allons plutôt droit à l’essentiel : Timo Tolkki, unique compositeur de Stratovarius depuis les tous débuts, ou presque, a quitté le navire. Les autres membres ont choisi de continuer l’aventure sous le même nom, endossant par la même occasion la responsabilité de perpétuer une discographie riche, parfois inégale, mais ayant inspiré de nombreux groupes aujourd’hui reconnus et établis, Nightwish et Sonata Arctica en tête.

Premier problème : vers qui se tourner, maintenant que le leader monarchique s’en est allé ? Kotipelto ? Sa carrière discographique ne brille pas par sa qualité. Jens Johansson ? On ne sait pas grand chose de sa capacité de composition excepté dans les trips prog douteux délivrés en famille. Lauri Porra ? Membre finalement assez récent du groupe, s’est-il suffisamment imprégné de l’univers et de la musique du groupe pour en délivrer l’essence à son tour ? Le petit nouveau, Matias Kupiainen ? On ne sait même pas encore ce qu’il vaut en termes de jeu, faire un pari sur lui en tant que compositeur serait risqué. En l’absence d’un navigateur aguerri à la barre, les Finlandais ont choisi l’option quatre roues motrices : tous les hommes naissent libres et égaux en droit. Sauf les Allemands, Jorg Michael ne se sentant pas l’âme d’un compositeur. Et de toute façon, personne ou presque n’a envie de voir Stratovarius ressembler à Grave Digger ou Running Wild. Il ne reste plus qu’à voir à quoi la musique va ressembler… Voilà a peu près les questions qui pouvaient tourmenter le fan à l’annonce des crédits de composition du alors futur nouvel album, il y a un peu moins de trois mois.

Alors pour jauger ce Polaris, arrêtons-nous un peu sur le premier titre : "Deep Unknown". Paru légèrement avant les autres, il nous donne déjà un certain nombre de réponses. Un constat sera fait dès les premières secondes du titre ouverture : le vide laissé par Tolkki au niveau instrumental ne sera pas comblé par le nouveau six-cordiste, mais bien par les claviers de Jens Johansson. Les synthés sont omniprésents, dans ce titre comme dans tout le reste de l’album, en lead, en nappes, en mélodies d’accompagnement, en bidouillage, en solo, en intro, en outro… Est-ce un mal ? Franchement pas. Car, il faut bien l’avouer : on redécouvre complètement le Suédois, qui a pourtant un CV long comme le bras, dans des titres enfin signés entièrement de sa main, sans influences. Il tient par exemple à lui tout seul "King of Nothing", une vraie réussite aux harmonies et mélodies accrocheuses sans être faciles, garantes de l’esprit Stratovarius par le côté froid que l’on pouvait trouver dans les mid-tempos de Fourth Dimension ou Episode. Deux références qui nous reviendront assez souvent à l’esprit à l’écoute de Polaris, tant certains titres de cet album pourraient en être issus. L’exemple le plus flagrant est "Winter Skies", dans laquelle Jens en profite pour ressortir de vieilles sonorités oubliées, ainsi qu’un piano touchant rappelant Shadow Gallery.

Mais Stratovarius ne s’est pas d’un coup réduit à son claviériste. Car c’est surtout par la voix de Kotipelto que l’impression d’évoluer en terrain connu subsiste. Et lui aussi, libéré des directives de son homonyme, décide de mettre le frein sur les notes suraiguës qui lui étaient auparavant imposées, rendant certains titres inchantables en live. Cela lui permet de dégager une impression d’aisance sur les refrains, à commencer, encore une fois, par celui de "Deep Unknown". Mais des réflexes acquis en une quinzaine d’années de travail ne s’oublient pas comme ça. Ainsi, même lorsqu’il évolue dans les médiums, notre blondinet semble parfois un peu forcer pour sortir ses notes avec plus de puissance, modifiant son timbre d’une manière pas forcément très agréable. Mais laissons-lui le temps et continuons plutôt notre revue des musiciens. Le nouveau guitariste lui, semble bien s’entendre avec Kotipelto en matière de composition, puisque les deux compères ont cosigné trois titres de Polaris, la maintenant connue "Deep Unknown", mais également la moins heureuse "Higher We Go". Titre surement destiné à rassurer les fans sur la capacité du nouveau line-up à faire du « vieux » Stratovarius, celui-ci, malgré une bonne construction, s’entiche d’une mélodie et d’un refrain beaucoup trop évidents et aux paroles ridicules. Quitte à s’inspirer du travail de Tolkki, autant ne pas lui prendre ce qu’il avait de moins bon.

Bon, mais au final, qu’y a-t-il vraiment à manger sur cet album ? Un peu de tout à vrai dire. Du mid-tempo fédérateur, oui, on l’a déjà évoqué : "Deep Unknown", "Higher We Go"… Des titres froids comme Strato savait les faire au bon vieux temps, aussi : "Winter Skies", "King of Nothing". Du speed metal ? Oui, il y en a aussi. Deux titres même : "Blind" et "Forever Is Today". Ceux-ci ne resteront pas dans les annales, car même si les bonnes idées sont là, le tout est trop inégal pour remplacer les hits que sont "Black Diamond" ou "Father Time", notamment au niveau des lignes de chant, qui n’ont plus cette perfection d’antan. Cette inégalité est d’ailleurs le mal qui ronge cet album le plus profondément : le potentiel est palpable et chaque titre ou presque contient de bons voire très bons moments, sauf que personne n’a su faire le tri. On pourrait sans problème jeter deux titres dans Polaris. Faisons un essai : "Higher We Go" et "Somehow Precious" (oups, deux titres signés Kotipelto/Kupiainen). Le gros morceau placé en fin d’album et signé Porra (le grand oublié des paragraphes précédents), "Emancipation Suite", découpé en deux parties, souffre du même mal et pourrait n’en comporter qu’une sans souffrance.


Il y aurait encore beaucoup à dire sur Polaris : Stratovarius est devenu plus prog, le nouveau guitariste est irréprochable techniquement mais n’est pas très bon soliste, les paroles sont toujours aussi primaires, etc. Mais l’essentiel pour l’auditeur, dans l’immédiat, est là : un album inégal, mais qui laisse transparaitre un potentiel certain. Alors peut-être faut-il simplement laisser mûrir ce nouveau line-up et attendre la suite. Et puis, pour un premier album d’un groupe, ce n’est pas si mal que ça, non ?


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