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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 15 juin 2009
Sa note : 15/20

LINE UP

-Agnete M. Kirkevaag
(chant)

-BP M. Kirkevaag
(guitare+chant)

-Odd Eivin Ebbesen
(guitare)

-Tormod Langøien Moseng
(basse)

-Mads Solås
(batterie)

TRACKLIST

1)Formaldehyde
2)The Little Things
3)Armour
4)Resolution
5)A Different Kind of Hell
6)Riddle Wants to Be
7)Where Dream and Day Collide
8)The Flesh, the Blood and the Man
9)Get That Monster Out Of Here
10)Life, Lust & Liberty
11)All I Know
12)The Eighth Wave

DISCOGRAPHIE


Madder Mortem - Eight Ways



Être chroniqueur signifie découvrir de nouveaux groupes sans arrêt, et depuis 2004 dieu sait que j’ai chroniqué des caisses et des caisses de groupes... mais aucun ne m’aura plus marqué que Madder Mortem. Aucun cd promo n’aura eu un impact équivalent au génialissime Desiderata et aucun album n’aura déclenché chez moi une telle fébrilité dans l’attente que ce Eight Ways. Et puis... gadaztroff. La déception, immédiate et écrasante. Le sentiment d’avoir été berné. La colère, même, envers ce groupe qui semblait si unique et avait pondu une œuvre si banale. Et puis...

… et puis il y eut les écoutes successives, animées par le désir de comprendre. Comprendre comment on avait pu en arriver là, comprendre pourquoi la magie des albums précédents semblait si désespérément absente. Les éléments incriminés étaient très clairs. En premier lieu les moments calmes : alors que chaque album des Madders avait posé une différente manière d’envisager les plans atmosphériques, Eight Ways semblait présenter la même recette sur chaque titre. L’ambiance était bien trop souvent incarnée par des plans mélodiques confinant au jazzy, proches de ce que le génial "Hangman" avait introduit à la fin de Desiderata. Les mélodies soft de "The Riddle Wants to Be" et "Armour" semblaient ainsi littéralement interchangeables, et auraient pu être des chutes du morceau pré-cité. Autre élément incarné : la production. Si la section rythmique confinait au parfait (Madder Mortem reste un de ces rares groupes où la basse joue pleinement son rôle) les guitares étaient exagérément compressées, agressant l’oreille sur le même mode de celles de Death Magnetic en un peu moins insupportable. Dernier point de critique : Agnete, celle-là même qui incarnait le Chant Féminin Ultime, en faisait d’un coup affreusement trop dans son registre écorché. Ses beuglements sur l’ultra-pénible "A Different Kind of Hell", ses excès sur "Resolution" (« overduuuUUUuue »), tout ça renforcé par une prise de chant encore plus crue qu’à l’habitude et totalement dépourvue d’effet, c’était la fin d’une idylle. Mais les choses étaient un peu plus compliquées que ça....

Deadlands et Desiderata renfermaient un métal indéniablement progressif (structures imprévisibles, influences multiples, titres très différents les uns des autres) mais également hyper catchy, où l’auditeur adhérait dès la première écoute tout en se régalant lors des suivantes à découvrir les mille et une finesses que les chansons renfermaient. Tout en étant très homogène et sans partir dans tous les sens comme pouvait le faire All Flesh Is Grass, Eight Ways ne se révèle que progressivement. Il faut le temps de comprendre là où le groupe veut en venir, et rien que le titre d’intro "Formaldehyde" n’est pas le genre qu’on peut choper du premier coup. La ligne de contrebasse dépouillée qui tourne en boucle, le côté jazz tribal, la logique de transe affichée où un dénuement de surface laisse soudainement la place à des montées en puissance... ça a l’air simpliste mais ça ne l’est pas du tout. Au-delà d’une logique traditionnelle de tension / relâchement, c’est d’un titre infectieux dont il s’agit, un qui s’imprime dans votre esprit d’une manière sournoise pour ne plus vous lâcher après la troisième ou quatrième écoute. Le chant douce et relaxant des couplets arpégés de "The Little Things", la voix enfantine qu’Agnete prend sur "The Flesh, the Blood and the Man", la symbiose entre chant et basse sur le fabuleux "Where Dream and Day Collide" qui évoque Muse par moments pour partir franchement dans le jazz à d’autres, voilà autant d’exemples de plans qui finissent par s’imposer à l’auditeur sans lui laisser d’échappatoire.

Eight Ways révèle sa force cachée au fil du temps : les passages calmes qui semblaient fades au départ finissent par hanter l’auditeur et s’imposer à lui contre son gré. Il s’agit d’un vrai talent de mélodiste, celui que tant de groupes aimeraient posséder, celui qui permet de mettre le doigt sur l’enchaînement de notes qu’on retiendra pour toujours. On réalise au bout d'un moment que malgré une apparence de simple alternance entre gros riffs et plans jazzy, Eight Ways renferme son lot d’expérimentation. Les influences folk de "Get That Monster Out of Here" sont ainsi une sacrée surprise, autant que les arrangements de piano planqués dans le mix et qu’on ne repère qu’au casque. Ça n’est pas toujours heureux par contre : le swing de "The Flesh, the Blood and the Man" ne laisse que peu de souvenirs, les parties énervées étant bien plus pertinentes que celles qui groovent. C’est d’ailleurs une exception : Eight Ways se révèle finalement plus marquant lors des plans apaisés que lors des gros riffs. La simplicité pertinente qui caractérise les plans de l’album (mais pas leurs enchaînements par contre, toujours aussi non-linéaires) fonctionne moins bien quand ça tape, preuve en est l’affreux "A Different Kind of Hell", ratage patenté. "Life, Lust and Liberty" s’en tire bien mieux, mais là aussi ce sont moins les riffs – pourtant pensés pour être énormes - qui marquent que ce qu’on trouve entre eux. On peut aussi déplorer que Madder Mortem ait laissé tomber l’approche épique et puissante propre à "Hypnos" ("The Eighth Wave" en est loin), ainsi que d'avoir souvent trop fait durer les morceaux.


Eight Ways est une sacrée énigme. Simple d’apparence mais de plus en plus profond au fur et à mesure qu’on l’écoute, dominé par les plans d’ambiance jazzy et pourtant hyper varié, plombé par des défauts qui semblent insupportables au départ mais qu’on finit par totalement oublier, il prouve une fois encore que Madder Mortem est un groupe sans égal. À défaut de se hisser au niveau de ses illustres prédécesseurs, il relance la machine... et qui sait, sera peut-être l'album qui vieillira le mieux.


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