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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2009
Sa note : 11/20

LINE UP

-Paul Cayere
(chant+machines)

-Laurent Riou
(guitare+chant)

-Arnaud Labarussias
(guitare+voix)

-Benjamin Lamouroux
(basse)

-Nicolas Poupion
(batterie)


TRACKLIST

1)Kalifora
2)100 états d'âmes
3)Les survivants
4)Numerus clausus
5)Jade
6)Nyamba
7)Issak
8)La légende de Foehn
9)La mémoire des perdants
10)Notre bonheur
11)Carrie
12)Ode ordinaire
13)Bachyd

DISCOGRAPHIE


Tal K Mas - Le Fils Des Cendres
(2009) - fusion - Label : Tezla



Il y a des mentions comme ça qui passent facilement inaperçues aux yeux du plus grand nombre, mais qui finissent par mettre la puce à l'oreille quand on les retrouve régulièrement. Qui ferait spontanément gaffe à un disque « produit par Baptiste B. » plus qu'à un autre ? Pas grand-monde... sauf quelqu'un pour qui la démo de My Own Private Alaska a été un énorme choc. Un tour sur le myspace de Tal K Mas ayant confirmé que ces derniers sont toulousains, le doute n'est plus possible : c'est bien de Baptiste Bouchard dont il s'agit, l'ingé son qui monte qui monte. Raison de plus de jeter une oreille sur ce premier album...

Et pourtant ! Si le bonhomme avait fait des merveilles avec un trio piano / batterie / growl, il semble bien moins à son aise avec un quintette de néo-fusion à tendance funkisante. Tal K Mas évoque en effet autant FFF que le Watcha de Mutant et Phénix : il s'agit d'une musique chaude et syncopée, ou des riffs jumpy et musclés se partagent le premier plan avec des passages mélodiques posés et groovy. Cette dualité se retrouve également un niveau du chant, qui alterne entre une voix claire et maniérée très proche des deux références déjà citées et un chant hurlé particulièrement impressionnant, à mi-chemin entre Eths et Psykup au niveau du grain. Et le brave Baptiste peine à lier vraiment tout ça : autant les plans calmes sont limpides, autant le tout devient brouillon dès que ça s'énerve. La seule manière de distinguer les instruments lors des passages bourrins de "Numerus Clausus" et "Issak" est d'écouter la chanson au casque en se concentrant au maximum, la faute à un son de guitare pas assez net. Le déséquilibre se retrouve dans la section rythmique : si les talents certains du bassiste Benjamin Lamouroux sont mis à l'honneur, la batterie de Nicolas Poupion peine à s'extraire du tout. Dommage...

Hormis ce rendu sonore inégal, on se rend rapidement compte que la musique de Tal K Mas souffre d'une articulation défaillante entre ses deux principales composantes, soit la violence et la mélodie. "Issak" en est un exemple flagrant : sans être fabuleux les riffs méchants sont très corrects, mais les retours au calme tombent comme un cheveu sur la soupe. De plus le parti-pris vocal est souvent étrange : alors que le groupe dispose d'un hurleur hors-normes dans ses rangs il le sous-emploie, le relègue au rôle de chant secondaire et laisse le chanteur clair prendre la première place. Et c'est loin d'être toujours heureux : le timbre traînant du vocaliste en question, sa tessiture réduite et sa tendance à ne jamais moduler peut rapidement taper sur les nerfs, en particulier quand il chante sur les parties plus musclées. Que Tal K Mas n'ait pas voulu s'enfermer dans une bête dualité « riff = hurlement / mélodie = chant clair » on peut le comprendre, mais la voix claire ne colle tout simplement pas sur les plans en question. Et comme quand les deux voix sont superposées ("Notre Bonheur") ça confine à la bouillie...

Le groupe réussit parfois de belles performances : talent rythmique lors de riffs déstructurés et néanmoins hyper carrés ("La légende de Foehn", "La mémoire des perdants"), groove millimétré et sombre à l'effet hypnotique ("Carrie"), bonne utilisation des machines ("Ode Ordinaire")... mais il ne s'agit au final que de moments, et la tendance dominante n'est malheureusement pas à la hauteur. On retient surtout des chansons exagérément longues - les six minutes de "Kalifora" sont interminables - , des passages calmes souvent interchangeables et des brisures de ton pas très bien amenées. A ce constat mitigé il faut également ajouter des textes engagés en français pas vraiment top : on sent bien que le groupe a tenté de travailler ses paroles, mais le résultat renferme encore beaucoup trop de clichés et de formules qui tombent à plat. Le titre le plus marquant reste "Bachyd", titre final de plus de sept minutes transfiguré par l'apport de multiples guests qui viennent booster le tout. A ce moment Tal K Mas devient enfin imprévisible et ambitieux... Dommage que le reste de l'album ne soit jamais de ce calibre.


Frustration. On sent bien que Tal K Mas n'est pas un groupe de manches, on sent chez eux le potentiel de faire de la musique marquante... mais les passages réussis dans Le fils des cendres restent beaucoup trop minoritaires face aux moments bancals voire pénibles. A voir sur scène ?


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