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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 29 mai 2009
Sa note : 17/20

LINE UP

-Vincent Bardaud
(guitare)

-Geoffrey Véron
(guitare)

-Jérémy Cas
(basse)

-Sébastien Pineau
(batterie)

TRACKLIST

1)Déviance
2)One Last Breath

DISCOGRAPHIE


Abysse - Le Vide est Forme



Et dire que nous avons failli passer à côté ! Oui, il est temps de faire notre mea-culpa. C’est rarissime, mais ça arrive : notre rédacteur en chef tyrannique, Cosmic Camel Clash a PERDU le CD de démo d’abysse. Lançons-lui des objets lourds et huons-le, s’il vous plait. Heureusement que le groupe s’est aimablement rappelé à notre bon souvenir, et après de plates excuses et l’envoi de mp3, voici, avec plusieurs mois de retard, la chronique de Le Vide est Forme. Il aurait été fort dommage de ne pas découvrir ce quatuor de Cholet tant la qualité est au rendez-vous : prêts à plonger au fond de l’abysse ?

Abysse possède deux caractéristiques qui en font un groupe atypique. La première, c’est qu’ils sont jeunes. Déjà deux albums autoproduits, une participation à la compilation A Tombeau Ouvert de nos amis de French Metal, cette démo étant donc leur troisième production, et les membres du groupe sont âgés d’à peine… 19 ans. C’est dire l’énorme potentiel que l’on sent poindre au travers des deux titres qui composent Le Vide est Forme, pour un total tout de même de vingt et une minutes de musique. La marge de progression est énorme, alors que le résultat d’aujourd’hui est déjà excellent. Leur seconde particularité, qui en fait un groupe qui ne plaira sans doute pas à tout le monde c’est que Abysse ne possède pas de chanteur. Totalement instrumentales, les deux chansons ici présentes rebuteront donc ceux pour qui métal rime forcément avec chant, qu’il soit extrême ou non. Totalement assumé, nous sommes ici en présence d’un choix délibéré et non d’une solution par défaut : c’est cela qui fait la véritable force d’Abysse.

Du coup, il devient difficile de cataloguer leur musique. Eux se définissent simplement comme faisant du métal ambiant, ce qui représente assez bien la réalité des choses, même si l’envie d’y ajouter la notion de black métal vient titiller les amateurs d’étiquettes. L’ambiance, surtout, reste froide, violente, agressive tout en étant mélancolique, les caractéristiques typiques de certains groupes de black métal. Mais Abysse semble se jouer de ces classifications en jouant sur les contrastes et en proposant tantôt du heavy, tantôt de l’extrême, tantôt de l’ambiance, le tout avec une science aiguë du riff et de la mélodie. Nous l’avons dit, les titres sont longs (plus de dix minutes chacun), pouvant rendre l’écoute plus difficile aux auditeurs préférant des structures directes et simples. Ici, Abysse ne s’embarrasse pas vraiment de constructions alambiquées mais emmène son auditeur au gré de ses inspirations, sans lui donner de clefs dans la conception de sa musique. Et ça marche : l’auditeur navigue de riff en mélodie, de plages sombres en envolées plus lyriques, le tout avec une fluidité déconcertante.

La musique d’Abysse serait-elle plus efficace avec du chant ? Certains passages peuvent le laisser croire, sans pour autant que l’on puisse imaginer quel chant serait le plus approprié (hurlement black ? chant clair ? growl ?), mais la grosse majorité du temps, la musique d’Abysse s’apprécie parfaitement en l’état. Ajouter du chant obligerait sans doute le groupe à composer différemment, et surtout à structurer leurs titres d’une autre manière, et rien n’indique que le résultat serait forcément meilleur. Enregistré au Dome Studio (Lyzanxia, One Way Mirror, Phaze I…), Le Vide est Forme bénéficie en plus d’une production très efficace, rendant difficile l’appellation « démo » pour une œuvre aussi riche et aboutie. La technique instrumentale du groupe est palpable, et leur permet de se concentrer en toute liberté sur la qualité de la musique en ne s’imposant aucune restriction comme le prouve sur "One Last Breath" ce long break à la guitare acoustique qui ferait presque penser à "The End" des Doors dans son ambiance hypnotique.


On pourrait en dire encore beaucoup sur Le Vide est Forme, tant les deux titres proposés ici sont riches et intéressants. Encore une fois, on ne peut qu’avoir confiance en cette jeune formation prometteuse, dont on espère qu’elle ne nous décevra pas, et que l’on en entendra très vite à nouveau parler. « When you look into an abyss, the abyss also looks into you », a dit Nietzsche. Nous ne pouvons que vous encourager à ce que vous aussi, vous y jetiez un œil.


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