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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Marcus Ehlin
(chant+guitare)

-Erika Roos
(chant)

-Richard Brynbelsson
(guitare)

-Niklas Sandin
(basse)

-Anders Rosdahl
(batterie)

TRACKLIST

1)Darker Designs
2)Rebellion
3)As Legion Rise
4)Crimson Coronation
5)Skuggor
6)Born Under a Black Sun
7)Of Blood and Magic
8)Remnants of Ruin
9)Harvest for the Devil
10)Forged in Flames
11)Harvest for the Devil
12)Summoner of the Unseen

DISCOGRAPHIE


Siebenbürgen - Darker Design & Images



Où donc finit le heavy-metal, où donc commence l'extrême? Tout comme les derniers albums de Cradle Of Filth, la musique de Siebenbürgen n'a d'extrême que son chant la plupart du temps. Si le growl black décadent de Marcus Ehlin était remplacé par un chant lyrique à la Dickinson ou Kotipelto on aurait affaire à un album de power/heavy tout à fait classique. Et le chant féminin d'Erika Roos accentue encore la confusion... Cette précision apportée, il est temps de se pencher sur le "heavy-black-death" de la formation, qui affiche mine de rien dix ans de carrière. Décortiquage.

Depuis des mois et des mois à chroniquer des groupes mêlant extrême et heavy, j'ai ENFIN trouvé une formation qui ne sonne pas comme une quelconque copie carbone de Cradle Of Filth dans cet exercice! La quasi-absence de claviers et d'orchestrations y est pour beaucoup, mais les riffs eux-mêmes et la dynamique des chansons sont marqués d'une identité assez affirmée pour qu'on ne sente pas en terrain archiconnu. Cette précision apportée, il faut dire que la formation évolue dans un registre tout à fait comparable, comme précisé dans l'intro. Les guitares ont un son résolument heavy-metal, méchant juste ce qu'il faut en rythmique mais qui n'atteint en aucun cas la froideur et la rugosité d'un Immortal. L'album sonne bien dans son ensemble, exception faite du son de caisse claire qui est un peu faiblard à mon goût.

Marcus Ehlin a un registre très caractéristique: point de haine et de violence dans son growl qui n'est d'ailleurs littéralement pas "hurlé", c'est juste une modulation de la voix pour la rendre la plus malsaine possible. Cette technique donne un chant caverneux presque narratif et à l'articulation parfaite, qui rappelle autant Attila (Mayhem sur l'album De Misteriis) que Dani Filth quand il se la joue "narrateur ivol" (comme sur le magnifique break de violoncelle dans "Lord Abortion"). L'effet est très réussi car l'homme a de plus un certain talent pour poser des lignes entraînantes et bien rythmées qui portent les morceaux et dynamisent les riffs.

Parlons-en de ces riffs: ils sont rarement originaux (c'est du heavy, donc...) mais très souvent efficaces voire carrément bons. On ne retrouve que de très rares blast-beats et riffs en triples-croches propres au black mais ceux-ci sont en général bien sentis. De même, les plans power/heavy ne sont jamais révolutionnaires mais se posent fort bien et surtout se fondent parfaitement dans l'ensemble. Car voilà le point fort de Siebenbürgen: ces gens savent composer de vraies chansons en mettant en synergie toutes leurs composantes. Un riff est un peu bateau? Qu'à cela ne tienne, il est épaulé par un placement rythmique judicieux, une ligne de chant qui le met en valeur et deux autres de chaque côté qui le font ressortir. Ça s'appelle le talent de composition!

Autre point fort: Erika Roos, ou plutôt la manière dont elle est exploitée au sein du groupe. La chanteuse lyrique, dont la voix est agréable mais pas transcendante face aux références du genre, n'apparaît en effet qu'au quatrième morceau! Elle est en renfort, et ce trait démarque Siebebürgen de toutes les formations qui s'enferment dans une formule "chant féminin / chant black" que les chansons le justifient ou pas. Erika est à mi-chemin entre le rôle de chanteuse et celui de choriste, et cela permet au groupe de balancer des titres heavy/black purs comme des titres de heavy/black lyrique et donc de jouer sur les deux tableaux. "Born Under A Black Sun" est une compo emblématique de cet équilibre: riffs costauds, mélodies ciselées, couplets en chant black, pont lyrique puis superbe refrain où les deux voix se mêlent contribuent à créer une compo de toute beauté. Le point d'orgue de l'album.


Et d'ailleurs si toutes les compos étaient de cet acabit je serais en train de crier au génie, mais ce n'est pas encore le cas. Il n'y a aucun ratage sur cet album et c'est très honorable en soi, mais paradoxalement la présence de titres très inspirés est frustrante car les autres semblent plus ternes en comparaison. On se prend à rêver d'une crise d'inspiration aigüe qui permettrait à Siebenbürgen de devenir une référence dans sa partie, car ce CD se paie tout de même le luxe de proposer du matériel varié de très bonne qualité dans un genre qui fait du sur-place depuis des années et dans lequel les formations totalement insipides pullulent. Les fans du genre devraient beaucoup aimer, et les fans de métal en général reconnaîtront en tout cas la qualité d'un combo au-dessus de la masse. A écouter.


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