Mastodon_Crack_the_Skye

CHRONIQUE PAR ...

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Blackmore
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mai 2009
Sa note : 17/20

LINE UP

-Troy Sanders
(chant,basse)

-Brent Hinds
(guitare,chant,banjo)

-Bill Kelliher
(guitare)

-Brann Dailor
(batterie)

-Rich Morris
(mellotron,clavier)

TRACKLIST

1)Oblivion
2)Divinations
3)Quintessence
4)The Czar
5)Ghost of Karelia
6)Crack the Skye
7)The Last Baron

DISCOGRAPHIE


Mastodon - Crack the Skye
(2009) - metal prog psychédélique stoner thrash metal Pachydermique - Label : Relapse Records



Imaginez une svelte gazelle, légère, aérienne, virevoltant avec aisance dans la savane africaine. Imaginez désormais un troupeau d’éléphants déchaînés, vrombissant de nulle part, écrasant tout sur son passage dans sa folie furieuse et se dirigeant inévitablement sur la jeune inconsciente. Cette dernière tente d’échapper au désastre mais rien n’y fait, elle finit écrabouillée et ensevelie 10 pieds sous terre. Cette gazelle, c’est l’auditeur inconscient qui vient de se prendre dans les dents le dernier album du pachyderme géorgien Mastodon.

Si le groupe avait su toucher le petit cœur sensible des plus bourrins d’entre nous avec Leviathan, c’est surtout depuis l’énorme Blood Mountain que Mastodon s’est retrouvé sur le devant de la scène metal. Un album fédérateur qui avait même réussi l’exploit d’éveiller l’intérêt chez nos amis proggeux qui trouvaient là une heureuse alternative au metal prog de papa. Inutile de dire que le groupe était alors fébrilement attendu au tournant pour son nouvel effort! Si l’amateur retrouve assez vite ses repères avec l’univers visuel du groupe, il risque cependant l’étonnement à l’écoute du disque. Non que le propos y soit fondamentalement chamboulé mais certains détails changent clairement la donne.

Première surprise, le tempo est descendu d’un voire deux crans. Seconde surprise, le groupe prend désormais son temps avec deux titres dépassant les 10 min. Enfin, les lignes vocales sont largement plus mélodiques qu’auparavant avec une présence du chant clair bien plus marquée. Mais au-delà de ces points qui sauteront tel un face-hungers au visage de l’auditeur, l’élément qui étonne le plus dans cet album est la complexité des compositions. La construction de morceaux tel que "The Czar" ou "The Last Baron" tend ainsi dangereusement vers le prog pur avec moult variations rythmiques, travail harmonique vocal et instrumental important, textures et ambiances réhaussées de claviers dont un mellotron des familles judicieusement usité, et volonté claire d’éviter les clichés et d’expérimenter au mieux.

Pour autant, pareils morceaux aboutissent généralement toujours dans une apothéose de riffs mammouths qui explosera le peu de neurones restant chez le pauvre hère. Bien entendu, le groupe distille toujours son mélange improbable de stoner progo psyché thrashisant et le banjo de l’enfer est bien de mise. Mais le tout est plus maîtrisé et cohérent. La puissance et la virtuosité technique (notamment sur "The Last Baron" et son break instrumental au niveau du mythique "Capillarian Crest") sont désormais totalement canalisées et au service des morceaux. Crack the Skye est aussi un album plus aérien et certaines parties seront certainement qualifiées de « commerciales ».

Il est vrai que le groupe perd son côté abrasif et immédiat dans l’affaire mais la musique gagne en maturité. Difficile donc de faire la fine bouche avec Crack The Skye qui a tout de la grosse réussite. La production n’est pas en reste non plus et permet de bien profiter de la profusion de baffes contenue dans l’album. Même la durée est idéale, évitant ainsi le syndrome du remplissage moisi. Pour un peu, nous aurions là un album parfait mais il y aura toujours des éléments qui pourront freiner les plus enthousiastes, notamment le chant qui, malgré les efforts consentis au niveau mélodique, reste toujours un cran en-dessous du reste.


Au final, Crack The Skye est une vraie réussite, un album solide, varié, lourd mais subtil et aérien quand cela est nécessaire. Mastodon est clairement un groupe inspiré et doué mais on peut aussi se demander si le groupe n’atteint pas ici ses limites tant l’album semble pensé dans les moindres détails. Arriveront-ils encore à étonner pour le prochain opus ? Rien n’est moins sûr ! En attendant, il est conseillé de déguster cette grosse poutrerie qui entrera sans peine dans la liste convoitée des albums de l’année.


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