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CHRONIQUE PAR ...

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Gazus
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mai 2009
Sa note : 17/20

LINE UP

-Devin Townsend
(chant)

-Jean Savoie
(basse)

-Dave Young
(claviers)

-Duris Maxwell
(batterie)

TRACKLIST

1)A Monday
2)Coast
3)Disruptr
4)Gato
5)Terminal
6)Heaven's End
7)Ain't Never Gonna Win...
8)Winter
9)Trainfire
10)Lady Helen
11)Ki
12)Quiet Riot
13)Demon League

DISCOGRAPHIE

Ki (2009)
Epicloud (2012)
Z2 (2014)
Transcendence (2016)

(2009) - rock ambient Easy listening barré - Label : Inside Out Music



C'est l'histoire d'un homme qui a derrière lui une longue carrière jalonnée de succès, reconnu comme un chanteur fabuleux, un grand guitariste et un producteur de renom. Un homme qui sur scène, enflammait les foules, arrogant et blagueur, charismatique et culte. Puis un jour, il a craqué, décidé de tout plaquer après un testament musical qui résumait son parcours et révélait la vérité sur ces dernières années : tout cela n'était qu'une façade, un rôle. L'homme en question, c'est évidemment Devin Townsend et le bonhomme marque avec Ki un retour surprenant.

Dire que Ki était attendu au tournant tient de l'euphémisme, d'une part parce qu'il arrive après une période creuse de deux ans où Devin Townsend n'a fait que peu parler de lui, produisant un ou deux albums par ci par là, mais surtout parce que ce disque est annoncé comme le premier d'une série de quatre albums censés sortir cette même année 2009, chacun composé d'un line-up différent (toujours avec Townsend dans le lot, tout de même) et doté d'un concept ou en tout cas d'une ambiance distincte. Ki a la lourde tâche d'apporter des réponses sur deux points. Premièrement sur l'évolution ou la stagnation de la musique de son créateur (Ziltoid, l'album précédent, s'il était cool, n'apportait pas énormément de nouveautés par rapport à Strapping Young Lad et les albums solos du canadien). Deuxièmement, si l'on était en droit de soit s'inquiéter, soit être rassuré à l'idée des trois autres albums à suivre. Au final, qu'en est-il ? Hé bien sans grande surprise, les réponses à ces deux questions sont susceptibles de varier d'un auditeur à l'autre.

Reste évidemment à écouter la musique afin de se faire sa propre opinion. Et de se prendre, passé le titre d'introduction ("A Monday", qui remplit au passage bien son office), "Coast", premier vrai morceau de cet album. Et là, c'est la surprise. Musicalement d'abord, le titre tape dans l'easy listening légèrement jazzy, mené par une basse délicieuse, une batterie légère, quelques guitares et nappes discrètes, le tout surmonté par un chant doux, posé, parfois chuchoté. La tendance générale est à l'apaisement, comme si la folie bien connue du musicien l'avait abandonnée. Un changement se fait sentir, on sent la pression monter et... piège, la ballade reprend son cours, avant de mener à un véritable crescendo. Là encore, surprise. Alors que, connaissant l'homme, l'on pensait se prendre en pleine tronche un mur de guitares et de claviers, de chœurs abondants et de batterie fracassante, on reçoit juste une vague de colère, menée par un beat électronique, enrobée de chœurs enfantins un brin dérangeants et de growls sourds, les guitares étant quand à elles sous-mixées... La colère est maîtrisée, elle n'explosera pas ici.

"Coast" surprend aussi au niveau du son. Exit la surproduction autrefois chère à Devin. Ici, le son est organique au possible, notamment la batterie, non triggée et très naturelle, ainsi que les guitares, qui ne sont plus doublées à outrance comme par le passé. En outre, la part belle est faite au son clair, qui confère à l'album son aspect particulièrement apaisant. Si la musique fourmille moins de cette foultitude d'arrangements et de petits détails sonores, ceux-ci sont encore partiellement présents, par touches discrètes, comme effets ou tapis sonores ("Terminal"). Reste certains morceaux qui ramènent au passé ("Disruptr", "Gato", "Heaven Send"), dans lesquels la guitare saturée est effectivement présente, mais moins écrasante que par le passé. En résulte cette impression que la colère et la folie sont ici sous contrôle permanent, bien encadrées dans un carcan donné par une batterie implacable et régulière, ainsi que par le chant agressif de Townsend (toujours aussi bluffant) qui semble contenu, comme s'il était prêt à éclater, sans jamais passer à l'acte, contrasté par la présence d'un chant féminin. Seul le final de "Heaven Send", sur la brèche, semble approcher l'explosion.

Résumer Ki par la formule « Musique d'ambiance relaxante (je suis content) + passages colériques contenus (je suis pas content) » est cependant très réducteur. En effet, l'album ne s'arrête pas là. Passée la triplette composée de "Disruptr", "Gato", "Heaven Send", on s'arbore sur la seconde partie du disque, en se prenant le groove jazzy de "Terminal" dans les dents, secondé par des scats de rigueur, avant de poursuivre sur la même lancée avec "Winter". Les titres s'enchaînent avec fluidité et l'on reste baigné dans un apaisement bienvenu, pour mieux être surpris par l'étonnant "Trainfire". Pour citer mon éminent et respecté rédacteur en chef, Cosmic Camel Clash, "Trainfire" est « ce qu'aurait été "Bad Devil" (sur Infinity) s'il n'y avait pas eu la folie ». Sur une base de swing à tendance rockabilly et un rythme locomotivesque, se construit un titre génial au refrain entraînant où l'on retrouve un Devin encore assez déjanté pour surprendre avec le sourire. Avant de respirer avec un "Lady Helen" prenant, pour mieux balancer "Ki", le titre éponyme à la construction toute en crescendo. Et de finir en douceur avec les deux titres suivants.


Ki est un album qui divisera forcément les fans de Devin Townsend. Les uns regretteront le choix musical pris par le canadien, d'autres l'abandon de la production typée d'autrefois, etc. Reste que cet disque n'est que le premier d'une série de quatre albums au total, albums annoncés comme différents les uns des autres. Autant dire que d'autres surprises nous attendent. Quoiqu'il en soit, cette brochette s'annonce sous d'excellents auspices.


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