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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Tommy Sebastian
(chant)

-Cern
(guitare+claviers)

-Eivind
(guitare)

-Torstein
(basse)

-Rune
(batterie+chant)

-Asgeir
(percussions)

TRACKLIST

1)Nodamnbrakes
2)Driving With Your Hands Bound [Nearly Flying]
3)White Devil Black Shroud
4)Terminus A Quo / Terminus Ad Quem
5)Death Of The Genuine
6)Ende
7)The Hardest Of Comedowns
8)Confluence

DISCOGRAPHIE


Manes - Vilosophe
(2003) - black metal - Label : Code666



A l'aube prochaine de la sortie de leur troisième album, il me fallait me pencher sur le cas Manes. Ce groupe, c'est un peu comme si les membres de The Third And The Mortal, d'Atrox et d'Ulver avaient partouzé leur style dans un grand élan de folie. Manes regroupe en effet des membres originels des premier et second groupes cités, en tire logiquement ses influences et emprunte, à grand renfort de sonorités très actuelles, l'élégante mais parfois brusque grammaire du dernier. Il faut ainsi avouer que tout ce joli monde forme une entité musicale complètement barrée, mangeant à tous les râteliers. Il y a de quoi: The Third And The Mortal a dérivé élégamment d'un doom atmosphérique (Tears Laid In Earth) vers un dark rock mâtiné d'électro (le très réussi In This Room), les Norvégiens d'Atrox nous ont proposé, à travers leur album phare (Orgasm) une musique aux confins du metal progressif technique et du jazz, pendant qu' Ulver a largement évolué vers un électro très sombre (Blood Inside) en passant auparavant par la case black metal (Nattens Madrigal), somme toute logique au vu de ses origines nordiques.

Il n'en pouvait être autrement, de ce fait : Manes a débuté avec un assez prometteur Under Ein Blodraun Maane (1999), disque de black metal avant-gardiste pour virer de bord à grands coups de burin, quatre ans plus tard, avec Vilosophe. Avec toutes ces références pré-citées , vous arriverez peut-être mieux à situer la bête, même si cela peut encore paraître, à raison, un peu flou. Vilosophe en est le rejeton décadent, débordant d'ingéniosité. Car si Manes récite de manière très appliquée ses influences au travers des huit compositions qui émaillent ce disque, il n'en oublie pas moins de les assembler avec beaucoup d'intelligence, au point de se retrouver, au final, avec une œuvre inclassable, le cul entre trois énormes chaises: le grain métallique et saturé des guitares, la froide électronique des samples et l'ambiance très énigmatique émanant de ses influences progressives.

"Driving With Your Hands Bound (Nearly Flying)" en est l'archétype, le premier de cordée : timide, mais confiant et osé, il avance le long de ses dix minutes vers des contrées jusque-là inexplorées par les Norvégiens. Discrètes textures de guitares en trame de fond, éléments électro savamment dosés (qui constituent l'ossature du disque), la douce mélopée déroule sans crier gare. Le chant, androgyne, renforce cette sensation d'évoluer dans une dimension parallèle. Il en sera ainsi sur un impressionnant quart de Vilosophe ("White Devil's Black Shroud", "Ende" ou le parfait mariage entre jazz, électro et metal).

Les trois autres quarts feront la part belle aux guitares et aux percussions, sans pour autant dénigrer l'évolution flagrante de ce second album: "Nodamnbrakes" pose en entrée de disque une construction plus directe et agressive - les dialogues samplés en fond achèvent de rendre ce disque encore plus barré - qui passe la surmultipliée lors d'un refrain dévastateur, "Terminus A Quo / Terminus Ad Quem", un des morceaux les plus réussis de Vilosophe, entraîne l'auditeur vers un dark rock atmosphérique de toute beauté, les harmoniques de guitares, presque extraterrestres, soutenant une basse écrasante lors d'un pont surprenant. Les très sombres "Death Of The Genuine" (dont le loop, moins élégant, gâche peut-être un peu l'extraodinaire homogénéité du disque) et "The Hardest Of Comedowns", très proche de la recherche stylistique de Trickster G. sur le dernier Ulver, achèvent d'emporter ce qu'il nous reste d'intégrité psychologique: le chant, sur ce dernier, tout comme les guitares, se font plus énervés et l'ambiance, magnifiquement dérangée, est à son apogée, ne retombant que partiellement lors d'un "Confluence" à la limite du glauque. Le spectre de Tool rôde ainsi sur ce morceau (souvenez-vous de "Message To Harry Manback" et de "Die Eier Von Satan"), qui n'est, en fait, qu'un long monologue en allemand tiré d'un film (dont je vous laisse la primeur du contenu, très schizophrène), final décérébré d'une noirceur absolue.


Vilosophe est une véritable expérience, que peu d'entre vous se risqueront à tenter à cause des mariages musicaux souvent indécents qu'il propose et de son ambiance anti-conformiste. Compte tenu des possibilités presque infinies de ce disque, dont on a pas fini d'explorer les moindres fissures, ce serait une hérésie. Vilosophe est une œuvre à considérer comme un tout, dont chaque partie s'imbrique naturellement pour proposer à l'auditeur une vision de la musique résolument inventive et jamais passéiste. Du grand art, dont on évaluera les retombées avec intérêt lors d'un double troisième album très attendu, à paraître cette année.


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