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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 19/20

LINE UP

-Joe Satriani
(guitare+chant)

-Andy Fairweather
(guitare)

-Nathan East
(basse)

-Manu Katché
(batterie)

-Eric Valentine
(claviers)

TRACKLIST

1)Cool #9
2)If
3)Down, Down, Down
4)Luminous Flesh Giants
5)S.M.F.
6)Look My Way
7)Home
8)Moroccan Sunset
9)Killer Bee Bop
10)Slow Down Blues
11)(You're) My World
12)Sittin' 'Round

DISCOGRAPHIE


Satriani, Joe - Joe Satriani
(1995) - hard rock Guitar Hero - Label : Sony BMG



Je n'ai jamais été un grand fan de Joe Satriani et la plupart de ses albums ont tendance à me gonfler très vite. Faut dire aussi que ses compositions n'ont jamais été d'une richesse extraordinaire car essentiellement basées sur ses solos et ses petits airs de guitare aux mélodies très faciles (donc accessibles même pour les novices en guitare). J'avais quand même apprécié son précédent album studio, The Extremist, le plus abouti, sur lequel Joe s'était enfin décidé à écrire de bons morceaux moins axés techniques et aussi Time Machine, un recueil d'inédits très intéressants.

Et donc, trois ans après The Extremist, le père Joe a pris du recul sur sa carrière et a carrément décidé de prendre des risques. Jusque là, il savait bien que sur chacun de ses albums solos, les apprentis branleurs de manche en herbe y trouveraient leur compte. Mais avec ce disque éponyme, Joe s'éloigne complètement de ce qui a fait sa renommée. Première constatation : les morceaux ne sont pas construits autour de la seule guitare de Joe. La section basse-batterie a enfin de la place pour s'exprimer et elle s'en donne à coeur joie. Donc pour une fois, on aura pas à se farcir des rythmes binaires joués par des musiciens capables de bien mieux que ça (Stuart Hamm). Seconde constatation : la production est très roots, très années 60-70, aux antipodes du gros son de ses précédents albums. Joe disait lui-même qu'il était dérisoire d'utiliser une production avec de gros moyens techniques. Surtout si c'est pour que la production se retrouve complètement dépassée cinq ans plus tard, comme ce fut le cas avec Flying In A Blue Dream, un album qui a très mal vieilli.

A production roots, musique roots et cette fois-ci Joe a puisé son inspiration non pas dans un hard rock de biker à peine digne de la BO d'Hartley Coeurs à Vif mais bien dans le jazz, le blues et le rock. Je ne raffole pourtant pas de blues et de jazz, mais lorsque c'est Joe Satriani qui en joue, mmmmm un régal, ça prend une toute autre ampleur !!! La créativité et l'inspiration du père Joe sont poussées à leur maximum, la preuve éclatante qu'on peut se renouveler tout en surpassant ses travaux antérieurs. Niveau feeling évidemment, Joe en met plein la vue : solos killer et harmonies aux p'tits oignons pour vous titiller les sens.

Mais il n'y a pas que lui : il est déjà accompagné d'un second guitariste pour la rythmique et lui aussi, il met le paquet. Il est meilleur guitariste rythmique que Joe lui-même. Et Manu Katché à la batterie. Comme avec Peter Gabriel, son jeu est d'une finesse exemplaire et toujours agrémenté de roulements jazzy, de ghost-notes et avec un groove et un sens du rythme que les précédents batteurs étaient très loin d'avoir en se contentant d'un jeu carré poum-tchac-poum-tchac !

Et les chansons dans tout ça ? Elles sont fantastiques, aucune n'est à jeter. Joe ne perd pas les caractéristiques de son jeu et dès l'entame de "Cool #9", on le reconnaît tout de suite. Sa guitare n'avait jamais délivré une palette d'émotions aussi vaste. Chacune de ses interventions est déterminante, le moindre solo qu'il joue est un pur moment de bonheur. Et grâce à son feeling blues-rock qu'il a acquis comme si il avait joué dans ce style toute sa vie, aucun de ses solos ne tombent dans les clichés du guitar-hero. Mais par contre, ce rythme funky, cette basse lancinante et mélodique et le piano-bar derrière donne un ton très aéré et... cool à sa musique.

Et comment qu'il fait Joe pour ne pas rendre sa musique emmerdante vu qu'elle est instrumentale ? Facile, il joue à fond sur les contrastes et les montées en puissance ce qui rend chaque morceau palpitant. Ça démarre doucement, les solos de Joe montent crescendo pour ensuite arriver à une furie sonore, et boum, ça redevient paisible, etc... Le Joe a toujours ce don pour pondre des mélodies faciles à la guitare et elles font mouche sans lasser l'auditeur au bout de deux écoutes, quel exploit de sa part ! Sur les titres les plus calmes, "Moroccan Sunset" et ses sonorités orientales, le très doux "Home", la superbe ballade bluesy et mélancolique "Down, Down, Down" et "(You're) My World", la plus pop du lot et parfaite pour faire un single sous ses airs épris de nostalgie.

Et bien sur, il y a les morceaux plus rentre-dedans où Joe nous délivre des riffs qui tuent. Et pour ça, il est très très fort : un p'tit blues-rock classique qui monte crescendo ("SMF"), d'une rare efficacité (Joe Satriani me convertirait presque au blues, alors que d'ordinaire, je me fais chier comme c'est pas permis à l'écoute de cette musique, à de rares exceptions : John Mayall, Rory Gallagher... enfin on est là pour parler de Joe oups !). "Look My Way" swingue à donf, avec Joe au micro, sa voix est carrément remixée pour produire un effet délirant (parce que sinon, qu'est-ce qu'il chante mal le Joe !).

"If" est la chanson rock par excellence, mais quand je parle de rock, c'est pas du binaire déjà entendu 50 000 fois. Non non, ici c'est toujours la technique au service de la finesse et de la richesse des morceaux. N'empêche que ce "If" est une grosse tuerie. Et encore, il reste le plat de résistance avec "Luminous Flesh Giants", la plus heavy du disque et avec une harmonie belle à pleurer, le très speed "Killer Bee Bop" qui débute façon jazz pour ensuite se transformer en une grosse machine à riffs qui dévaste tout sur son passage. "Killer Bee Bop" est aussi le moment le plus technique du disque. Enfin, la meilleure de toutes, "Slow Down Blues", monte encore une fois crescendo : début tranquille à la guitare acoustique et à l'harmonica, progression vers du blues-rock aware de chez aware et final explosif avec la totale, riffs plus solos en pleine gueule, le tout avec évidemment un feeling hors-normes.


Avec cet album éponyme, Joe Satriani touché par la grâce avait réussi un véritable coup de maître et il aura du mal à s'en remettre puisque trois ans plus tard, il va sombrer dans la facilité avec Crystal Planet, un album de Satriani traditionnel, autant prévisible qu'inutile. Et cette régression se fera pour des raisons financières, ventes insuffisantes de l'album précédent alors retour en arrière blablabla...


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