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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 20 avril 2009
Sa note : 13/20

LINE UP

-Mark Hunter
(chant)

-Rob Arnold
(guitare)

-Matt DeVries
(guitare)

-Jim LaMarca
(basse)

-Chris Spicuzza
(claviers+samples)

-Andols Herrick
(batterie)

TRACKLIST

1)The Venom Inside
2)Frozen in Time
3)Coming Alive
4)Secrets of the Dead
5)The Disappearing Sun
6)Impending Doom
7)On Broken Glass
8)Destroy and Dominate
9)Try to Survive
10)The Heart of It All

DISCOGRAPHIE


Chimaira - The Infection
(2009) - doom metal ambient metalcore angoissant - Label : Nuclear Blast Ferret Records



Peu de groupes se sont révélés aussi difficile à cerner que Chimaira. Seule formation issue de la vague metalcore US d'il y a quelques années a avoir gagné une véritable respectabilité auprès du public traditionnel, la bande à Mark Hunter s'est amusée à brouiller les pistes autant que possible depuis sa création. On avait eu le côté ultra tubesque de The Impossibility Of Reason, la claque monstrueuse de violence et de technique que fut l'album Chimaira, la douche froide Resurrection... et voilà que The Infection vient encore tout chambouler. Damned.

Si les membres du groupe avaient comparé le feeling de Resurrection à celui d'une séance de montagnes russes, The Infection donne l'impression d'une spirale descendante. Finis l'énergie punkoïde ou le groove catchy qui fait sauter en rythme : le petit nouveau est majoritairement lent, lourd, chaloupé et blindé d'ambiances dépressives à souhait. Le groupe a toujours aimé développer ses atmosphères (rappelez-vous de "Six") mais là c'est du jamais entendu : les arpèges malsains qui ouvrent "Secrets of the Dead", le côté Resident Evil inquiétant de l'intro de "Impending Doom", l'ambiance étouffante d'un "The Disappearing Sun" presque doom dans sa première partie... on sent une formation qui tient à instiller le malaise en nous. Le titre de l'album devient à ce propos très clair, et la manière dont les musiciens mettent leur technique au service de ces moments de désespoir est fameuse : écoutez la double-pédale d'Andols Herrick dans le titre en question et vous comprendrez.

Autre caractéristique écrasante de l'album : le nombre presque exagéré de plans constituant chaque morceau. Ça breake tellement qu'on dépasse le cadre du break (qui sous-entend la présence d'une trame principale) pour atteindre celui de morceaux d'obédience prog dans leur construction, avec tout le risque de copier-coller que ça implique. Car les titres de The Infection font 4'30 de long en moyenne, et le décalage entre ce format standard et les ambitions de complexité affichées nuit parfois à la cohésion du tout. Les six minutes de "Impending Doom" (où Hunter utilise le chant clair à très bon escient) permettent par exemple de vraiment entrer dans l'atmosphère du morceau, mais sur le reste des compos l'impossibilité de saisir l'essence de la musique proposée dans le temps imparti est frustrante. Au point que le retour ponctuel à du son syncopé, pas trop compliqué et qui tape dur sur "On Broken Glass" donne une réelle impression de bouffée d'air frais... même si le tempo reste lent, cette constante ne variant pour ainsi dire pas.

Quand on joue la carte de l'atmosphère avant tout il faut que la production suive, et fort heureusement c'est le cas. L'extrême grosseur du son favorise l'immersion, l'intégration des samples et des claviers est parfaite, le chant est mis très en avant voire trop. Hunter a toujours été un vocaliste dont l'énergie et la rage compensaient la linéarité, et il faut avouer qu'il colle beaucoup moins sur une musique introspective que sur une musique efficace. Ses hurlements finissent par soûler à force de ne presque jamais varier, et les moments où il module enfin (chant clair, murmures sur "Frozen in Time") font vraiment du bien mais restent trop rares. Ce défaut de l'album est moins gênant au casque vu qu'on se retrouve immergé dans le son mais l'écoute sur chaîne en devient irritante, au point que se taper l'album en entier demande un effort. L'absence quasi-totale d'efficacité dans la musique proposée était un sacré pari mais le jusqu'au-boutisme du groupe finit par le desservir : comme chacun sait quand on ne peut pas respirer on étouffe.


L'instrumental final a beau être joli il ne sauve pas le tout : The Infection est un album éminemment respectable de par sa démarche artistique mais qui ne parvient pas à provoquer l'adhésion. Les amateurs d'ambiance pure seront frustrés par le format trop court des morceaux, les amateurs de métal brutal s'emmerderont un peu... dommage, car l'idée était belle. Tout de même, quel groupe étrange.


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