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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Serj Tankian
(chant+claviers)

-Daron Malakian
(guitare+chant)

-Shavo Odadjian
(basse)

-John Dolmayan
(batterie)

TRACKLIST

1)Attack
2)Dreaming
3)Kill Rock 'n Roll
4)Hypnotize
5)Stealing Society
6)Tentative
7)U-Fig
8)Holy Mountains
9)Vicinity of Obscenity
10)She's Like Heroin
11)Lonely Day
12)Soldier Side

DISCOGRAPHIE

System Of A Down (1998)
Toxicity (2001)
Steal This Album (2002)
Hypnotize (2005)
Mezmerize (2005)

System Of A Down - Hypnotize
(2005) - néo metal - Label : Columbia American



J'ai souvent entendu les gens se demander : "Pourquoi, mais pourquoi les System Of A Down sont-ils si populaires?" A l'heure de la sortie d'Hypnotize, l'album le plus attendu de cette fin d'année 2005, le phénomène n'est pas si mystérieux à mes yeux. Le groupe combine après tout mélodie, énergie, sens du refrain, fraîcheur et humour, en bref les caractéristiques qui plaisent le plus au grand public, à celles qui réjouissent les spécialistes: inventivité, originalité, sincérité évidente et maîtrise instrumentale. Après un Mezmerize dont certains titres confinaient au sublime, c'est à la fois un CD et une démarche que l'on juge ici: alors, était-ce justifié de sortir deux albums?

Musicalement parlant, System est devenu depuis Toxicity un fourre-tout dans lequel des éléments métal voire thrash cohabitent avec une foultitude d'influences au sein desquelles la pop tient une place de choix. Le titre d'ouverture "Attack" est tout à fait représentatif de cette tendance, car au blast-beat qui ouvre la chanson s'enchaîne un plan d'une douceur extrême avant de repartir dans le bœuf. Les deux vocalistes du groupe ont un sens aigu de la mélodie enjôleuse, et Serj Tankian possèdera toujours une capacité à émouvoir hors-normes grâce à cette manière inimitable de faire de sa voix une caresse. Il ne reste plus à Malakian qu'à poser une harmonie dessus, et le résultat final est à la hauteur des composantes. Tankian brille de mille feux sur cette chanson comme sur l'album qui met sans cesse en valeur sa capacité à incarner la délicatesse comme la colère, à être à la limite du chant lyrique à un moment pour hurler comme un damné l'instant suivant. Cet homme restera dans les mémoires, c'est aujourd'hui acquis.

Les compos d'Hypnotize sont issues des mêmes sessions que Mezmerize, donc forcément assez semblables et toutes d'un certain niveau: System Of A Down ne saurait composer de chansons réellement mauvaises. Chacune propose son moment d'anthologie: le couplet de "Dreaming" et son avalanche de voix impressionnante d'intensité et de maîtrise en laissera plus d'un sur le carreau, et les refrains de "Kill Rock 'n Roll" qui combinent une approche rétro à un chœur littéralement saisissant des Arméniens chantants font systématiquement décoller l'auditeur. Et ainsi de suite. Les mélodies hypnotiques abondent sur cet album au titre fort pertinent, le morceau-titre (et single) enchaînant les lentes descentes et montées de gamme au chant, complétées par des arrangements éthniques qui rendent le tout extrêmement contemplatif. L'intensité émotionnelle est omniprésente et le somptueux "Soldier Side" qui clôt l'album en est un bon exemple. Des arpèges d'entrée aux complaintes «They were crying when their sons left» sur lesquelles la guitare de Malakian se fait mandoline au surpuissant retour final du «Welcome to the soldier side» qui ouvrait Mezmerize, c'est d'une musique d'essence spirituelle dont il s'agit. Qui vise le cœur et les tripes, et qui atteint son but.

Une autre caractéristique d'Hypnotize est le retour d'un certain sens du délire total propre au premier album. Le riff d'entrée de "Stealing Society coupé" de «Yeah! All right!» ainsi que les acrobaties vocales de Tankian sur le génial "Vicinity Of Obscenity" (dont le break central débile vaut celui de "Radio/Video") regardent vers le passé avec succès. Les clins d'oeils sont très nombreux: le souffle vintage et le rythme de batterie punk/new wave d'"Highway Song" reviennent sur "Kill Rock 'n Roll", "Stealing Society" ET "She's Like Heroin", de même que la mélodie entêtante d'"Holy Mountain" évoque celle d'"Aerials". Ces auto-références sont parfois gênantes, surtout quand elles s'appliquent à l'intérieur même du CD. Ainsi les débuts arpégés de "Kill Rock 'n Roll" et d'"Hypnotize" sont trop semblables, ainsi que les progressions d'accord d'"U-Fig" et "Tentative". Un certain problème de format se pose également: les cinq minutes trente d'"Holy Mountain" se justifient difficilement et "Dreaming", comportant pourtant des idées époustouflantes, finit par se répéter et aurait mérité un lifting. Enfin, il reste ces quelques chansons très inégales qui ne tiennent pas la longueur malgré leurs moments de gloire respectifs. C'est le cas d'"U-Fig" (et son fort joli break mélodique) et de la ballade convenue "Lonely Day" (et son solo de shred supersonique qui calmera plus d'un détracteur de Malakian). Des compos qui font plus chute de studios qu'autre chose et qui viennent malheureusement entacher le tout.


En conclusion, on aimerait vraiment qu'Hypnotize soit énorme. On aimerait qu'il représente la consécration ultime pour System Of A Down. Mais il n'est, comme Mezmerize, qu'une collection de chansons dont certaines sont excellentes et d'autres simplement sympathiques bien qu'agrémentées de passages géniaux comme le groupe saura toujours en composer de toutes façons. Bien qu'étant objectivement bon Hypnotize échoue à justifier la démarche du double album choisie par le groupe: Mezmerize et Hypnotize n'auraient dû faire qu'un, et pas sous la forme d'un double album mais bien d'un album simple qui n'aurait gardé de chacun que les meilleurs titres (les restants figurant éventuellement sur un Steal This Album II). Cet album imaginaire aurait été énorme, il aurait probablement récolté un 18/20 dans ces pages et aurait fait date dans l'histoire du métal. Reste deux bons albums et occasions manquées, témoins de l'incapacité du groupe d'avoir su choisir le meilleur dans le monceau de morceaux qu'ils avaient composés. Sortir deux bons albums qui, ensemble, constituent une déception: décidément, System Of A Down n'a pas fini d'être un groupe paradoxal.


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