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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 15 avril 2009
Sa note : 18/20

LINE UP

-John West
(chant)

-Jacob Kjaer
(guitare)

-André Andersen
(claviers)

-Steen Mogensen
(basse)

-Kenneth Olsen + Kim Johanneson
(batterie)

-Maria McTurk + Kenny Lubcke
(chœurs)

TRACKLIST

1)Take Off - August 2001 - The Settlers
2)The Mission – January 1999 - Rocket Summer
3)Exit Gravity - October 2002 - The Shore
4)Surrender – April 2000 - The Third Expedition
5)Clean Sweep – April 2005 - Usher II
6)Judgement Day – June 2001 - And the Moon Be Still As Bright
7)Metamorphosis - February 2002 - The Locusts
8)World Wide War – August 2026 - There Will Come Soft Rain
9)Dreamline (Instrumental) – February 2003 - Interim
10)Out of Reach – August 2002 - Night Meeting
11)Fourth Dimension - November 2005 - The Watchers
12)Days of No Trust – April 2026 - The Long Years
13)Total Recall – November 2005 - The Off Season

DISCOGRAPHIE


Royal Hunt - The Mission
(2001) - heavy metal hard rock metal prog - Label : NTS



Deux ans après le moyen Fear, qui avait vu Royal Hunt changer de chanteur, remplaçant le génial DC Cooper par un autre monstre, John West, The Mission avait – justement – pour mission de redorer le blason des chasseurs. Après un Paradox qui avait fait l’unanimité, et qui avait propulsé les Danois au rang de grand groupe de heavy/prog, il fallait remonter la pente. Andersen s’est donc voulu ambitieux, avec un concept album basé sur Les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury (une chanson = un chapitre), dont la sortie sera précédée et suivie par deux EPs (Intervention et The Watchers) à un an d’intervalle.

Même si on ne peut pas, à proprement parler, considérer ses trois objets comme un triptyque, on y trouve tout de même une unité visuelle et une approche similaire dans la seule composition inédite – mais imposante par sa durée et sa qualité - de ces deux œuvres annexes, "Intervention". Mais revenons à The Mission : concept futuriste oblige, Andre Andersen a repris son clavier en main et s’est forgé une nouvelle palette de sons, sans surprise bien plus froids et spatiaux que ceux utilisés sur Paradox. On y retrouve malgré tout cette touche très années 80 qu’affectionne Andersen, que ça soit dans la production ou dans l’écriture : Royal Hunt varie la recette mais ne change pas vraiment les ingrédients. On retrouve tout ce qui fait (et a toujours fait) le charme du combo, à savoir les choristes (toujours les mêmes), les rythmes très hard-rock, les arrangements néo-classiques et les compositions oscillant entre l’émotion et l’épique.

Autre nouveauté, directement liée au concept, la présence de ces titres-tampons, véritables petits intermèdes instrumentaux entre deux chansons classiques, faisant souvent office de grosse introduction pour le titre à suivre. Cela donne à The Mission un côté contrasté, ces petits interludes étant tantôt calmes voire reposant ("Metamorphosis", "Dreamline"), tantôt prétexte à une partie instrumentale endiablée ("Fourth Dimension") voire sont en soi un titre court ("Clean Sweep"). Cela contribue à donner une identité et une cohérence à The Mission, tous les titres s’enchainant donc les uns après les autres – comme avec Paradox. Bien sur, les morceaux les plus pertinents restent ceux à structure et durée plus classiques, soit sept au total. L’album aligne donc au total cinquante et une généreuses minutes, ni trop longues ni trop courtes. Même si, au vu de la grande qualité des compositions, on aurait pu demander à ce que The Mission dure plus longtemps.

Car The Mission est, à n’en pas douter, un des chefs-d’œuvre de Royal Hunt. Certainement pas aussi évident que Paradox, qui avait mis tout le monde d’accord, mais au moins aussi bon – voire meilleur. Cet album est sans doute l’un des plus complexes, émouvants et mélancoliques du groupe. Certes, Royal Hunt a toujours aimé le grandiose et le dramatique, mais ici, les mélodies et – surtout – la voix de John West tombent parfaitement justes. West sait se montrer puissant, énergique et lyrique ("The Mission", "World Wide War") mais aussi étonnamment doux et réservé ("Judgement Day", "Days of No Trust" mais aussi le superbe "Out of Reach"). Andersen l’aura bien compris, et ira encore plus loin deux ans plus tard avec l’album suivant, Eyewitness. En attendant, West parvient à faire oublier la défection de DC Cooper et à redonner à Royal Hunt ses lettres de noblesses.

Carton plein, car en plus du talent indéniable de West, Andersen signe ici parmi ses meilleures compositions. N’hésitant pas à tirer de son clavier de nouvelles sonorités, que les détracteurs du groupe qualifieront de ringardes et cheaps tandis que les amateurs les qualifieront affectueusement de kitsch, il donne tout au long des treize titres de The Mission une ambiance martienne rappelant par certains égards celle du migrateur universel d’Ayreon – dans un genre toutefois un peu différent. Bien sûr, une place non négligeable est donnée aux solos de tout poil (claviers en tête), mais sans jamais tomber dans la redite ou le démonstratif. Les titres sont bien écrits, la production est froide, métallique et manque peut-être légèrement de puissance mais colle parfaitement au propos, et les refrains sont toujours aussi efficaces et entêtants. "Surrender", "World Wide War", "Out of Reach" ou encore "The Mission", autant de titres qui ne demandent qu’à être repris en chœur par la foule.


The Mission a été une prise de risque, que ça soit de par son concept, sa production ou son ambiance. Mais Andersen a su tirer le meilleur parti de son line-up, et surtout de John West, qui porte cet album sur ses épaules de bout en bout. The Mission ne restera sans doute pas l’album que le monde retiendra de Royal Hunt, mais il demeure à ce jour l’un des plus émouvants, troublants et intéressants du groupe.


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