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CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
Cette chronique a été mise en ligne le 30 mars 2009
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jennifer Batten
(guitare+vocoder)

-Michael Sembello
(arrangements+vocoder)

-Andre Berry
(basse)

-Stephen Klong
(batterie)

-Greg Philingaines
(piano+basse sur “Giant Steps”)

-Michele Rohl
(chant sur “Respect”)

TRACKLIST

1)Flight of the Bumble Bee
2)Ya Aint' Nothin' Like a Fast Car
3)Wanna Be Startin' Somethin'
4)Respect
5)Cat Fight
6)Headbanger's Hairspray
7)Whammy Damage
8)Secret Lover
9)VooDoo
10)Cruzin the Nile
11)Tar-Zen's Day Off
12)Giant Steps (Jazz Version)
13)Giant Steps (Rock Version)
14)Mental Graffiti

DISCOGRAPHIE


Batten, Jennifer - Above Below and Beyond
(1992) - fusion Shred - Label : Lion Music



Avec la sortie de Whatever, troisième album solo de Jennifer Batten, Lion Music en profite - à raison - pour remettre dans les bacs les deux premiers opus (devenus introuvables si ce n'est au Japon) de la gratteuse la plus rapide de l'Ouest. Une bonne occasion pour (re)découvrir l’étendue du talent de l’ex-blonde péroxydée qui s’est surtout fait connaître (puis étiquetée) en tant que guitariste pour Michael « Attention, les enfants, je suis de retour en Angleterre » Jackson et Jeff Beck.

Above Below And Beyond, pour la petite histoire, a été écrit et enregistré en 1992 soit entre deux tournées mondiales de Jackson (le Bad Tour et le HIStory Tour). A-t-il pour autant été mis en boîte pour le public de MJ ? Assurément non, même si l’influence du propriétaire de Neverland est plus qu’évidente. Non pas que ce soit le Patron qui a payé la galette et les séances de studio afférentes. Juste que Jennifer a rencontré à l’époque un autre monstre (requin?) de studio, en la personne de Michael Sembello, guitariste et producteur entre autres de Stevie Wonder, grand ami de Bambi. Le type a du flair, et surtout semble ravi de piquer la belle américaine à Mike Varney, boss de Shrapnel Records, usine à shredders mondialement connue. Le Jerry Bruckheimer (ou Hugh Hefner) du speed guitar s’en mord encore les doigts. Il faut dire que la mère Batten, de prime abord, n’a pas grand chose à voir avec les poulains d’alors, élevés aux sextolets, de la Maison Shrapnel. Sans manquer de respect à ces derniers, bien entendu et au bond en avant que la guitare rock instrumentale a réalisé grâce à Varney.

Pourtant cela commence néanmoins comme un album made in Schrapnel, avec la relecture « fast and furious » d’un classique, en l’occurrence le célébrissime "Vol du Bourdon" de Nicolaï Rimski-Korsakov. Au-delà d'une orchestration un poil cheap en 2009, reste une interprétation remarquable de ce must de l’opéra (repris à la même époque par Nuno Bettencourt de Extreme sur "He-Man Woman Eater") Cette ouverture laisse augurer que le meilleur est à venir. S’en suit "Ya Aint' Nothin' Like a Fast Car", titre gros-rock-qui-tâche avec son solo très 80’s comme Steve Lukather, Michael Landau ou Steve Stevens en composaient au kilomètre. Voilà, c’est fait: elle joue vite, histoire de faire taire ses nombreux et masculins détracteurs. L’écoute du reste de l’album brille par la variation de ses thèmes, tempos, genres et gris-gris réalisables avec une (ou plusieurs) guitare(s). Entrer dans le monde Batten, c’est un peu comme pénétrer dans la chambre de son meilleur pote. Une grande pièce certes propre, mais avec un bazar indescriptible dans lequel en apparence seul le locataire parvient à retrouver ses plus petits biens. Et en quelques minutes, la cohérence finit par sauter aux yeux.

L’américaine expose en effet l’ensemble de ce qui l’a marqué musicalement, puis impose ce qui va assurer la pérennité de son style identifiable entre mille. La biographie de la musicienne rappelle qu’à une période, elle a officié dans pas moins de six groupes en même temps, du Metal band au trio jazz, en passant par des formations funk et rhythm’n’blues. Sur Above Below And Beyond, l’impression générale donne à penser qu’elle a enregistré chaque titre avec, justement, des formations différentes. Un bon stratagème pour éviter l’écueil dans lequel sont tombés un paquet de guitar heroes: les pistes redondantes. Jenn' passe allègrement de la reprise du "Wanna Be Startin' Somethin'" de Jackson à celle du "Respect" d’Aretha Franklin, en se démarquant bien des originaux grâce à l’usage d’une double couche d’effets et de tapping à deux mains. "Secret Lover" groove aussi méchamment et s’impose comme l’une des meilleures pistes de l’album, dans la catégorie funk metal. Sembello met ensuite à profit les influences tribales de la miss avec "Tarzens Day Off", "Cruzin The Nile" et "VooDoo" (que serait un album de gratte instrumental sans un titre incluant le mot «VooDoo» ?) Trois réussites sur toute la ligne qui ne sont pas sans rappeler les meilleurs titres d’un certain George Lynch, et à l’autre extrémité Jeff Beck (Batten ne cache pas son admiration par le jeu d’El Becko et en particulier son usage subtil de la barre de vibrato). Ce dernier effet de jeu s’avère particulièrement efficace et éblouissant sur "Cruzin The Nile". Les fondations de son prochain opus sont déjà posées...

Et que dire sur son usage de l’effet Whammy, pédale démocratisée à la même époque par Tom Morello de Rage Against The Machine ? Batten rend hommage à l’effet sur "Cat Fight" et "Whammy Damage" ce qui tend à prouver que la virtuosité peut rimer avec belle sonorité et surtout originalité. Il est même rare qu’un tel effet (vite pénible, en soi) ait été aussi bien exploité depuis le "Marooned" de Pink Floyd. Pour continuer dans le bon goût, le morceau final, "Mental Graffiti", est dans la pure tradition jazzrock fusion, sur une thématique volontairement proche du "Jaguar" de Frank Gambale à laquelle s’ajoute un solo qu’Allan Holdsworth n’aurait pas renié. Tout un chacun comprend mieux à l’écoute de ce Above Below And Beyond comment Batten a anéanti la concurrence lors de son audition pour participer à l’aventure Jackson. Il suffit de jeter une oreille sur ses reprises rock et jazz du "Giant Steps" de John Coltrane, ici présentes, et joués lors des sélections organisées par le King of Pop. Et pourquoi Jeff Beck a ensuite fait appel à ses services. En la suppliant.


La somme de ces éléments donne un album, primo, qu’il est bon de (ré)entendre, et secundo de ranger dans sa discothèque aux côtés des meilleurs must have de la guitare instrumentale, qu’elle soit rock, jazz, fusion, blues. À moins de lui réserver une place amplement méritée sur l’étagère réservée aux inclassables. Parce qu'il le vaut bien.


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