3157

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 22 mars 2009
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Poun
(chant)

-Djag
(chant)

-Snake
(guitare)

-Etienne
(basse)

-Hervé
(batterie)

TRACKLIST

1)To Reactivate
2)Uncivilization
3)Emergency
4)All the Way
5)Get the Fuck Out
6)Burning Road
7)Fucking Hate
8)Taste the Flow
9)Kiss of Death
10)Digging My Grave
11)Pieces of I
12)Tales from the Old School

DISCOGRAPHIE


Black Bomb A - From Chaos



On n'est pas passés loin... de l'aveu même du groupe, Black Bomb A a failli cesser d'exister suite au départ d'Arno. Mais tel un sauveur Djag est revenu dans le giron du groupe qu'il avait quitté en 2002, d'abord temporairement pour finir la tournée puis pour de bon. Les péripéties n'étaient pas terminées vu que le guitariste Scalp est parti depuis, mais l'essentiel est là : Black Bomb A n'est pas mort. A l'écoute de From Chaos, on peut même se rassurer : non seulement ils ne sont pas morts mais ils sont également loin de l'agonie.

Et pourtant les premières écoutes de From Chaos laissent un goût étrange en bouche. Le groupe est revenu (avec l'indéboulonnable Stéphane Buriez) à un son beaucoup plus cru que celui des deux derniers albums, beaucoup moins massif... beaucoup moins métal en gros. En général la part de métal a de toutes façons énormément reculé, et l'ère Speech of Freedom semble désormais close. S'agirait-il donc d'un retour à l'ère du hardcore survolté de Human Bomb, possibilité qu'on avait posée comme probable vu le retour de Djag ? Ben non... car le nouveau Black Bomb A est également beaucoup plus posé et réfléchi que l'album cité, et la gouache insensée qui le caractérise n'y est pas non plus. Les riffs de Snake sont beaucoup plus hardcore et moins thrash, mais ils sont également beaucoup plus simples, directs et dépouillés que dans un quelconque autre album du groupe. Comme s'ils avaient volontairement dégraissé leur son pour n'en retenir que l'essentiel. Le riff ouvrant "To Reactivate" est emblématique : c'est vraiment de l'efficace sans fioriture, voire du simpliste. On s'inquiète un peu.

Par contre il y en a un qui tape fort dès la première écoute : Djag, dont les progrès sont à la limite de l'ahurissant. Oubliez le vocaliste de Human Bomb, la transformation est radicale : sans basculer dans le death non plus comme Arno savait le faire si bien, Djag est désormais capable de moduler ses hurlements - notamment dans les graves - d'une manière inédite et plus qu'impressionnante. Sachant qu'en plus contrairement à Arno il chante juste et bien c'est toute l'identité vocale du groupe qui est refondue : l'équilibre traditionnel entre un vocaliste caméléon (Poun, toujours aussi bluffant) et un spécialiste limité à un seul registre n'est plus, et désormais ce sont deux chanteurs multicartes qui tiennent le manche. Et ça c'est très balaise : pour la première fois Poun peut faire des chœurs autrement qu'en doublant sa propre voix, et les moments où les deux chanteurs se lancent ensemble dans le mélodique sont toujours réussis. On citera particulièrement l'outro complètement pop de "Emergency" qui passe très bien... même si le groupe abuse franchement en l'étirant sur près de 2'30. Mal joué.

Puis on se rend progressivement compte que From Chaos comporte un certain nombre de compos solides. "To Reactivate" a beau s'ouvrir sur un riff simpliste, la compo enchaîne au final un nombre assez faramineux de plans, et les changements constants de registre des deux zouaves au micro font tout de même un effet boeuf. Il y a la petite surprise "All the Way" : après un début presque acoustique dégoulinant de bon sentiments, l'arrivée brutale d'un riff écrasant sur lequel Djag se déchire les cordes fait bien plaisir, presque autant que l'accélération qui suit et que le refrain traditionnel (chant clair de Poun + hurlements de Djag). Djag assure au chant mélodique lead sur les couplets "Pieces of I", l'ambiance posée par les chœurs harmonisés de Poun sur "Kiss of Death" valent celle qu'on retrouvait sur "Everlast" et "Tales from the Old School" s'annonce d'emblée comme un futur classique... le chœur final sera repris avec joie par des milliers de gorges vu qu'il est fait pour. De même que le néo "Get the Fuck Out" (le riff rappelle un peu "Reclaim My Place" de Korn) fera sauter tout le monde en chœur et avec bonheur.

En parlant de néo, tiens... chaque album de Black Bomb A renferme au moins un tube absolu, et celui de cet album s'appelle "Fucking Hate". Entre les accélérations thrash, le couplet jumpy où Poun fait péter le flow hurlé du ghetto avec la maestria qu'on lui connaît, le refrain tout de growl fait... il y avait déjà de quoi faire une bonne boucherie, mais quand le tout bascule brutalement dans une approche mélodique géniale au bout de deux minutes on sait qu'on est dans le culte. Les deux chanteurs combinent absolument tous leurs registres et c'est saisissant. Ça ne rattrape par contre pas la présence de compos dépourvues de moments marquants qui font penser à du Black Bomb A générique. Il y a ainsi "Digging My Grave" qui n'a qu'un refrain un peu plus pop que d'habitude pour la distinguer de la masse, "Uncivilization" qui n'apporte strictement rien à la sauce ou "Burning Road" featuring Wattie de The Exploited qui n'a que son guest prestigieux à mettre en avant. En règle générale on peut dire que l'imprévisibilité de Speech Of Freedom n'est nulle part mais que quand ça cogne, ça cogne particulièrement dur. Et que ça cogne souvent.


From Chaos n'est pas l'album de la résurrection, ce n'est pas l'album absolu de Black Bomb A ni celui qui réconciliera les fans des deux périodes du groupe. C'est juste un album de hardcore-métal comportant son lot de très bons moments et de moments plus faibles, porté par deux chanteurs hors-normes. Et c'est déjà pas mal. Vivement les concerts !


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4