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CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-Black Francis
(chant+guitare)

-Joey Santiago
(guitare)

-Kim Deal
(basse)

-David Lovering
(batterie)

TRACKLIST

1)Trompe le Monde
2)Planet of Sound
3)Alec Eiffel
4)The Sad Punk
5)Head On
6)U-Mass
7)Palace of the Brine
8)Letter to Memphis
9)Bird Dream of the Olympus Mons
10)Space (I Believe In)
11)Subbacultcha
12)Distance Equals Rate Times Time
13)Lovely Day
14)Motorway to Roswell
15)The Navajo Know

DISCOGRAPHIE


Pixies, (the) - Trompe Le Monde
(1991) - pop rock - Label : 4AD



Lorsque paraît Bossanova en 1990, la « nouvelle » est plus ou moins officiellement annoncée : les Pixies sont désormais le véhicule de Black Francis. «C’est moi qui écris et qui chante au sein [du groupe]», précise-t-il. Paf! Prends ça dans la tronche, Kim Deal ! Il est vrai que les relations entre les deux musiciens ne sont plus au beau fixe depuis quelques temps. Il lui reproche son attitude très peu professionnelle sur scène, elle trouve son rôle très limité dans le groupe, et peine à comprendre où son leader veut désormais en venir. Ce qui n’a pas l’air d’être plus clair pour les deux autres, d’ailleurs. Mais bon, c’est le boss, alors faisons ce qu’il nous demande…

Et c’est ainsi que, début 1991, les quatre compères se remettent au travail. Premier constat : les lubies de Black n’ont pas changé. Il raconte toujours ses histoires bizarres d’extraterrestres de série B, sous couvert de paroles mystérieuses, et toujours sur ce ton diablement sérieux. Les morceaux, toujours aussi ramassés, sont encore plus complexes et fouillés que précédemment. Ajoutez à cela un son très dur, très compact, presque étouffant, et vous obtenez l’album le moins évident et le moins accessible des Pixies, mais aussi, et cela va ensemble, le plus surprenant, le plus recherché, celui qui grandira le plus en vous au fil des écoutes. Oui, au premier coup, ce Trompe Le Monde vous paraîtra plus que déroutant, un véritable fouillis sonore aux multiples ambiances insaisissables. Puis, en y revenant, l’oreille s’habituera aux mélodies étranges et irrésistibles des meilleurs titres de ce recueil, ces "Alec Eiffel", "The Sad Punk", "Bird Dream Of The Olympus Mons", "Letter to Memphis", "Lovely Day", "Motorway To Roswell"… Oui, à l’inverse de Bossanova, dont bien des titres restaient malheureusement plats, ce dernier opus (pour l’instant) des Farfadets regorge de titres à inscrire parmi les meilleurs du combo.

S’il y a une chose que l’on peut féliciter chez les Pixies, c’est cette faculté à prendre un excellent départ à chaque album, et celui-ci ne fera pas exception : il suffira des quatre premiers titres pour se persuader que, vraiment, ce groupe a une classe folle. Du rêve éveillé de la plage-titre, on passe à l’agressif "Planet Of Sound" et sa basse impitoyable, qu’on croirait enregistré dans un bain de fonte en fusion; puis c’est le premier sommet du disque, "Alec Eiffel", véritable bombe multiforme de deux minutes trente, comète pop-punk entrant en collision avec l’univers de la SF, pour un résultat transpirant l’inventivité de toutes parts. Le coup de grâce sera rendu avec "The Sad Punk", piécette d’à peine trois minutes mais qui semble en faire deux fois plus (et ce n’est pas un reproche), où s’affrontent hargne, tristesse et désespoir (saluons d’ailleurs la performance de Black sur ce titre) dans un festival de guitares bousillées. Alors oui, les Pixies se prennent encore au sérieux, mais les résultats sont enfin là : voilà leur musique transportée dans une autre dimension, loin d’être immédiate il est vrai, mais qui à ses charmes incontestables.

Le reste du voyage, d’une cohérence impeccable – comme souvent chez les Farfadets – comporte, il est vrai, quelques escales plus faibles: "U-Mass", pourtant un des favoris des fans, ne parvient pas à décoller, souffrant d’une structure à mon sens trop basique ; et la dernière étape, "The Navajo Know", sans réel intérêt, qui aura au moins le mérite de terminer le périple en douceur après l’envolée que constitue "Motorway To Roswell", l’autre sommet du disque, aux mélodies sublimes, loin de la pesanteur terrestre, magnifiées par les interventions aux claviers de Eric Drew Feldman (qui a joué avec le Captain Beefheart et qui collaborera par la suite avec Frank Black lors de sa carrière solo), et qui part jusqu’aux confins de l’univers en même temps que le final magistral monte en puissance, encore et encore… Un titre majestueux qui excelle là ou "All Over The World" et "The Happening" avaient échoué.

J’en vois quelques-uns au fond qui s’écrient: «Oui, mais nous, ce qu’on aime chez les Pixies, ce sont les morceaux très pop, genre "Here Comes Your Man", tu vois ?» Bien que la nouvelle orientation prise par le groupe risque de généralement leur déplaire, un titre devrait particulièrement attirer leur attention: "Bird Dream Of The Olympus Mons" qui, malgré les guitares saturées, reste un morceau ouvertement pop dans sa forme, sans être putassier – mais enfin, vous imaginez les Pixies faire dans le putassier ? – et dans le genre, c’est une de leurs plus belles réussites. Un thème nostalgique, très beau, joué d’abord de manière sobre avant de prendre son envol dans la seconde partie du titre. S’il y a ici des amateurs des Smashing Pumpkins, ce morceau devrait les ravir.


Bombes ouvertement agressives, piécettes de pop surréaliste, rock & roll absurde, grandes envolées cosmiques, c’est ce que vous aurez la chance de trouver dans cet ultime (?) manifeste des Farfadets, qui surprend d’abord, puis enchante ensuite. On peut se prendre à rêver à ce qu’aurait donné la suite des aventures de la bande des quatre, si le capitaine, dans une crise d’ego, n’avait pas décidé seul de mettre un terme à la formation… Même si, très probablement, ça n’aurait pas été très éloigné de ce qu’il a pu nous proposer ensuite en solo.


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