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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Black Francis
(chant+guitare)

-Joey Santiago
(guitare)

-Mrs. John Murphy
(basse)

-David Lovering
(batterie)


TRACKLIST

1)Caribou
2)Vamos
3)Isla de Encanta
4)Ed Is Dead
5)Holiday Song
6)Nimrod's Son
7)I've Been Tired
8)Levitate Me

DISCOGRAPHIE


Pixies, (the) - Come On Pilgrim
(1987) - rock - Label : 4AD



L’histoire des Pixies commence ici : Massachussetts, 1984. Charles Thompson, originaire de Californie, fait la connaissance à l’Université de Joey Santiago, étudiant en économie. En plus d’être colocataires, ces deux gaillards ont une passion commune: le rock. C’est donc tout naturellement qu’ils se retrouvent à jouer de la guitare ensemble et à composer des bribes de chansons, comme des milliers d’universitaires avant eux. C’aurait pu s’arrêter là, mais Charles va se découvrir de plus folles ambitions…

Lors de la deuxième année de son cursus, il part sur un coup de tête à Porto Rico, pour un échange culturel comme c’est coutume dans les sections économiques. Problème : il s’y ennuie. Et, au bout de six mois, a franchement l’intention de repartir pour la maison-mère. Puis au fond, l’économie, ça le barbe. Il voit plutôt son avenir dans la musique, n’a aucun mal à s’imaginer en rock-star… Alors il repart pour Boston. Supplie son ex-colocataire de le rejoindre dans la quête qu’il s’est fixé : monter un groupe. Et solide, avec ça. Joey accepte. Très vite, le nom du groupe est trouvé, pris au pif dans un dictionnaire : Pixies. Ca sonne bien… Quant à Charles Thompson, désireux de se choisir un pseudonyme « rock & roll », il opte pour celui de « Black Francis ». Pourquoi pas…

Très vite, le groupe se lance dans la recherche d’une section rythmique. Pour le bassiste, ils envoient une petite annonce assez incongrue, qui n’entraînera qu’une réponse: Kim Deal, à l’époque mariée à un certain John Murphy. Une demoiselle plutôt originale puisqu’elle se présente à l’audition sans basse, laquelle est restée dans son bled de l’Ohio. Monnayant les frais de transport, elle parviendra à Boston. C’est la même Kim Deal qui conseillera un nommé David Lovering au poste de batteur, poste qu’il n’avait jusqu’alors tenu que dans sa jeunesse, à la fanfare de l’école municipale.

Avec une telle genèse, on se doute bien que les Pixies sont tout sauf un groupe ordinaire… qui, sur la papier, ne présente rien d’extraordinaire. Aucun d’entre eux n’est techniquement très doué. Et puis, ils n’ont aucune allure, ressemblent à quatre ahuris proches cousins des Simpson, une absence de charisme pas forcément bienvenue dans le grand cirque du Rock & Roll. Seulement, ils ont des idées. Des tas d’idées. Et ils ont les chansons. De sacrées bonnes chansons, à vrai dire. Qui sont à même de faire la différence. Et cela, un certain Gary Smith va bien s’en rendre compte. Ni une ni deux, il leur propose de les enregistrer dans son studio personnel, nommé Fort Apache. Avec l’aide financière du père de Black Francis, le groupe s’exécute. Et enregistre dix-sept morceaux, huit d’entre elles se retrouvant sur le présent disque, Come On Pilgrim. Un disque, affirmons-le, qu’il est bien pour l’écouter.

Alors bien sûr, le dénommé Smith n’est pas un grand producteur, et on sent bien que le tout a été fait à l’arrache : le son est étouffé, la batterie ne sonne pas terrible… Mais on s’en contentera. En cette année 1987, les morceaux des Pixies sont loin de miser là-dessus. Non, pour connaître les composantes du groupe (retenez-les bien, interrogation à la fin de la chro), il suffit de se pencher sur le tiercé qui ouvre le disque : audace et sens de la mélodicité pour "Caribou" ; folie et invention sur "Vamos" ; rage et énérgie pour "Isla De Encanta". Lovering est un batteur carré et efficace et c’est tout ce qu’on lui demande; la basse de Kim Deal (qui se charge également des chœurs) apporte un soutien incroyable aux compositions joyeusement bancales de l’ami Francis ; Santiago, comme il l’a dit lui-même, «exploite toutes les idées débiles» avec sa guitare pleine de surprises. Quant à Black Francis, guitariste solide, il se montre chanteur fantaisiste et gentiment dérangé, fait preuve d’une science stupéfiante du hurlement, qu’il perfectionnera tout au long de la (courte) carrière du groupe.

Bref, dans le genre schizo-pop musclée, les Pixies maîtrisent leur affaire: alignant les refrains imparables ("Vamos", un des titres phares du groupe qui sera réenregistrée pour un résultat encore supérieur sur Surfer Rosa ; l’irrésistible «"’ve Been Tired"), les rythmes peu ordinaires (un penchant naturel pour les morceaux en 6/4), les breaks salvateurs ("Nimrod’s Son" et sa gratte acoustique si délicieuse). Le sucré "Levitate Me" aurait même pu devenir un mini-hit si sa structure n’était pas si bizarre; tant pis pour le monde, tant mieux pour nous! Vous l’aurez compris, ce mini-album est une collection de titres agréables… Et fun: oui, à travers ce disque, on ressent le plaisir que nos quatre farfadets ont pris à jouer, sans jamais se prendre au sérieux.


Bien évidemment, ce n’est pas parfait: il leur manque encore le son et l’assurance nécessaires pour nous pondre de véritables petits joyaux, tels les "Where Is My Mind ?" et "Wave Of Mutilation" à venir. Mais, quand même, pour une toute première réalisation, les Pixies montrent un énorme potentiel ! Et, pour un amateur de rock, il faudrait être bien exigeant pour ne pas trouver son compte dans au moins un des huit titres de cette "démo", début d’une carrière riche en merveilles.


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