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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-David Gilmour
(guitare+chant)

-Roger Waters
(basse)

-Rick Wright
(claviers)

-Nick Mason
(batterie)

TRACKLIST

CD n°1 : Live at Birmingham
1)Astronomy Domine
2)Careful With That Axe, Eugene
3)Set the Controls for the Heart of the Sun
4)A Saucerful of Secrets

CD n°2 : Studio Album
1)Sysyphus pt. 1
2)Sysyphus pt. 2
3)Sysyphus pt. 3
4)Sysyphus pt. 4
5)Grantchester Meadows
6)Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and
7)The Narrow Way pt. 1
8)The Narrow Way pt. 2
9)The Narrow Way pt. 3
10)Grand Vizier's Garden Party pt. 1 : Entrance
11)Grand Vizier's Garden Party pt. 2 : Entertainment
12)Grand Vizier's Garden Party pt. 3 : Exit

DISCOGRAPHIE


Pink Floyd - Ummagumma
(1969) - rock prog barré - Label : EMI



Pink Floyd en roue libre. Après l’éviction de Syd Barrett, la majorité des musicophiles ne donnaient pas cher de l’avenir du groupe, qui serait alors resté une petite pépite underground, génitrice d’un unique et exceptionnel album et d’une poignée de singles admirables. Mais A Saucerful Of Secrets a prouvé que l’entité Pink Floyd ne dépendait pas uniquement du flamboyant Syd, et qu’elle était bel et bien vivante. Et avec ce Ummagumma, elle pète carrément le feu.

Il n’y a que peu de rapports entre la musique jouée par le Pink Floyd de 1969 et celle de la formation rock psychédélique 1967. Les seuls reliquats de cette lointaine époque se limitent à deux titres: "Astronomy Domine" et "Interstellar Overdrive". D’une part parce qu’ils jouent encore le premier à l’époque, d’autre part parce que le Floyd a définitivement choisi la voie de l’exploration spatiale : dans le fond, comme dans la forme. Wright ne se contente plus, comme c’était le cas avant, du piano et de l’orgue Hammond : il explore de nouvelles sonorités, nous précipitant vers d’autres mondes; Gilmour barde sa guitare d’effets divers et l’emmène vers des contrées suraiguës ou abyssales ; quant à la section rythmique, implacable, incarnée par Waters et Mason, elle donne aux deux autres toute la puissance nécessaire pour dériver et s’en aller côtoyer les cieux.

Résultat: dès la fin des années 60, Pink Floyd est l’un des groupes live les plus impressionnants. Cela tombe bien, car Ummagumma est composé pour moitié de titres live de l’époque, l’autre partie étant consacrée aux expérimentations studio. Pour ce qui est du live, on nous a gâté : "Astronomy Domine" donc, mais aussi le trippant et terrifiant "Careful With That Axe, Eugene", le cosmique "Set The Controls For The Heart Of The Sun" et le monstrueux "A Saucerful Of Secrets" qui demeure, sur scène, la plus grande expérience floydienne possible. On pourrait dire que ces quatre titres sont supérieurs aux originaux (quoi qu’avec "Careful" on peut difficilement parler d’original), mais ça n’aurait aucun sens, tant ils sont transformés : rallongés, développés en crescendos et multiples rebondissements, poussés jusqu'à leur extrême limite; "Set The Controls...", en studio simple mantra mystique, se mue ici en cavalcade sonique explosant dans le vide interstellaire, puis errant à travers les astres; le même scénario peut s’appliquer à "Astronomy Domine", fusée atteignant des vitesses supraluminiques jusqu'à se consumer dans l’espace, mais utilisant ses dernières forces pour repartir de plus belle...

Obsédant "Careful" où Gilmour murmure un chant qu’on jurerait venir d’une autre planète, jusqu'à ce que Waters surgisse... Mais j’en ai déjà trop dit. Aussi incroyable que soit ce titre, je préfère néanmoins ses versions futures, plus lentes et insidieuses... Et le géant "Saucerful", où la joyeuses cacophonie de la version studio se transforme en pur chaos, guitares hurlant à la mort, claviers pris de folie, gong martelé sans cesse, et la batterie de Mason qui ne faiblit jamais... Le contraste avec la dernière partie n’en est que plus saisissant: beauté pure et mélancolie au sens le plus noble du terme. Il faut écouter le travail des musiciens, donnant tous corps et âme pour contribuer à l’ambiance qu’ils créent à l’unisson... Souvenons-nous de la phrase de Mason : «Notre tout est supérieur à la somme de nos individualités». C’est ce qui ressort de ce live. Alors on pourra toujours leur reprocher de ne pas être des monstres de technique, ça nous évite au moins des démonstrations stériles, qui seraient très mal-à-propos en ce qui concerne la musique du Floyd.

Venons-en au disque studio : chaque membre du groupe dispose d’une demi-face de vinyle pour en faire ce qu’il veut. Chacun son délire, donc. Alors, comme l’a suggéré Mason, le résultat est moins frappant qu’en live, mais peut-être plus barré encore : s’il y a bien un point commun entre tous ces titres, c’est le respect du précepte "no limits". C’est souvent original et délirant, parfois complètement fou, un coup presque ambient, un autre limite bruitiste; un moment mélodieux, un autre atonal. Et surtout: stéréo à fond! Les sons viennent de partout, au casque c’est un vrai bordel, le meilleur étant pour la partie "The Grand Vizier’s Grand Party", qui, exceptée l’intro et l’outro, contient quasi-sept minutes de percussions loopées ou non ; et un coup à gauche, un coup à droite, de plus en plus vite : aucun intérêt musical, et pourtant j’adore.

Wright propose avec "Sysyphus" une suite de treize minutes en quatre parties, axée principalement sur les claviers; faussement rassurante ou carrément inquiétante, sans jamais verser dans le délire pur (quoique...), cette suite est particulièrement inspirée. Waters a droit à deux titres: "Grandchester Meadows", gentille ballade acoustique à peine perturbée par le bourdonnement d’une mouche, et un autre complètement halluciné au nom trop long pour que je prenne la peine de le recopier ici, entièrement composé de bruitages et voix accélérées, et Waters avec tout ça arrive à nous pondre un putain de beat, presque dansant ! Bon, des "morceaux" comme ça, d’autres en avaient déjà fait avant (comme Zappa) mais la tentative est ici plutôt réussie. Et on a même droit à une narration de timbré!

Gardons le meilleur du Studio Album pour la fin: la suite Gilmouresque "The Narrow Way", décomposée en trois parties, la première plutôt tranquille axée sur l’acoustique avec des bruits de slide guitar (mmmh...) en arrière-plan ; la seconde et son riff diabolique et addictif (peut-être bien le meilleur que Gilmour ait jamais pondu) qui se noie dans une myriade de bruitages spatiaux (oui, toujours) ; et la dernière, une chanson (waouh! vous imaginez ça!) de tout ce qu’il y a de plus normal, avec la voix encore doucereuse de David qui nous conte une historiette plutôt axée sur le médiéval-fantastique, enfin qu’importe... Le morceau est bon, c’est cela qui compte.


Au final, Ummagumma est sûrement le disque le plus barré du Floyd, encensé par les amateurs d’expérimentations et de bizarreries en tout genre, rejeté par d’autres qui ne voient pas bien où l’album veut en venir. Ceux pour qui Pink Floyd = "Money" risquent de tomber de haut en écoutant ce double. Conséquence logique: mieux vaut ne pas commencer la découverte du Floyd avec ce disque ; et même, le Floyd de cette période-là : il serait plus sage de se procurer A Saucerful Of Secrets avant de faire le grand saut. Sauf si, bien sûr, vous aimez les disques un peu barrés... Et là, vous allez être servis. Ummagumma, où expérimentation se conjugue avec excellence.


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