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CHRONIQUE PAR ...

19
Thänatøs
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-La Sale Famine de Valfunde
(chant+guitare)

-Neige
(guitare+claviers)

-Indria
(basse)

-Winterhalter
(batterie)

TRACKLIST

1)L'Envol du Grabataire (Ode à Famine)
2)Chute Pour Une Culbute
3)La Fin Del Secle
4)D'un Vilain
5)Condamné à la Pondaison (Légende funèbre)
6)La Césarienne
7)Maleiçon
8)Amour ne m'amoit ne je li
9)Psaume IV
10)Extrait Radiophonique d'Antonin Artaud
11)Folkfuck Folie

DISCOGRAPHIE


Peste Noire - Folkfuck Folie
(2007) - black metal - Label : De Profundis Editions




Formé en 2001, le combo français Peste Noire n'a eu de cesse d'évoluer depuis Aryan Supremacy, sa première démo, tant musicalement qu'idéologiquement. En effet, le groupe affirme qu'ils ne jouent pas de NSBM à proprement parler, mais plutôt une musique servant de pont entre le monde d'En-Bas et le monde d'En-Haut, et entre le sombre passé européen et son présent décadent.


Folkfuck Folie marque malgré son nom un assagissement par rapport à La Sanie Des Siècles - Panégyrique De La Dégénerescence, son prédécesseur. La musique ne part plus dans tous les sens, les compos se font généralement plus courtes (leurs durées varient entre trois et sept minutes) et Famine emploie moins de mots rares et peu usités. Notons au passage que ces qualités sont également les principaux défauts que les nostalgiques trouvent à Folkfuck Folie. Il est temps maintenant de décrire la musique. L'approche de Peste Noire est pour le moins particulière. À la manière d'un Baudelaire, le groupe s'attache à atteindre la lumière et le spirituel en passant par l'immondice dans toute sa splendeur décadente, comme il est précisé dans le livret: «Chercher un rayon divin dans un chiotte, sous les ordures et les déjections, voilà la mission musicale de PN. AU SUBLIME PAR LE PUTRIDE, AU SPIRITUEL PAR L'IMMONDICE, c'est la devise du groupe. [...] PN, c'est aujourd'hui encore ce grand écart entre la scatologie et l'eschatologie.»

Cette approche se retrouve magnifiée par le "raw" black metal mélodique (!!!) que nous offre le groupe. En effet, la musique de Peste Noire se distingue par ses soli, ce qui est une chose rare dans le milieu, ainsi que par des mélodies entraînantes des guitares ou des claviers (peu présents, soit dit en passant). Mais ces composantes sont le plus souvent submergées par la laideur, qui est quant à elle personnalisée par la production et le chant. La première suinte la haine, le dégoût et la maladie par tous ses pores, tout comme le second qui se révèle purulent à souhait tant et si bien que qualifier la prestation de Famine d'honorable serait le plus abject des euphémismes. Ces derniers ancrent profondément cet album dans la tradition black metal, aux côtés de la batterie tantôt martiale, tantôt dévastatrice. Enfin, il y a les paroles qui confirment la tendance passéiste et nostalgique du groupe puisque Famine n'a écrit les textes que de cinq chansons, les autres étant empruntés à des poètes français du Bas Moyen-Âge et des XIXème et XXème siècles.

Passons maintenant aux chansons les plus marquantes. Tout d'abord, il y a "L'envol du grabataire (Ode à Famine)" qui introduit l'album en douceur. La guitare sert des arpèges mélodiques accompagnés des hurlements et des rires possédés de Famine, d'ailleurs ces derniers finissent par s'harmoniser donnant ainsi un résultat des plus intrigants. Le groupe enchaîne ensuite sur trois morceaux directs qui envoient la sauce entre riffs malsain, chant répugnant dégoulinant de haine et batterie furieuse qui sait se calmer quand il le faut ("La Fin Del Secle"). Ensuite vient la chanson la plus longue de l'album, à savoir "Condamné À La Pondaison (Légende Funèbre)" qui révèle un certain côté progressif. En effet le groupe s'étale en longueur, brossant ainsi un tableau varié au cours duquel la musique n'a de cesse de changer de rythme allant même jusqu'à offrir des passages lents et inquiétants comme sur "L'envol du grabataire". Enfin, il y a la « groovy » "Maleiçon" dont l'introduction -extraite des Chants de Maldoror (l'oeuvre de Lautréamont ayant donné son nom à l'émission radiophonique de l'Atrabilaire M.)- se révèle des plus crades et apporte sa pierre à l'édifice passéiste de l'album en étant consacrée aux Anciens Sorciers.


Au final, malgré son côté plus direct, Folkfuck Folie se révèle être un album jusqu'au-boutiste de par l'exigence de sa démarche : l'auditeur ne doit pas avoir peur de se salir et fouler une terre jonchée d'excréments pour y retrouver la magnificence de l'Art Noir du groupe de La Sale Famine de Valfunde. Cet album est donc du genre qu'on écoute en boucle malgré le dégoût qu'il suscite, du genre qu'on adore autant qu'on abhorre, et ce le plus souvent pour les mêmes raisons. Au fond, n'est-ce pas à cela qu'on peut reconnaître un grand album ?


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