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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Andrew
(chant)

-Jason
(basse)

-Craig
(guitare+chant)

-Joshua
(guitare)

-Chris
(batterie)

TRACKLIST

1)Dogfight
2)Give 'Em The Sleeper
3)Brave Reality
4)New Friend Request
5)Gerald Did What
6)I Can See My House From Here
7)Thunder
8)I Say You He Dead
9)Smell Of Summer
10)Tonight Is The Night We Ride

DISCOGRAPHIE


Evergreen Terrace - Sincerity Is An Easy Disguise In This Business
(2005) - hardcore mélodique - Label : Eulogy



Evergreen Terrace arrive tout droit de Jacksonville, en Floride, LA ville qui nous a apporté... Limp Bizkit. Pourquoi est-ce que je me méfie? Allez, c'est déloyal, donnons-leur une chance, ils n'ont pas choisi après tout. Ce groupe s'auto-étiquette hardcore mélodique et ils ont choisi ma foi une approche très personnelle de ce champ, car Evergreen Terrace nous alterne sur cet album de gros passages HxC hurlés old-school à la Biohazard, Barcode et consorts et... des refrains pop-punk estampillés Blink 182 et autres Good Charlotte. Pan, comme ça. Et bien ça alors...

Le pire, c'est que la parenté musicale est évidente à l'écoute des transitions entre les deux registres: hardcore et punk sont parents par nature, la pop musclée (vous savez, le "American Pie-Metal") de MTV est légèrement punkisée dans les enchaînements d'accords... Donc Evergreen Terrace fait ce pont encore pas osé à ma connaissance entre le vraiment méchant et le vraiment gentil. Car là est la surprise chez cette formation: leurs passages thrashcore sont vraiment brutaux. Le growl aigu traditionnel d'Andrew n'est pas adouci par un quelconque effet, et les riffs comme la batterie ne font pas semblant. Un des riffs de "New Friend Request" sonne thrash/death, et est enchaîné à un passage qui emprunte autant à In Flames (twin lead) qu'au Sum 41 des débuts (chant clair, ambiance festive, etc). Car oui, comme les groupes pré-cités Evergreen Terrace a aussi des racines dans le métal et aligne certains plans tirant fortement sur le heavy, comme dans le très court et très bon "Gerald Did What" (!).

Les passages mélodiques ultra-commerciaux sont vraiment déstabilisants au milieu de cette débauche de métal/punk/hardcore pur jus. La prod est d'un style caméléon, ce qui est heureux quand on brasse autant d'influences. Des riffs thrash ou néo qui cognent aux accords en son semi-clair des refrains en passant par le son lead cristallin des soli de guitare (oui!), tout colle. Le batteur dispose d'un son particulièrement efficace: sa grosse caisse cogne sans relâche et sa caisse claire claque comme un fouet. Les toms et cymbales sont très présents également: le mix de Sincerity Is An Easy Disguise In This Business est très bon en général, guitares et basse sont grosses. On voit bien que ce groupe présentant un mariage musical que beaucoup considèreront contre-nature a décidé de mettre tous les atouts de son côté en présentant un album léché et varié histoire d'affirmer son style dans les meilleurs conditions possibles.

Parmi les autres éléments originaux de cette galette on notera la présence de trois morceaux tapant sous les deux minutes et étant très réussis. Ils s'apprécient autant en tant qu'intro pour le morceau suivant qu'en tant que tels. Sur la totalité de l'album le groupe présente une cohérence artistique indéniable, ne laissant jamais l'une de ses composantes prendre le pas sur les autres. Certains titres tapent plus dans le métalcore méchant, et d'autres sont plus orientés pop, alors que la grande majorité sont une fusion. Car sur la longueur de l'album on se rend compte qu'Evergreen Terrace tente çà et là de sortir de la juxtaposition bête et simple. On arrive d'ailleurs à des croisements qui feront hurler les puristes entre rythmiques plombées et chant clair ultra-lisse à deux voix à faire passer Offspring pour un groupe de violence pure. Mais, bon, que dire, c'est... joli?


Oui, je dois me rendre à l'évidence: j'aime bien cet album. Le riff d'entrée dissonant néo de "Tonight Is The Night We Ride", les riffs thrash-hardcore enchaînés au thème heavy-rock et ce refrain putassier au possible, sur lequel on imagine des ados ricains clichesque faire une teuf dans une grande maison vide avec cent trente-cinq personnes qui boivent de la Bud light … raaaah, c'est bon! Qu'est-ce que j'y peux si ça marche? La mélodie qui tue, le riff qui te veut du mal, et l'imparable ballade acoustique pour clore l'album… Il est fortement probable que pour la plupart des gens Evergreen Terrace aura toujours le cul entre deux chaises: les métalleux pur jus trouveront le groupe trop commercial et accessible, alors que les gentils ados rebelles qui aiment Avril Lavigne parce que c'est overbrutal fuiront dès les premiers passages thrash (très vite, donc).

Si vous êtes vraiment ouvert, il se peut que vous appréciiez ce mix improbable entre deux styles musicalement cousins mais éthiquement et culturellement complètement opposés. Moi, j'ai trouvé ça rafraîchissant, très bien exécuté, sans prétention, et au final pas mal du tout.


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