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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 17 février 2009
Sa note : 17/20

LINE UP

-Travis Ryan
(chant)

-Josh Elmore
(guitare)

-Troy Oftedal
(basse)

-David McGraw
(batterie)

TRACKLIST

1)The Gardeners of Eden
2)A Body Farm
3)We Are Horrible People
4)Tooth Enamel & Concrete
5)The Ripe Beneath the Rind
6)The Product Alive
7)In Axetasy
8)Into the Public Bath
9)The Harvest Floor
10)Regret & the Grave

DISCOGRAPHIE


Cattle Decapitation - The Harvest Floor
(2009) - brutal death - Label : Metal Blade Records



Vous aussi, vous aimez un bon steak à l’occasion ? Vous ne crachez pas sur un gros burger généreusement garni en viande ? Les mots rôti, blanquette de veau, jambon, pâté ou encore lard fumé suffisent à vous mettre l’eau à la bouche ? Vous ne concevez pas un repas digne de ce nom d’où seraient absents dinde, poulet ou bavette ? Dans ce cas, vous ne seriez pas amis avec Cattle Decapitation. Vous finiriez probablement découpés en morceaux après avoir beaucoup souffert, et vos restes seraient jetés aux cochons. Eh oui, Cattle Decapitation est un groupe de végétariens revendicatifs.

Il n’y a qu’à voir la pochette, qui sans être gore pour une fois, reste tout à fait explicite. Pour nos Américains, l’homme est une nuisance qu’il faut exterminer. Bah, des artistes végétariens, on en a déjà vu passer des caisses, tels que Heaven Shall Burn, mais aussi (entre autres) Ozzy Osbourne, Brian Adams et même Prince/Love Symbol. Simplement, l’artiste végétarien engagé, quand il fait du death metal, est radical. Il ne s’agit pas de ne plus manger de viande et de se venger sur la salade, les brocolis et le chou-fleur : non, il s’agit bien ici d’éradiquer l’humanité, ainsi les vaches et les poulets pourront enfin se reproduire tranquillement. D’où des paroles tout à fait imagées telles que « Leave no trace – eliminate the human race », « For every life I take, an ecosystem I create », « The "most intelligent" creatures on the planet - An advanced civilization, which says nothing at all… » Voila pour l’ambiance, finalement pas si différente de n’importe quel disque de Napalm Death ou de Deicide.

Et ça tombe bien, parce que musicalement, on s’y retrouve un peu également. Cattle Decapitation s’éloigne du grind pur et dur pour se concentrer sur du brutal death puissant, technique et ravageur. Gravity Blast, sweep chaotique, riffs hypersoniques : toutes les composantes y sont, y compris la plus importante d’entre elles : la puissance. Cattle Decapitation se permet en plus le luxe d’être original, varié et ambitieux, et mine de rien, ça change tout. Loin de faire partie de ces groupes qui alignent les plans et les blasts d’un air blasé, Cattle Decapitation fait preuve sur The Harvest Floor d’une audace rafraichissante en variant le propos sans jamais avoir peur de s’éloigner du sujet. Le premier titre en est un excellent exemple, avec ce riff mélodique et triste sur lequel Travis Ryan pose son growl énorme, sortant du tréfonds de son organisme, et gueule sa haine de la race humaine.

Travis Ryan est sans conteste l’un des points forts du groupe. Situé entre Barney Greenway et Glen Benton, il est le véritable pivot autour duquel le groupe s’articule. Souvent doublé avec des hurlements (méthode classique de nos jours), il parvient à faire monter d’un cran la violence déjà palpable du groupe et n’hésite pas à utiliser une scansion rapide (sur "A Body Farm" ou "Into the Public Bath", par exemple) rappelant là encore le chanteur de Deicide. Toujours plus surprenant, le titre éponyme "The Harvest Floor" est une instrumentale d’ambiance, avec chant féminin et atmosphère brumeuse à la My Dying Bride, qui s’enchaine avec le dernier titre "Regret & the Grave" et son violoncelle. Cattle Decapitation n’hésite donc pas à illustrer son propos avec des méthodes pas toujours très courantes dans les milieux extrêmes, et c’est indéniablement une valeur ajoutée.

Malgré ses airs profondément misanthropes, Cattle Decapitation parvient à faire preuve d’un humour très cynique et grinçant, dans lequel transpirent tout de même un profond malaise et une haine viscérale de l’humanité. Il n’y a qu’à lire les paroles de "Into the Public Bath", écouter les bruitages et les effets étranges de "The Ripe Beneath the Rind" pour rentrer dans l’univers du groupe, noir, sanglant et violent. On y retrouve des éléments issus de l’héritage de Carcass (eux aussi végétariens), à savoir des termes médicaux et de longues descriptions de tortures ("In Axestacy"). Mais à se contenter de la musique, on peut aussi y trouver son compte. Cattle Decapitation n’oublie pas qu’ils font avant tout de la musique, quelles que soient leurs revendications. Celles-ci y trouvent d’ailleurs plus de force, boostées par un brutal death haut de gamme, bien loin du grind/punk basique souvent de mise dans ce genre d’idéologie.


The Harvest Floor est un très bon album, puissant et racé, varié mais homogène, ambitieux et intelligent. Évidemment, les âmes sensibles seront comme de coutume effrayées par une telle débauche de violence et de haine, mais les amateurs de brutal death se réjouiront que 2009 commence sous de tels auspices. Allez, je vais me faire une bonne grosse escalope, je compte sur votre discrétion, hein.


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