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CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
Cette chronique a été mise en ligne le 10 février 2009
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jus Oborn
(chant+guitare)

-Tim Bagshaw
(basse)

-Mark Greening
(batterie)

TRACKLIST

1)Vinum Sabbathi
2)Funeralopolis
3)Weird Tales
I. "Electric Frost"
II. "Golgotha"
III. "Altar of Melektaus"
4)Barbarian
5)I, the Witchfinder
6)The Hills Have Eyes
7)We Hate You
8)Dopethrone

DISCOGRAPHIE


Electric Wizard - Dopethrone
(2000) - doom metal stoner psychédélique - Label : Rise Above



Avant-dernier album avant un regrettable changement de line-up, Dopethrone est un peu l’aboutissement d’une carrière consacrée à la lenteur, la lourdeur, la drogue et la misanthropie. Rien de très choupinou là-dedans donc, puisqu’il faut aussi ajouter un goût certain pour la répétition et l’absence totale de nuance et de variété. Mais si vous êtes un true stoner/doomster, tout cela ne pourra décemment pas vous effrayer, et devrait même susciter l’admiration béate.

Pour ceux qui débarquent, Electric Wizard, c’est « the heaviest band in the universe ». Et Dopethrone, c’est la pierre angulaire du doom nouveau, celui fraîchement cueilli dans le sud de l’Angleterre, et qui sera plus lourd, plus lent, plus drogué que tous les autres. Par conséquent, le résultat obtenu sera un album incroyablement dense et monolithique, à explorer par strates successives – n’ayant rien d’autre de plus à proposer que les aspects cités précédemment. Il fallait bien préciser cela, car un coup d’œil au listing des titres et à leurs durées aurait pu avoir de quoi faire bondir les fans hardcore : comment donc, monsieur, pas moins de deux chansons de moins de six minutes ? Hérésie ! Scandale ! False, untrue & wannabees ! Remboursez, clameront à corps et à cris amateurs éclairés de cette musique si délicate. Fort heureusement, un simple coup d’œil aux titres de chansons mentionnées rassurera les plus sceptiques.

Ainsi, le premier s’intitule “Vinum Sabbathi” (du latin et le mot « sabbath », ce qui est doomissimo, vous en conviendrez) et l’autre, “We Hate You” (tiercé gagnant de mots valant plus qu’une quinte flush) À ces réjouissances annoncées s’ajouteront de lourdes références au monde de l’occulte et à Lovecraft, et le tout semble délicieusement parti. Alors, d’aucuns pourraient trouver cet album un tantinet compact, voire, un poil hermétique, et donc qu’il serait difficile de « rentrer dedans », comme on peut dire avec trivialité. Seulement, le truc, c’est qu’il suffit juste de lancer le disque, attendre la fin du petit sample parlant de satanisme et se laisser écraser par le bulldozer ronflant de soixante et onze minutes qui vient de démarrer. Commence donc une belle promenade qui ira au-delà du lourd, guidée par des riffs seventies, mais toujours « evil » joués par un duo de tronçonneuse qui n’ont même pas la force de tourner à plein régime – pas besoin de « rentrer dedans », le rendu sonore est assez immersif en lui-même pour éviter tout effort. Et si jamais ça va un peu trop vite à votre goût, attendez qu’il y a un break pour que le groupe ralentisse la cadence, histoire de se remettre de ses émotions.

Difficile de vraiment décrire ce qu’on pourrait entendre dans ce Dopethrone sans faire de métaphores forcement inexactes. Toutefois, l’idée d’un bain de minuit raide mort dans un marécage nauséabond au soir d’Halloween s’approche assez bien de ce que peu évoquer l’album. Les éléments de psychédélisme ultra-sombre (le final de “Funeralopolis” et de “Barbarian”, ou encore les nombreux instants jams comme sur l’épique et lovecraftien “Weird Tales” ou “I, the Witchfinder”) aident à rendre vivant –façon de parler - ce gros bloc brut et massif qui ne peut être pris dans son ensemble que comme un monolithe noir et suintant. Sinon, on reste en terrain relativement connu, et le groupe ne change pas une recette déjà à peu près gagnante. L’atout véritable de Dopethrone et qui fait toute la différence, au-delà d’un sens du riff assez redoutable qui manque chez tant d’autres, c’est cette épaisseur proprement hallucinante du son. La production est clairement sous influence seventies, mais atteint des niveaux d’énormité assez peu égalés jusqu’à présent.

Lorsque basse et guitare ronflent de concert, l’auditeur est littéralement atomisé par une coulée de boue d’une densité qui ne mollira pas un instant. La batterie s’intègre assez bien dans ce bordel cthulhien donnant une idée de la structure rythmique, lorsque certains passages joués particulièrement graves (les petits filous aiment s’accorder en La, ou Sol, voire plus bas) noyés dans la saturation baveuse finissent par manquer un peu de clarté. Et bien sûr, loin loin derrière tout ça, au travers du brouillard essaie de nous atteindre la voix geignarde de Jus Oborn qui est soit très en colère, soit clairement défoncé, soit horrifié par des choses indicibles, soit les trois en même temps. Il faut au moins ça pour retenir l’attention de l’auditeur les fois où un morceau dépassera les huit minutes. Inutile de dire qu’il faut se sentir d’humeur pour s’enquiller le disque en intégralité, le voyage de “Funeralopolis” jusqu’aux termes des dix minutes du “Dopethrone” pouvant se faire pesant, et ce n’est pas “The Hills Have Eyes”, petite transition de moins d’une minute, un peu moins glauque que tout le reste qui pourra y faire quelque chose.


Incontestable réussite dans son genre, Dopethrone reste le monument cyclopéen à ce jour inégalé du groupe. Tout est gros, gras et en abondance, et Electric Wizard peinera à retrouver ce moment de grâce désespéré à travers leurs albums suivants. Réussir à venir à bout de l’objet laissera à l’auditeur l’occasion d’appréhender une variation nucléaire de ce que doit donner Master Of Reality joué à un tiers de sa vitesse initiale.


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