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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 05 février 2009
Sa note : 8/20

LINE UP

-Vorph
(chant+guitare)

-Makro
(guitare)

-Mas
(basse)

-Xy
(claviers+programmation)

TRACKLIST

1)Under One Flag
2)Virtual War
3)Polygames
4)Earth Country
5)Illumination
6)Black Hole
7)In There
8)Dark Side
9)God's Snake
10)On the Top of It All

DISCOGRAPHIE

Worship Him (1991)
Blood Ritual (1992)
Ceremony Of Opposites (1994)
Rebellion (1995)
Passage (1997)
Exodus (1998)
Eternal (1999)
Reign Of Light (2004)
On Earth (2005)
Era One / Lesson In Magic 1 (2006)
Solar Soul (2007)
Above (2009)
Antigod (2010)
Lux Mundi (2011)

Samael - Above
(2009) - black metal electro - Label : Nuclear Blast



Les Taoïstes le savent bien : tout est affaire d’équilibre entre le Yin et le Yang. Samael, groupe mystique s’il en est, ne peut pas non plus l’ignorer. Ont-ils eu la sensation d’avoir dernièrement trop penché vers le Yin, représentant le féminin et l’introversion ? Solar Soul et à plus forte raison, Era One et Lesson In Magic étaient-ils trop calmes ? Car on le constate dès les premières secondes, Above est délibérément sous le signe du Yang, la rapidité, la violence et la masculinité. Un sacré changement d’approche, nouveau déséquilibre, mais malheureusement pour nos Suisses, pas aussi heureux qu’on aurait pu l’espérer.

« Le chainon manquant entre Ceremony Of Opposites et Passage »…voila comment Vorph annonce l’album sur internet. Comment ne pas sentir son petit cœur sensible de fan – qui déjà s’affole à chaque nouvel album du groupe – s’agiter et frémir d’impatience en lisant ces lignes ? Nous ne referons pas l’historique de Samael, car vous connaissez sans doute déjà par cœur leur évolution – et si ça n’est pas le cas, vous êtes priés de sauter dans vos baskets, de vous diriger vers le disquaire le plus proche et d’acquérir Ceremony Of Opposites, Passage et Eternal (pour commencer). Après une lente mais inexorable dérive qui éloignait le groupe du métal extrême pour le rapprocher du métal électronique – voire de l’électro tout court – voici le grand retour de Samael dans le giron du métal extrême. Plus violent que tout ce qu’ils ont pu produire par le passé, plus cataclysmique et énervé que jamais.

Ca commence directement avec "Under One Flag", et la messe est dite. Le tempo est très élevé et pour la première fois de l’histoire du groupe, le blast-beat a une place de choix dans l’écriture des morceaux. Même les débuts plus black du groupe ne nous avaient pas préparés à ça. L’autre choc pour l’auditeur féru et connaisseur du groupe, c’est la production. Extrêmement agressive, presque dans le mauvais sens du terme, tant la puissance mise en avant rend le propos difficilement audible. La batterie est au premier plan, les guitares très saturées (presque brouillonnes), la basse et le synthé noyés là-dedans et la voix de Vorph en retrait, constamment saturée, se réduisant à un cri quasiment continu dans le fond du mix. Quand on sait l’importance du chant de Vorph dans ce qui a fait la réputation de Samael, la déception est un peu amère…

Mais ce qui manque le plus dans tout cela, c’est cet indéfinissable aspect de Samael qui lui donnait tout son charisme, qui en faisait un groupe unique, et qui lui donnait sa « classe ». Quasiment aucun moment de calme, ce groove qui marchait si bien sur Solar Soul absent au profit d’une batterie survoltée, aux sonorités très proches d’une vraie – exit le côté électro – et des compositions desservies par une production où le synthé, véritable icône de l’identité du groupe avec la voix, se fait étonnamment discret. Les titres ont bien du mal à se détacher les uns des autres tant le tempo ne varie que trop peu. Les contrastes qui donnaient à Samael sa marque de fabrique ont disparus au profit d’une rapidité d’exécution presque fatigante. Quant aux éléments orientaux/arabisants que le groupe (et ses fans) appréciaient tant, ils ne sont plus de la partie.

Et pourtant, dans certaines compositions, il est possible de retrouver un peu de la Samael’s touch. "On the Top of It All", "Polygames", le riff de "Black Hole" ou l’introduction de "In There", autant de moments qui ne font pas douter que ce disque est bien l’œuvre de Samael. Mais où sont passés les côtés mystiques du groupe ? La voix posée, voire parlée par moment, de Vorph qui faisait frissonner l’auditeur sur "Jupiterian Vibes", "Nautilus and Zeppelin" ou encore "Quasar Waves" ? Où est le synthé emphatique qui donnait tout son relief à "A Man in Your Head", "Ave!" ou "On Earth" ? Tout cela a été sacrifié sur l’autel d’un retour aux sources, maladroit dans la réalisation mais qui faisait saliver dans l’intention. Samael montre donc un nouveau visage surprenant mais infiniment moins percutant, malgré la hausse du ton et de l’agressivité.


Dire qu’un album de Samael est décevant est un crève-cœur pour votre serviteur qui ne le fait pas de gaieté de cœur, tant les Suisses ont – presque – toujours su évoluer en se bonifiant, sans avoir peur de la critique ou que les fans ne les lâchent (même si certains l’ont fait), n’écoutant que leurs envies et leur instinct. Nul doute qu’ici encore, la démarche fut similaire, mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances.


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