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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 03 février 2009
Sa note : 11/20

LINE UP

-Guillaume Codina
(chant)

-Stephan Biron
(guitare)

-Christophe Auger
(guitare)

-Sylvestre Evereaert
(basse)

-David Ruh
(batterie)

TRACKLIST

1)Come to Mystria
2)The Pact
3)Demon Eyes
4)The Curse
5)Treason
6)The Dark Crusade
7)Last King
8)Nightmare
9)The Witch
10)Wickedness
11)World of the Outside
12)Visions of You

DISCOGRAPHIE


Mystria - The Dark Crusade
(2009) - heavy metal speed metal - Label : Underclass



Ces derniers temps, la scène metal française s'est réveillée et de plus en plus de groupes parviennent à franchir le cap du premier album, au bout d'un parcours plus ou moins chaotique. Dans le lot, pas mal de groupes d'extrême, mais encore assez peu de groupes de heavy. C'est dans ce créneau que Mystria tente sa chance, quelque part entre la fougue du Blind Guardian des débuts, la science de la mélodie vocale de Nightmare et le côté épique d'un Manowar. Recette difficile, mais pas inintéressante…

Dans un élan de générosité, Underclass Records nous a envoyé le livret en plus du CD promo. Un joli geste, mais qui risque de se retourner contre Mystria, au vu des nombreuses approximations présentes dans ce livret. Déjà, ça commence fort dès la première ligne, avec un magnifique « Codina Guillaume : singuer ». Ouch ! Tout y passe : la typo changeant au petit bonheur la chance (certains noms en majuscules, d'autres en minuscules), d'innombrables fautes d'anglais dans les paroles (genre « You must do your last priest »…), l'ordre des chansons non respecté, une drôle de manie de citer les noms avant les prénoms (pas très naturel de remercier « Rousset Phil »)… C'est dommage de se décarcasser pour sortir un album et de se tirer une balle dans le pied avec un produit fini qui atteint un rare niveau d'amateurisme… Bref, avant même de glisser le CD dans la platine, Mystria part déjà avec un certain passif à combler, et il va vraiment falloir un début en fanfare pour rattraper ça.

Sur ce point, pas de problème, et Mystria va même bien au-delà de nos espérances. The Dark Crusade commence en effet par une véritable bombe, "Come to Mystria". Le secret de ce titre : un bon vieux screaming des familles d'entrée de jeu (ça fait toujours son petit effet) ; un tempo assez inhabituel et assez groovy, qui nous change de la sempiternelle double pédale ; un enchaînement de plusieurs très bonnes mélodies, notamment celle du refrain, très forte ; et surtout une idée de génie : ce pattern de batterie tout en retenue sur le refrain. En quoi est-ce si génial ? Parce que du coup, quand David Ruh finit par lâcher les chevaux, l'accélération est totalement jouissive, sublimée par les cris suraigus de Guillaume Codina (très gros potentiel chez cet homme-là). Voilà pour un début étincelant, rapidement confirmé par l'excellent "The Pact", un titre bien speed qui lorgne sur les premiers Blind Guardian. On notera les traditionnels « oh oh oh » sur la fin, un passage obligé très réussi.

Difficile néanmoins de s'enthousiasmer sur toute la durée de l'album, tant certains défauts s'avèrent gênants à la longue. Premier écueil, la production. Le groupe s'est retroussé les manches, et on imagine qu'il a dû avant tout composer avec les moyens du bord. Résultat, un son assez brut, qui n'a que peu à voir avec les canons de la production actuelle. S'il ne fait pas de mal de retrouver un peu d'authenticité après toutes ces années de production trop typées (style Finnvox ou Charlie Bauerfeind), le rendu des guitares s'avère extrêmement moyen et constitue un véritable handicap pour Mystria. Les soli, surtout lorsqu'ils lorgnent sur le shred, sonnent de façon assez brouillonne. Malheureusement, ce défaut se retrouve également sur certains riffs, comme sur "Last King" qui sonne presque comme une démo. En revanche, le mixage est dans l'ensemble plutôt réussi (malgré une batterie légèrement en retrait), mettant le chant bien en valeur.

Autre point noir de The Dark Crusade, la tendance du groupe à compliquer artificiellement ses morceaux. Certains titres s'apparentent plus à un collage grossier de plans sans rapport entre eux qu'à de véritables chansons. Souvent, il ne s'agit que d'un ou plusieurs passages incongrus (le plan inutile de 2:10 à 2:25 dans "The Curse" ; la fin « théâtrale » de "Nightmare" ; l'harmonie à 2 guitares qui sonne terriblement faux de "The Witch"), mais il arrive aussi que toute la chanson soit construite comme la Tour de Pise. C'est le cas de "The Wickedness", sur laquelle les Montpelliérains se paient le luxe de sous-utiliser un riff de première main en le noyant dans une structure sans réelle direction. Dommage, car Mystria s'en sort très honorablement lorsqu'il va droit au but. Un riff qui tue (même classique), un tempo qui claque, un refrain efficace : il faut parfois se tenir aux fondamentaux du heavy, ce que Mystria a parfaitement su faire sur "Treason" par exemple.


Des approximations indéniables, mais aussi de très belles promesses : voilà une phrase bateau assez habituelle pour un premier album, mais qui a le mérite de bien résumer The Dark Crusade. A chacun de voir quelle partie de la phrase il retient en priorité, mais en ce qui me concerne, ce sera la seconde. Allez les gars, on se remet au boulot, on se concentre un peu plus sur le son, on enlève un peu de gras, et surtout on ressort des bombes du calibre de "Come To Mystria", "Treason" ou "Visions of You". Moi j'y crois !


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