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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 11 janvier 2009
Sa note : 14/20

LINE UP

-Michael Borcard
(saxophone+claviers)

-Cyril Chal
(basse)

-Timothée Cervi
(batterie)

+ guests:

-Michael Schindl
(voix)

-Matthieu Mangola
(voix)

-JP Schopfer
(samples)

TRACKLIST

1)Mercure
2)Ad Lib
3)Ex Cave
4)Kernel Panic
5)Noire
6)Endeavour
7)Moose
8)Highly Wicked
9)Bore
10)Stase
11)Lochness

DISCOGRAPHIE


Lilium Sova - Tripartite Chaos
(2008) - barré instrumental - Label : Sigma Cal Of Ror



Il est de ces musiques qui prennent un malin plaisir à baigner l’auditeur dans l’inconfort, le malaise, une sphère de frustration permanente où il est impossible de parvenir à ces fins. Comme dans ces rêves nocturnes où la créature lascive drapée de noir qui vous attend dans la pénombre vous est arrachée au dernier moment, vous préparant à l’inéluctable réveil enfiévré, Lilium Sova, en onze vignettes noires comme le jais, se plaît à vous faire rouvrir l’œil au moment le moins opportun…

Triumvirat genevois qui s’appuie sur une formation basse-batterie-saxophone – avec des nappes de claviers de-ci de-là pour poser l’ambiance – Lilium Sova nous jette ce premier album en pleine face, comme une carte de visite maudite n’ayant qu’un but : nous faire courber l’échine. Pas de répit mélodique ou de décontraction à l’horizon, les moments d’accalmie ne servent qu’à prolonger le frisson ou nous laisser pantelant devant les carcasses encore fumantes que le groupe vient de semer. Et quand ça s’emballe, mieux vaut s’écarter de leur route : basse grondante et batterie cinglante auront tôt fait de vous éclater la tête contre le sol, et bien que le saxophone ne se perde pas en barrissements dissonants comme on aurait pu l’attendre sur ce type d’exercice, le son râpeux, presque écorché qui le caractérise ici ne le rendra pas plus sympathique à nos oreilles. Oui, nos trois suisses sont des sadiques… mais pas des abrutis, car ils ont bien compris que cet assaut frontal ne saurait perdurer trop longtemps. En moins de trente minutes l’affaire est pliée, et ce n’est pas plus qu’il n’en faut.

Attention toutefois à ce que cette description, couplée au nom trompeur de l’album (Tripartite Chaos) ne vous mène à classer dans l’affaire dans le répertoire « souk désorganisé par trois gugusses qui ont laissé tourner les bandes pendant qu’ils cherchaient à faire le maximum de bruit », vous feriez fausse route. Si ces morceaux sont le résultat de nombreuses heures d’improvisation, le résultat sur disque paraît réglé comme du papier à musique : si nous ne savons pas où Lilium Sova s’apprête à nous emmener, eux en sont parfaitement conscients, et le voyage sera changeant : passant par des brûlots aussi courts que rageurs ("Moose") à des constructions plus alambiquées rappelant autant Don Caballero ("Kernel Panic") que King Crimson dans ses moments les plus abrasifs ("Ad Lib"), Michael Borcard faisant parfois sonner son saxophone comme un instrument à cordes ! Mais le groupe impressionne lors des sections les plus évaporées, qui sont également les plus inquiétantes… le bien-nommé "Noire" est à ce titre la gemme de l’album tant elle exploite l’atmosphère nauséeuse qui se dégage ce cette stase apparente. Elle est la preuve d’un travail sonore assez remarquable, tout comme le titre de clôture "Lochness" qui nous plonge en eaux troubles sans garantie d’en percevoir la surface. Beau travail.


Il n’y a évidemment aucune obligation à endurer cette fièvre instrumentale qui revendique son absence totale de compromis et dont le nom seul sonne comme un avertissement. Mais ceux pour lesquels l'angoisse et l’agression sont les mamelles du destin trouveront leur petit coin de « paradis » dans ces vingt-sept minutes corrosives. Mettez-vous donc au malaise, mon cher, le cauchemar va bientôt commencer…


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