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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 16 décembre 2008
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Legion
(chant)

-Joinus
(guitare)

-Tomas Nilsson
(guitare)

-Carl Stjärnlöv
(basse)

-Emil Dragutinovic
(batterie)

TRACKLIST

1)Mask of Virtue
2)Assailant
3)The Unspoken
4)Saintbleeder
5)I'm the Pariah
6)God to the Illfated
7)Summerdeath
8)South of Halo
9)Awaiting Doom
10)When the Vultures Have Left

DISCOGRAPHIE


Devian - God To The Illfated



En général, sortir un deuxième album si vite après le premier, c’est comme courir aux WC après un repas exotique : c’est mauvais signe, et ce qu’il sortira de là a de bonnes chances d’être nauséabond. Ou alors, pour persévérer dans l’analogie digestive, on aura droit à une substance quasi identique à ce qui a été ingéré – en moins ragoutant - vu le court laps de temps entre les deux évènements. Les groupes habitués au rythme d’un album par an sont rarement ceux qui sortent des chefs-d’œuvre. Mais quand on a du talent, voyez-vous…

…et justement, Devian en a, du talent. Legion semble tellement revigoré par sa sortie de Marduk qu’il ne peut s’empêcher de manifester son enthousiasme en se fendant donc de God To The Illfated, un peu plus d’un an après le très bon Ninewinged Serpent. Comme on pouvait s’en douter, la recette n’a pas changé, ou si peu. La production est assez proche, même si cette fois c’est le talentueux Peter Tägtgren (Pain, Hypocrisy) qui s’est chargé du mix au studio Abyss (que Legion connait bien aussi, vu qu’il y a déjà été pour enregistrer du Marduk). Devian se situe donc toujours à ce niveau là dans un mix de black (guitares criardes mais compactes) et de heavy (batterie claire et agressive), le tout dégageant une puissance non négligeable. Toujours très carré, sans fioriture, Devian propose un album à la production brute et propre, et persiste et signe dans son refus de la facilité – à savoir, singer Marduk et son héritage.

Car Devian, s’il ne révolutionne rien du tout, est en passe de devenir un groupe à l’identité propre et marquée, ce qui est bien souvent le signe du talent – et parfois du succès. God To The Illfated reprend donc là où Ninewinged Serpent s’était arrêté. Le line-up n’a pas changé (à part l’arrivée d’un bassiste de session), Emil Dragunovic (lui aussi ex-Marduk) est toujours aux percussions, avec un jeu toujours aussi sec et agressif, même si beaucoup moins hystérique que dans son ancienne formation. Les blast-beats se comptent sur les doigts de la main sur les dix titres que compte l’album, Devian préférant une approche plus heavy-metal agressif. Toutefois, cela n’empêche pas Devian de se positionner dans l’extrême, le mérite en revenant en grande partie - outre la production - au chant toujours aussi génial de Legion. Pas de concession, on retrouve l’ex-frontman de Marduk en excellente forme, toujours aussi violent et inspiré dans ses hurlements. Malgré tout, Devian reste absolument tout public (nous nous comprenons, n’est-ce-pas), parvenant à parsemer une fois de plus sa musique de moments tout à fait savoureusement catchy.

Commençons par la chanson-titre et son refrain mémorable, headbanguant à souhait, avec toujours ce talent que possède Legion pour scander ses paroles de façon si efficace. Toujours aussi ancré dans la mélodie, Devian en fait son fer de lance sur des titres comme "Awaiting Doom", "South of Halo" ou encore "Assaillant" et son lick presque neo-classique. On trouve également des passages plus reposés, quasiment mystiques, comme sur "I’m The Pariah" ou le très heavy "Summerdeath" qui s’ouvre sur un riff typiquement heavy-metal mais qui s’achève dans une ambiance torturée avec ce riff amené de main de maitre. Autre signe que Devian n’est pas décidé à s’assagir : la jolie intro instrumentale qui ouvrait Ninewinged Serpent laisse la place à un Legion a capella sur "Mask of Virtue", opener redoutable et incisif. Par contre, on regrettera le longuet "When the Vultures Have Left" qui clôt l’album sur une note mitigée avec son intro cheap à l’orgue et un finish un peu longuet. Reste que se dégagent de l’ensemble une sacrée patate et une délicieuse odeur de soufre rappelant à l’auditeur ignorant le passé démoniaque des maitres d’œuvre de Devian.


Gageons que, comme son prédécesseur, God To The Illfated ne fera pas l’unanimité. Les anciens fans (repentis ou toujours actifs) de Marduk n’auront pas leur dose de blast-beat et regretteront sans doute l’ambiance irrévérencieuse qui s’en dégageait – ici, les crucifix sont peut être religieusement retournés, mais au moins on ne se les insère pas n’importe où. Sans être une surprise, cet album confirme le statut de Devian comme prétendant au titre. Jamais deux sans trois, dit-on : rendez-vous dans un an ?


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