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CHRONIQUE PAR ...

6
Lord Henry
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 14/20

LINE UP

-Timo Kotipelto
(chant)

-Timo Tolkki
(guitare)

-Jari Kainulainen
(basse)

-Jens Johansson
(claviers)

-Jorg Michael
(batterie)

TRACKLIST

DISQUE 1

1)Forever Free
2)The Kiss of Judas
3)Father Time
4)Distant Skies
5)Season of Change
6)Speed of Light
7)Twilight Symphony
8)Holy Solos

DISQUE 2

1)Visions (Southern Cross)
1)Will the Sun Rise?
2)Forever
3)Black Diamond
4)Against the Wind
5)Paradise
6)Legions

DISCOGRAPHIE

Fourth Dimension (1995)
Episode (1995)
Visions (1997)
Visions Of Europe (1998)
Destiny (1998)
Infinite (2000)
Infinite (2000)
Polaris (2009)
Elysium (2011)
Nemesis (2013)

Stratovarius - Visions Of Europe



Peu de temps après le splendide Visions, Stratovarius fait parler de lui à nouveau en se fendant d'un live dont l'enregistrement n'avait pas été prévu à l'origine de la tournée. Restituant en majeure partie des extraits de shows athéniens et milanais, Visions Of Europe transpose comme il se doit en version brute de décoffrage un petit pot-pourri des meilleurs titres de Stratovarius, à l'époque encore digne représentant du speed, et exempt des anecdotes grotesques qui ont terni sa réputation quelques années plus tard. Après la sortie de ce qui reste sans aucun doute la clé de voûte de la discographie du groupe, et de loin son meilleur opus, Visions, le moment était bien choisi.

Stratovarius est de toutes les manières un groupe de scène. Les musiciens n'ont aucun mal à retranscrire fidèlement en live l'esprit des morceaux originaux. Les pains sont rares, minimes, mais audibles, aucunement retouchés en studio, témoignage de cet instantané de musique live, qui ne fait que solliciter notre clémence. Pour autant, Visions Of Europe est bel et bien overdubbé - selon le propre aveu du groupe; il est bien difficile en effet de le déceler à l'oreille - pour pallier quelques cafouillages de capture de son, notamment sur les shows de Milan; soit sur les titres "Season Of Change" et "Legions". Aucune incidence notable, cet album a toute l'énergie et les tripes d'un bon live. Chaque zicos est bien en place, et quoiqu'on en dise, chacun est très au fait de son domaine: Jens Johannson, aux claviers, excelle tant en interprétation qu'en improvisation, un talent jalousé par un grand nombre, dont beaucoup se sont inspirés, mais trop souvent occulté, dans l'image publique de l'ex-Malmsteen, par une large propension à facétier plus que de raison. Dommage.

Timo Tolkki, guitariste schizophrène et tête à penser du groupe, shredde comme pas permis, rappelant également de ce fait, Yngwie Malmsteen, mais sait aussi titiller la corde sensible par des leads et des arpèges magnifiques. Jari Kainulanen, le discret bassiste, donne dans le hautement technique, tandis que son compère Jorg Michael effectue derrière ses fûts son travail - hyper-mécanique et peu subtil, certes - de frappes monstrueuses et de rapidité. Quant à Timo Kotipelto, sa prestation est très régulière; il faut aimer ce style de chant, souvent suraigu, mais les prouesses de studio lui semblent indéfiniment réitérables. Et ça, foi de Lord Henry, c'est quand même la classe.

Trêve d'éloges pompeux, vous aurez compris qu'il y a peu à redire sur l'interprétation. Le problème de ce live, et c'est aussi le problème majeur de Stratovarius, c'est l'inspiration. Les plans composés par Timo Tolkki sont bons, et souvent exigents techniquement, mais bien peu variés. Les structures des morceaux sont péniblement redondantes. On comprend mieux pourquoi le groupe n'a réussi qu'à accrocher réellement un public sur deux - voire trois - albums: Episode, Visions bien sûr, et Destiny. Ce défaut est palpable sur ce live, alors qu'un tel disque est justement censé éviter, car puisant à l'instar d'un best-of sur plusieurs sources sa track-list, la compacité des efforts studio. Pour être plus précis: toutes les chansons ici présentes sont bonnes, concevons-le, mais finissent au fur et à mesure des écoutes par toutes se ressembler, pour au bout du compte devenir insignifiantes. Cela est surtout vrai pour les titres rapides, le fonds de commerce du groupe. Qui, en 2005, bande encore sur "Speed Of Light", "Will The Sun Rise", "Against The Wind" ou "Legions"?

En revanche, quand Stratovarius s'écarte un poil de cette voie, ça peut devenir assez fabuleux. "Twilight Symphony", par exemple, lorgne vers le progressif, une bien belle pièce mid-tempo emplie de breaks, conclue par un solo de Tolkki simple mais imparable. Tout coule de source, et quand le groupe est aussi inspiré, on ne peut qu'être d'accord. "Season Of Change" est peu ou prou du même acabit, ralentissant encore davantage le tempo et laissant Timo Kotipelto sur une mélodie descendue des cieux. Ou bien encore l'épique et mouvementé "Visions", qui condense tout le savoir-faire de Stratovarius en onze minutes: rapidité, virtuosité, technique, mais aussi mélodie, feeling et ambiance. LE grand moment du disque, et en concert cela doit valoir son pesant d'élastiques. Quant à la ballade "Forever", inoubliable, elle a fendu le coeur de bien des métalleux. Et elle surpasse facilement ainsi interprétée son pendant studio.


Sans plus épiloguer, Stratovarius atteint avec Visions Of Europe à la fois son apogée et ses limites. Quiconque souhaite connaître le groupe y trouvera un florilège des plus fédérateurs de leurs morceaux, mais aura vraisemblablement appuyé sur "skip" plusieurs fois entre la première note de "Forever Free" et la dernière de "Legions". Sonata Arctica ou Edguy, sans doute moins techniques mais plus inspirés, n'ont eu dès lors aucun mal à supplanter le groupe, qui demeure malgré tout aujourd'hui "culte", vraisemblablement grâce à un seul album. Mais pour y illustrer avec tant de grâce des extraits de l'album en question, Visions Of Europe vaut tout de même le coup d'oreille. S'il y en a deux, c'est Visions et celui-ci.


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