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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 02 décembre 2008
Sa note : 13/20

LINE UP

-Ken Sorceron
(chant+guitare)

-Ashley Jurgemeyer
(claviers)

-Tommy Haywood Jr.
(basse)

-Trym Torson
(batterie)

TRACKLIST

1)I
2)The World Beyond
3)Acolytes
4)A Thousand Suns
5)Into the Ashes
6)Smoke and Mirrors
7)A Semblance of Life
8)Empyrean : Into the Cold Wastes
9)Floods
10)The Departure

DISCOGRAPHIE


Abigail Williams - In The Shadow Of A Thousand Suns



Un peu comme ces concrétions rocheuses se formant par accumulation de calcaire, les promos sont de deux types. Il y a celles qui, tels des stalagMites, Montent, et d’autres au contraire comme des stalacTites, Tombent. Lors d’une première écoute, il arrive que l’auditeur soit peu emballé, voire déçu. Mais avec le temps, il peut arriver qu’il parvienne à pénétrer dans l’univers musical de l’artiste et – pour diverses raisons – se mettre à l’apprécier. Telle la stalagmite, donc, l’œuvre monte dans l’estime de l’auditeur. L’autre catégorie, vous l’aurez deviné, suit le cheminement inverse.

Et malheureusement pour eux, les américains d'Abigail Williams appartiennent à cette dernière. La première écoute d’In The Shadow Of A Thousand Suns est très prenante. On découvre un black-metal symphonique classieux, violent et bien emmené, qui rappelle en vrac Dimmu Borguir, Anorexia Nervosa ou encore Emperor. Un piano grandiloquent et très présent donne au groupe à la fois une identité marquée et une élégance un poil prétentieuse. Mais au fur et à mesure des écoutes, Abigail Williams montre son vrai visage, à savoir celui de groupe pas toujours très inspiré et n’hésitant pas à cannibaliser ses influences – Dimmu Borgir en tête. Rassurez-vous, la déception n’est pas aussi violente qu’un Tombstone Piledriver de l’Undertaker (amis fans de la WWE…), mais on revient de plusieurs écoutes d’In The Shadow Of A Thousand Suns comme on revient d’un meeting politique du Modem : un rien dépité une fois l’excitation du moment passée.

Malgré tout, il faut rendre à Satan ce qui appartient à Satan : In The Shadow Of A Thousand Suns est un premier album plus que correct de black-metal symphonique, avec une production grandiloquente et des arrangements orchestraux oscillant entre le très bon et le légèrement kitsch, mais le tout se tient plus que bien. Les compositions, nous l’avons dit, donnent la part belle au piano qui se montre diversement inspiré, mais dont la présence est largement louable. Les rythmes martiaux abondent ("Smoke and Mirrors" – non, ce n’est pas une reprise de Symphony X – "A Thousand Suns"), les blasts sont loin d’être timides ("The World Beyond", "Empyrean : Into the Cold Wastes") et l’influence heavy-metal fait le reste. On se surprend parfois à penser à Dissection, Stormlord ou Covenant (ceux de Nexus Polaris), surtout vis-à-vis de la production, propre et calibrée pour faire dans l’efficace plus que pour écorcher les oreilles.

Abigail Williams oscille donc entre le franchement emballant et le médiocrement banal, et ce au sein d’une même chanson, rendant le choix des tueries délicat. Restent de beaux moments d’un romantisme sombre comme seul le black-metal symphonique sait le faire ("The Departure", "Into the Ashes" et l’interlude "A Semblance of Life", dont le piano rappelle les expérimentations de Xytras sur sa réécriture de Passage) et des passages à l’efficacité indéniable – on sent la patte de Trym (ex-Enslaved/Emperor) à la batterie. Mais aussi, et c’est dommage, d’autres passages mettant à jour des influences mal digérées ("A Thousand Suns" et son intro tellement typée Arcturus ou les fortes réminiscences d’In The Nightside Eclipse sur "The World Beyond") qui empêchent Abigail Williams de prétendre à entrer dans le très fermé cercle des groupes de black-metal symphonique amenés à régner.


La petite accusatrice de Salem risque à cause de cela de n’envoyer personne au bûcher faute d’être entendue. Il lui manque de l’audace, facette du talent dont on peut difficilement se passer de nos jours où pullulent les œuvres et les prétendants. Si Abigail Williams possède de sérieux atouts, le vernis brillant d’In The Shadow Of A Thousand Suns craque un peu vite au fil des écoutes pour révéler les différents défauts de cet album.


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